‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 27 sur 136 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

quand même le monde devrait périr), ou à Tépoque de la Révolution française, à propos de Tabolition de l'esclavage, cet autre mot: Périssent les colonies plutôt qu*un principe!

En efTety ce qui est absolument contraire à la justice ne peut être favorable au bien-être, même de ceux qui, en apparence, profitent de l'iniquité. Ainsi c'est Tcsclavage qui a été la cause principale de la décadence de la puissance romaine. Pendant les premiers temps de la République, la terre était mise en valeur par des hommes libres, et partout régnait un bien-être simple, mais réel et sain. Par suite de guerres constantes, cette race de paysans aisés, vigoureux et braves disparut peu à peu.

L'aristocratie envahit leurs petits héritages, ainsi que la terre publique, Yager publicuSy et en forma de vastes domaines, cultivés par des esclaves.

Tite-Live montre cette dépopulation en une phrase qui dit tout : Innumerabilem multitudinem liberorum capitum in eis fuisse locis, quse nunCy vix ^èminario exiguo militum relicto, servitia romana ab solitudine vindicant. « ....Une multitude innombrable d'hommes libres a existé dans ces lieux, qui maintenant, fournissant à peine un petit nombre de soldats, ne sont plus peuplés que par quelques esclaves. »

TibcnusGracchus, allant en Espagne, vit avec douleur les campagnes désertes, et plus tard, dans ses harangues au peuple, il peint cette situation en traits enflammés : « Les bêtes sauvages ont leur tanière oti elles peuvent se retirer, et ceux qui versent leur sang pour défendre ritalie n'y ont à eux que la lumière et l'air qu'ils respirent. Sans demeures fixes, ils errent de tous côtés

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avec leurs femmes et leurs enfants. Ils ne corabaltent et ne meurent que pour ^tretenir l'opulence et le luxe d'^utcîii. On les appelle les maîtres du monde, et ils n'ont pas en propriété une motte de terre. »

Malgré les lois de Licinius et des Gracques, et toutes les tentatives faites pour reconstituer la classe des petits propriétaires, la dépopulation ne s'arrêta pas. Rome vécut en pillant et en ruinant les provinces par ses proconsuls, le procès de Verres nous montre par quel odieux brigandage, Rome succomba sous les conséquences des iniquités dont elle vivait. Comme le dit Ju vénal : ..,,Sœvior armis luxuria incubuity vietumque ulciscitur orbem. (Satire VI, vers 292.) « Plus formidable que le glaive, la luxure a fondu sur Rome et venge l'univers asservi. »

Quand arrivèrent les barbares, ils trouvèrent l'empire presque vide .

Aux États-Unis, le fléau de l'esclavage n'a été extirpe qu'au prix de la pluseîfroyable guerre civile que connaisse l'histoire, de la mort d'un demi-million d'hommes et du sacrifice de quatorze milliards de francs.

Quand l'injustice des lois est telle que la spoliation est le vœu du plus grand nombre, et le crime, la ressource des plus malheureux, la société marche à sa ruine. Plus l'organisation économique assurera exactement l'application de la justice, plus les hommes, qui, par les lois de la nature, poursuivent le bien-être, seront poussés à travailler beaucoup et bien. Pour ne citer qu'un exemple, c'est dans ce but qu'on a établi les brevets d'invention en faveur de ceux qui font des découvertes, et les droits d'auteur en faveur de ceux qui écrivent des livres.

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