LIVRE ni
Le bénéfice de la banque consisté dans la différence entre l'intérêt payé aux déposants et l'intérêt payé par les emprunteurs.
Dans les pays où l'emploi du crédit est bien compris, Jous ceux qui ont, chaque jour, des payements à laire déposent des fonds chez leurs banquiers et payent alors, au moyen de chèques, sur ces dépôts. Les dépôts en banque dépassent en Angleterre, huit milliards, et en France, deux milliards. Par ce moyen, les dettes réciproques se compensent et se règlent sans emploi de numéraire.
Voici comment les banques règlent les échanges, sans l'emploi de numéraire ni de billets. Supposons que dans un village chacun ait un compte ouvert chez le même banquier. Le fermier paye son fermage, en en faisant transcrire le montant, de son actif à celui de son propriétaire. Le propriétaire, pour payer le pain fourni à sa maison, en fera passer le prix à l'actif du boulanger. Le boulanger payera le marchand de grains et de farine, et celui-ci, le fermier qui lui vend le blé, de la même façon. Les denrées passent ainsi de main en main, successivement transformées parle travail, depuis leur production jusqu'à leur consommation. La propriété des objets est transmise en même temps, mais sans l'emploi d'un équivalent en argent ou en billets, à chacpie échange. C'est le dépôt du fermier, créance sur la banque, qui aura servi, en changeant de propriétaire, à solder les transactions successives, en laissant à chacun la part qui lui revient dans la valeur des produits.
Cet exemple très simple explique le merveilleux mécanisme du crédit, tel qu'il est mis en œuvre en Angleterre et en Amérique.
232 ÉLÉMENTS DtCOKOM» POLITIQUE.
2* Ouvrir des comptes courants. La banque tient pour le client un compte ouvert, avec une colonne pour \ actif y et une colonne pour le passif. Elle porte à Tac* tif toutes les sommes reçues, au passif toutes les gommes payées pour son compte, et ces sommes produisent intérêt de plein droit.
5* Escompter les effets de commerce^ c'est-à-dire les billets à ordre, promesses et lettres de change. Celui qui, ayant vendu des marchandises à terme, est payé, soit par une promesse du débiteur, soit au moyen d'une lettre de change tirée sur le débiteur, peut avoir besoin de transformer ces effets en argent comptant, pour payer ce qu'il doit : ouvriers, loyers, achats de provisions, etc. Si le banquier a foi dans la solvabilité du débiteur et du créancier, qui est aussi responsable du payement final, à cause de l'endossement, il prend l'effet, et en donne la valeur, sous déduction de l'intérêt de la somme ainsi payée, calculé d'après le terme à courir jusqu'à l'échéance, c'est-à-dire jusqu'au jour du payement de l'effet et d'après le taux actuel de l'intérêt. Cette opération s'appelle « l'escompte, » et le taux de l'intérêt est dit « le taux de l'escompte ». Escompter, c'est en réalité acheter la créance représentée par l'effet.
L'escompte est la principale opération de crédit. Tout le mouvement de la production et de l'échange en dépend, parce que industriels et négociants règlent d'ordinaire leurs achats au moyen d'effets de commerce.
En 1881, la Banque de France a escompté des effets pour 11 573 979 900 francs, et la Banque nationale de Belgique y 2 344 380 effets, pour une somme de 2 034 228 215 francs.