LIVRE IV. 2C
duisGjSÎnon je serai dans le dénuemeiil, cl tout s'arrêtera.
Sous peine de mort, la consommation doit donc être reproductive.
Elle est improductive ou stérile quand celui qui consomme ne produit rien. Évidemment, le fainéant ne peut vivre qu'en prélevant sur les fruits du travail d'autrui.
De la poudre est tirée dans une guerre injuste : consommation improductive, funeste même. De la poudre est tirée dans une houillère : consommation reproductive, car il en sort le charbon qui fait marcher les machines.
4® On peut distinguer encore la consommation de jouissance et la consommation industrielle, La première a pour but la satisfaction immédiate des besoins : la seconde, la confection de choses cpii y serviront ultérieurement.
Toute production nécessite une consommation. Voulez-vous faire une paire de souliers, il faut consommer du cuir, du fil, des clous, des outils et des provisions, pour subsister pendant la durée du travail. La consommation industrielle correspond aux « frais de production ».
Les consommations de jouissance de l'ouvrier et de l'ingénieur, comme celles du magistrat ou de Tinstitutcur, sont aussi des consommations industrielles; car elles sont les frais de production du travail effectué ou du service rendu.
Si les biens produits dépassent les biens consommés, le pays s'enrichit. Dans le cas contraire, il sa\h pauvrit. L'accroissement de la richesse dépend donc du bon emploi des biens.
Un pays s'enrichit d'autant plus vite qu'il y a moins de consommations improductives et que les consommations industrielles sont plus productives.
§ 3. Faui^ll encourager raooroîffemenl de la ooniommation?
L'accroissement des consommations reproductives est seul utile. Mais, dit-on, besoin est mère d'industrie : voyez le sauvage, il croupit dans l'inertie parce qu'il n'a pas de besoins.
Pour arracher l'homme à la vie végétative, il pcnl être bon, au début, de lui faire apprécier les aisances de la vie; mais, bientôt, ce qu'il faut lui apprendre, c'est d'accumuler du capital, de produire plus de biens et surtout d'en faire bon usage.
Les modernes, mesurant le degré de civilisation au raffinement des jouissances, poussent à la multiplication des besoins. Les anciens, au contraire, prêchaient la modération des désirs.
Celui qui peut dire, comme le philosophe antique : Omnia mecum porto^ est vraiment libre. Celui qui a mille besoins en est esclave, et il a besoin d'autres esclaves pour les satisfaire.
StuartMilla dit : « On est utile aux autres, non par ce que l'on consomme, mais par ce que l'on ne consomme pas soi-même. » C'est ainsi, en effet, qu'on crée le capital, fonds des salaires, base du crédit et aliment de l'industrie.