LIVRE IL
c II y a, dit-il, deux sortes de peuples pauvres i ceux que la dureté du gouvernement a rendus tels, et ces gens-là sont incapables de presque aucune vertu, parce que leur pauvreté fait partie de leur servitude. Les autres ne sont pauvres que parce qu'ils ont dédaigné, ou parce qu'ils n'ont pas connu les commodités de la vie, et ceux-ci peuvent faire de grandes choses, parce que cette pauvreté fait une partie de leur liberté. » (Esprit des lois, XX, 3.)
Ailleurs, pour expliquer comment la liberté enrichit les peuples, le même auteur dit : c< Règle générale, dans une nation qui est dans la servitude, on travaille plus à conserver qu'à acquérir. Dans une nation libre, on travaille plus à acquérir qu'à conserver. »
§ 14. De 1* influence de la démooralîe .
•ur la produotÎTÎtë du traTaîl.
Tocqueville a montré, en traits qui ne s'oublient pas, l'influence de la démocratie sur la production de la richesse : « Toutes les causes, dit-il, qui font prédominer dans le cœur humain l'amour des biens de ce monde, développent le commerce et l'industrie. L'égalité est une de ces causes. Elle favorise le commerce, non point directement, en donnant aux hommes l'amour du négoce, mais indirectement, en fortifiant et généralisant dans les âmes l'amour du bien-être. »
Malgré les agitations inséparables de la liberté, les communes démocratiques de la Grèce, de la Flandre et de l'Italie ont joui d'une rare prospérité et jeté un grand éclat. L'historien florentin Machiavel en donne la raison:
« La vertu des citoyens, leurs mœurs, leur indépendance avaient plus d'effet pour renforcer notre république, que leurs dissensions pour l^affeiblir. Un peu d'agitation donne du ressort aux âmes, et ce qui fait vraiment prospérer l'espèce est moins la paix que la liberté. »
La servitude amène la décadence parce qu'elle diminue l'activité. « Quand tout reste écrasé sous le joug, » dit Rousseau, « c'est alors que tout dépérit et que les chefs détruisent les peuples, ubi solitudinem faciunt, pacem appellant » (Tacite\.
H 15. Influence de la liberté du traTaîl •ur sa productivité.
Guidé par son intérêt, l'homme, s'il a quelque lumière, s'adonnera au travail le plus profitable. Il s'ensuit que plus le travail est libre, plus il est productif. La liberté du travail comprend :
1** La liberté de choisir son métier. Les monopoles et }es jurandes en étaient la négation.
2^ La liberté de travailler où l'on veut : point de privilèges pour certaines localités; liberté dans le choix du domicile.
5** La liberté de s'associer.
4^ La liberté d'acheter et de vendre où il y a le plus d'avantage : liberté du commerce.
5^ Liberté de prêter son argent : abolition des lois contre l'usure.
Toutes ces libertés ont été proclamées par la Révolution française et conquises, successivement, dans les pays civilisés, depuis la fin du siècle dernier. Il en rc-