‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 31 sur 136 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

été un peuple libre. 11 y a donc un lien étroit et un rapport nécessaire entre ces deux choses : liberté et industrie. »

La liberté est fille de la raison et mère de la richesse. La décadence est la suite ordinaire du despotisme.

Jamais cela ne s'est mieux yu qu'à la chute de l'empire romain. « Il y avait dans l'empire, » dit Lactancc, c grâce à la multiplicité des fonctionnaires, plus de recevants que de contribuants; aussi l'énormité des taxes épuisait le cultivateur. Les champs étaient désertés, et les terrains jadis cultivés, abandonnés, se couvraient de bois! » — « Le fisc, » ditSalvien, au VI* siècle, « était un brigandage qui a achevé de ruiner l'empire romain. »

L'ordre, la sécurité, la liberté, la justice et surtout l'organisation de la responsabilité, qui assure à l'homme industrieux les fruits de son travail, sont les conditions nécessaires du développement de la richesse. Un gouvernement le favorisera d'autant plus qu'il garantira mieux ces conditions.

Lorsque, comme sous l'ancien régime, l'impôt met a j'amen de celu i qui travaille et qui épargne, et n'atteint pas celui qui dévore, à la cour, l'argent arraché aux cultivateurs, il est sage de ne rien faire et de vivre au jour le jour.

Lorsque, comme en Turquie, les exigences arbitraires du fisc croissent en raison des signes extérieurs de l'aisance, être ou paraître pauvre est la seule garantie de sécurité.

Si l'on veut se convaincre de cette vérité, que le pire des fléaux est un mauvais gouvernement, il suffit de

visiter les provinces de l'empire turc, jadis les plus riches de l'empire romain. « Les populations, » dit im voyageur, le docteur Lennep, « capables par ellesmêmes de grands progrès, sont étouffées dans une atmosphère générale de malversation el de décadence. Partout des mendiants : du haut en bas de l'échelle sociale, on mendie, on vole ou Ton extorque. On ne fait rien et l'on fera moins encore. Le commerce dégénère en colportage, la banque en usure, toute entreprise en filouterie, la politique en intrigues et la police en brigandage. Les champs sont abandonnés, les forêts dévastées, les richesses minérales négligées; les routes, les ponts, tous les travaux publics tombent en ruines. »

Où le Turc a passé, l'herbe ne croît plus ; non que le Turc soit pire que bien d'autres, mais c'est le gouvernement turc qui est détestable.

Sous Louis XrV, même cause et mêmes effets.

Écoutons le maréchal de Yauban, « le plus honnête homme de son temps, insensé pour l'amour du bien public, » comme dit Saint-Simon : « Si quelqu'un s'en lire, il faut qu'il cache si bien le peu d'aisance où il se trouve, que ses voisins n'en puissent pas avoir la moindre connaissance. Il faut même qu'il pousse la précaution jusqu'à se priver du nécessaire, pour ne point paraître accommodé. » (La Dîme royale.) '

La peste, la famine et la guerre, ces trois fléaux dont la litanie demande que le ciel nous délivre, sont des maux passagers ; bientôt la fécondité des mariages et celle du travail en réparent les ravages. Mais un mauvais gouvernement est un mal permanent. Tant qu'il dure, les maux qu'il engendre augmentent

Montesciuieu s'exprime admirablement à cet égard ;

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