LIVRE IV
vingt OU trente pour cent, lesquels servent à entretenir des percepteurs, qui sont détournés du travail productif et qui gênent la circulation des biens que les autres produisent.
6" L'impôt doit être modéré et ne jamais s'élever au point de décourager le travail.
« Les exacteurs de l'ancien régime, dit J.-B. Say, avaient coutume de dire : Il faut que le paysan soit pauvre ; c'est le seul moyen qu'il ne soit point paresseux. » L'agriculture négligée, les terres en friche, le paysan inerte, la misèref devenant fréquemment famine, telles étaient les conséquences de ce système.
Quand l'impôt prélève une trop grande part du produit, le travail est découragé, et la décadence économique commence. Sous Louis XTV, on arrachait les vignes pour échapper à l'impôt des aides. « Les aides, dit Vauban, emportent souvent le prix de la denrée. » Les excès de l'impôt ont ruiné les deux plus puissants empires du monde, l'empire romain et l'empire de Charles-Quint.
En France, les impôts perçus par l'État, les départements et les communes dépasseront en 1882 quatre milliards, et le revenu foncier net n'était estimé en 1874 qu'à 3950 millions. La limite qu'il serait dangereux de franchir paraît près d'être atteinte.
V L'impôt ne doit jamais provenir d'une source immorale, par exemple de la loterie ou des maisons de jeux. Pour fixer la cote du contribuable, il ne faut pas lui déférer le serment car c'est donner une prime au parjure.
8** Il ne faut pas qu'on puisse échapper à l'impôt en trompant le fisc, sinon il y a encouragement à la
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fraude. Les taxes de la douane ont cet effet quand elles font naître la contrebande.
11 n'est pires lois que celles qui habituent à violer les lois.
§ 3. Inoîdenoe des impAts»
Déterminer « l'incidence » de l'impôt, c'est dire sur qui en retombe (incideré) la charge.
L'action de la plupart des impôts se répercute, et la charge en est partagée. Frappez d'un impôt les subsistances de l'ouvrier, le salaire augmentera, car il faut bien que l'ouvrier vive. Le salaire augmenté fera rencliérir les marchandises, et ainsi, en fin de compte, l'impôt retombera sur le consommateur.
Augmentez la patente du boutiquier, il en portera le montant dans ses factures, et ce seront ses clients qui payeront.
D'incidence en incidence, toute la charge retombe sur la terre, disaient les physiocrates ; non, prétendent d'autres, c'est toujours le consommateur qui finit par payer.
Ce qui est vrai, c'est que, quand un impôt existe depuis longtemps, tout le monde directement ou indirectement en porte une part. Laquelle? il est difficile de le dire; mais la société s'y est faite, comme le pied et le soulier finissent par s'accommoder l'un à l'autre.
En conclusion : si vous le pouvez, supprimez le plus d'impôts qu'il se peut, et commencez par les plus mauvais, mais évitez de les remanier.