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Mais, outre des lois justes, il faut des juges justes pour les appliquer. Ce point est capital.
Que de fois ne lisons-nous pas dans les historiens : La justice fit fleurir le royaume, c Le royaume se multiplie tellement par la bonne droiture, dit le chroniqueur Joinville, que le domaine, censive, rentes et revenus du Roy croissent tous les ans de moitié. »
J'emprunte à Destutt de Tracy ce mot plein de sens : « Entre des êtres sensibles, fréquemment opposés d'intérêts, la justice est le plus grand des biens; car elle seule peut les concilier, sans qu'aucun ait à se plaindre. »
§ 9. Des loît civiles et notamment de la propriété dam leun rapports avec la productivité du travail.
Les lois civiles doivent être l'application de la justice. Il faut donc qu'elles assurent à chacun la jouissance de ce qui doit légitimement lui appartenir : Cuique suum <c à chacun le sien », telle est, en effet, la formule de la justice*
De ce principe découl e tout d'abord la propriété, qui est la plus importante des institutions civiles. La propriété est le droit exclusif d'user d'une chose, dans les limites de la raison et du droit, usque patitur ratio juris^ comme le dit admirablement le droit romain.
a Une propriété, » dit très bien aussi Aristote, « est un instrument hors de nous, qui est nécessaire à l'existence. » (Politique^ Liv. 1, ch. m.)
La propriété est nécessaire à l'homme pour accomplir sa destinée ; car elle est le complément indispensable
de son individualité» La propriété de tous les fruits de son travail doit lui être garantie. Ainsi le veut Téquité, et ainsi le veut aussi l'intérêt général ; car c'est la certitude de jouir de cette récompense légitime de ses efforts qui le poussera à travailler le plus et le mieux possible.
a Faire des propriétaires» c'est faire des honnêtes gens, » dit Paul-Louis Courier, c Donner la terre au laboureur, c'est le plus grand bien qui se puisse faire; plus la glèbe est divisée^ plus elle s'améliore et prospère. »
§ 10. De rinfluenoe des tyilèmei de laooettîon ■ur la produoUvité da travail*
L'influence des différents systèmes de succession sur l'activité des hommes, sur la constitution et sur la marche des sociétés est considérable.
€ Il ne se fait pas, » dit TocqueviUe* (m, 3), « un grand changement dans les sociétés humaines, sans qu'au milieu des causes de ce changement on découvre la loi des successions. »
En analysant les mobiles qui poussent les hommes a produire de la richesse, on constate que, chez l'ouvrier, le besoin journalier suffît pour le maintenir au travail, et même, chez les plus prévoyants, pour les porter à
1. Alexis de Tocqueville, né en 1805, mort en 1859, ne s'est pas occupé spécialement d'économie politique, mais, dans ses admirables écrits, La démocratie en Amérique et La Révolution et V Ancien régime^ il a semé des aperçus lumineux sur la conduite économique des sociétés démocratiques.