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ments nutritifs correspondant à la constitution de notre organisme ; notre besoin de vêtement exige la fabrication d'objets présentant certains caractères physiques: souplesse, douceur au toucher, qualités caloriques, etc.; le besoin que nous éprouvons d'avoir une habitation, un mobilier, des objets d*art, des instruments de musique, ou des appareils scientifiques, exige la mise en œuvre dé matériaux ayant des qualités très 4iverses: résistance aux agents atmosphériques, dureté ou malléabilité, opacité ou transparence, etc. Et la production de ces objets eux-mêmes exige l'emploi, non seulement d'outils et de machines, mais de forces naturelles, dont Tutilisation dépend dès lois de la mécanique, de la physique, de la chimie...
Or, toutes ces qualités physiques que nous devons trouver dans les choses, et que nous devons combiner dans des processus, souvent indirects et fort longs, pour arriver finalement à la satisfaction de nos besoins, peuvent se trouver et se réunir dans des objets différents et par des procédés différents, selon Tétat de la technique, et aboutir ainsi à des états de la production très variables d'une époque à une autre et d'un lieu à un autre. La plante cultivée vient s'ajouter au fruit sauvage, ou le remplace ; de même, la viande de l'animal domestique s'ajoute au gibier; la viande conservée ou congelée s'ajoute à la viande fraîche. Les tissus s'ajoutent et se substituent en grande partie à la fourrure, le coton au lin et au chanvre, la pierre ou la brique à la terre séchée, le fer au bois. De même, en ce qui concerne les procédés de fabrication, le métier mécanique vient prendre la place du métier à main, le bois ou l'alfa remplace en partie le chiffon dans la fabrication du papier, les procédés électroly tiques se substituent parfois aux anciens procédés dans la fabrication de l'acier. Ainsi apparaissent partout àçs succédanés des objets anciennement en usage,
OU des moyens nouveaux de produire les mêmes objets.
Les transformations économiques qui résultent de ces transformations de la technique sont très considérables. Comme la technique tend toujours à s'élargir et à se perfectionner avec les progrès de la science, ces transformations se traduisent jusqu'ici principalement par un accroissement de la masse des produits. Mais elles intéressent très diversement les différentes erureprises ; s'il en est qui se créent ou se développent, d'autres périssent, par suite, des changements de la technique. De nouveaux courants commerciaux apparaissent, d'autres, plus anciens, disparaissent. La vie économique progresse dans certaines régions, elle décline ailleurs.
Ainsi, la connaissance de la technologie importe plus encore que celle de l'Economie politique proprement dite pour comprendre l'évolution éeonomique.
Mais, tout en regrettant qu'un enseignement des notions de technologie indispensables à Tintelligence des problèmes économiques ne soit pas régulièrement organisé, on ne saurait faire rentrer l'exposé de ces notions dans un cours d'Economie politique. D'ailleurs, l'Economie politique n'a pas l'ambition d'expliquer, à elle seule, et dans tous leurs détails, toutes les manifestations de la vie économique : son rôle est simplement d'expliquer selon quels principes elles s'enchaînent et se coordonnent.
Nous nous bornerons donc, dans les paragraphes qui suiyei>t, à exposer, en partant des notions de technologie les plus familières, comment les conditions techniques ont influé sur l'évolution économique, et influent sur V organisation économique moderne,
§ 2. — Technique et division du travail. — Leur rôle dans la détermination des principaux stades de ^évol^tion économique.
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L'influence de la technique sur Vorganisation écononomique provient surtout de ce qu'elle détermine, pour la plus grande part, la division du travail.
On peut même remarquer que les divers stades de l'évolution économique, tels qu'ils ont été analysés dans les sociétés de l'Europe occidentale, correspondent, dans une très large mesure, aux étapes successives d'une division du travail qui se développe avec le progrès de la technique.
Si nous nous inspirons de la classification de Bûcher et si nousdistinguonsTéconomie/az/nV/a/^, urbaine, nationale et mondiale^ nous faisons les constatations suivantes. Dans la première phase apparaît une différentiation des tâches qui tend à devenir habituelle, Thomnie, la femme, les enfants se livrant plus spécialement aux travaux conformes à leurs aptitudes respectives. La division du travail peut même prendre un caractère permanent, et en quelque sorte professionnel, dans une économie familiale très étendue, comme celle qui comprend des esclaves, parmi lesquels figurent des travailleurs spécialisés. Mais, dans cette économie essentiellement rurale — c'est son caractère technique dominant — et patriarcale, il n'y ^pas encore d'échanges libres.
Lorsque, par suite de circonstances, où les facteurs politiques peuvent sans doute jouer un rôle, mais où le facteur technique est essentiel, une partie de la population se groupe dans des villes, il se produit une division du travail beaucoup plus marquée entre les agriculteurs et les artisans ; et des échanges s'établissent entre la ville et la :^one rurale environnante. C'est le trait essentiel de l'économie urbaine.
