LIVRE lY
§ 4. L'impôt unique.
Quand on voit la liste innombrable des impôts qu'a inventés l'esprit de fiscalité, on se dit : A quoi bon toutes ces complications? Pourquoi ne pas demander directement à chacun sa part contributive, en proportion de sa fortune? Alors, on propose l'impôt unique sur la terre, comme les physiocrates, ou sur le revenu, comme d'autres, ou sur le capital, comme d'autres encore.
Ce qui empêche d'adopter ce plan si séduisant, c'est la difficulté de trouver une base garantissant que l'impôt sera proportionnel aux ressources de chacun. La terre ne doit pas tout payer ; car elle n'est pas la source unique de la richesse. Le capital fixe ne doit pas tout payer; car ceux qui tirent des revenus de leurs capitaux circulants ou de leurs fonctions : commerçants, banquiers, avocats, médecins, ingénieurs, boutiquiers, ne payeraient rien ou presque rien. Exiger de chacun une contribution en rapport avec son revenu, serait parfaitement équitable ; mais quel est le revenu de chacun?
Au lieu de grosses iniquités, atteignant quelques-uns, il vaut mieux se résigner à en subir une infinité de minimes, qui se répartissent entre tous.
§ 5. Le* impôts dîreotf et les impôts indirects.
Les impôts directs frappent directement ceux que l'on veut atteindre, par exemple, le propriétaire d'une
terre, quand il paye Tiiupôt foncier. Les impôts indirects sont supportés, en réalité, par les consommateurs, mais par Tintermédiaire des fabricants qui en font l'avance. Le fabricant de sucre paye l'impôt sur cette denrée; mais, le prix augmentant à proportion, c'est celui qui consomme du sucre qui indirectement supporte l'impôt.
Les hommes d'État qui entretiennent de grandes armées préfèrent les impôts indirects, parce qu'ils s^nt payés par le peuple sans qu'il le sache. On peut plu* mer la poule sans qu'elle cric. Mais leurs inconvénients sont grands : ils entravent le commerce, comme les taxes douanières; ils gênent l'industrie, comme l'impôt sur le sucre; ils diminuent le bien-être de l'ouvrier, comme l'impôt sur le sel, la bière ou le vin.
Malheureusement, comme ils rapportent beaucoup, il est difficile de les supprimer. Deux pays libres, l'Angleterre et les États-Unis, tirent leur principal revenu des impôts indirects.
Règle générale : Épargnez les consommations de première nécessité, comme le sel et le pain, et frappez fortement les consommations superflues ou nuisibles, comme le tabac et l'eau-de-vie.
§ 6. Le budgel.
Le budget. — mot anglais de l'ancien français, feoj^^J, petite poche, — est l'estimation des recettes et des dépenses de l'État, pour une année.
Dans les pays libres, le budget, présenté par le ministre des finances, est voté par le Parlement.