Enfin, à mesure que la technique se perfectionne, les professions deviennent plus nombreuses, et le travail se diversifie dans chaque profession ; puis, les moyens de transpoft permettent à chaque région de se spécialiser : Lyon peut
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produire des soieries pour la France entière, puis ppur le monde entier. On ne produit plus seulement sur commande, mais pour le marché. La concentration accompagne la spécialisation. On en arrive à la grande production^ avec un rayon d'échanges de plus en plus étendu ; c'est ainsi que se développent peu à peu la phase de Véconomie nationale, puis de V économie mondiale. On peut dire aussi que c'est une phase d'économie essentiellement capitaliste, non pas seulement en raison de la grande quantité de capitaux employés à la production, de leur mobilité et de leur concentration, mais aussi à cause de rallongement el du caractère indirect du processus technique de la production : désormais^ pour produire plus de blé, il ne suffît pas d'en semer davantage ; il faut se procurer des engrais, des machines, pour les-
- quelles on a dû extraire de la houille et des minerais ; il faut aussi construire d'autres machines, des voies ferrées, des navires, etc. Ainsi, pour subvenir à des besoins fondamentaux, qui sont toujours les mêmes, et principalement aux besoins alimentaires, une proportion toujours moins grande de la population active se consacre aux travaux qui ont directement pour effet d y satisfaire. En France, pays dont la production subvient pourtant à peu près aux besoins alimentaires de la population, moins de neut millions de travailleurs^ sur une population active d'environ vingt millions, se consacrent à l'agriculture, à 1 élevage ou aux industries de lalimentation, tandis que, parmi les individus employés au commerce, aux transports, à la manutention, à un certain nombre d'industries extractives, métallurgiques, chimiques, etc., beaucoup concourent en réalité à la satisfaction des besoins alimentaires. Ce caractère indirect du processus pro-
. ductif est mie des manifestations les plus évidentes de fexirême division du travail de V époque contemporaine (r).
(i)En ce qui concerne l'évolution des formes de l'organisation
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§ 3. — Les formes actuelles de la division du travail et Pélément fondamental de notre organisation économique : Pentreprise travaillant pour le marché.
La division du travail^ dans réconomie 'moderne, est twlle que l'œuvre de production est, pour la plus grande part, accomplie soit par des individus, soit par des groupements d'individus — le plus souvent privés — qui ne fournissent quUim catégorie de produits ou de services. Le producteur ne subvient directement — sauf dans Tagriculiure, où il existe encore de petits exploitants qui produisent beaucoup de choses pour leur usage personnel — qu'à une infime partie de ses besoins ; en outre, il n'utilise qu'une part infime — et encore pas î ')ujours — du produit de son travail : le chapelier n'utilise chaque année, que quelques-uns de ses chai eaux ; le bijoutier peut fort bien ne se parer d'aucun bijou. Chaque producteur travaille donc pour les autres, autrement dit, pour la clientèle^ et bien souvent pour une clientèle anonyme, à laquelle il off reses marchandises sans attendre de « commande » ; en d autres termes, il travaille bien souvent pour le marché.
Les personnages qui, individuellement, ou en s'associant, assument ainsi Tinitiative de la production sont uésignés, dans le langage de l'économie politique, sous le nom ^'entrepreneurs ; et Ton dit de tous ceux qui travaillent sous leur direction qu'ils font partie d'une même entreprise.
économique, on consultera avec profit, outre l'ouvrage de Bûcher Jéjà cité, celui de G. Schmoller, Principes d'Economie poli-tique (trad. franc., Giard et Brière, 5 vol.) et les travaux de son école (Voir notamment sa revue : Jahrhiich fur Gesetiç;ehung^ Verwàltung und Voîkswirtschafi,)
Nous examinerons, plus loin les diverses modalités de l'entreprise ; qu'il nous suffise de noter ici qu'elle constitue le caractère essentiel de notre organisation économique.
§ 4. — La classification des branches de Pactivité économique : industries et professions.
L'économie contemporaine coitiporte non seulement des entreprises extrêmement diverses par leur nature et par leur objet, mais encore une très grande diversité et une spécialisation correspondante des tâches à l'intérieur de chaque entreprise.
Le recensement français de 1901 a distingué plus de 6.600 dénominations professionnelles. Le recensement professionnel allemand en compte 10.397 (0- O^ P^^»^ toutefois ramener, d'après la classification française, toutes ces branches de l'activité économique à cinq grandes catégories: 1° agriculture (en y joignant la pêche) ; 2° industrie ; 3** commerce ; 4° professions libérales (et services publics); 5° services domestiques. •
Si nous faisons désormais abstraction des trois dernières catégories (commerce, professions libérales, services domestiques) pour ne considérer que les diverses branches de la production, au sens étroit et technique du mot, il peut sembler nécessaire d'établir entre elles des distinctions un peu plus précises. On doit alors distinguer, d'après la nature du travail, la pêche, l'agriculture proprement dite et l'élevage ; les indu?^tries extractives, l'industrie des transports et les industries de trans-
(i) Le grand nombre de ces dénominations provient de ce que, dans chaque profession, il y a souvent un grand nombre de spécialités professionnelles. Dans une même usine, l'ouvrier peut être tourneur, lamineur, mouleur, etc. Cf. Max Lazard, Le chantage et lu {profession, Th., Paris, 1909, p. 64.