‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 35 sur 136 · CITRE II · texte numérisé non relu

CITRE II

exécutera tous les travaux ou le fer est employé. Dans une grande Tille, le travail du fer se divisera en celui du maréchal-ferrant, du poêlier, du mécanicien, du fabricant d*outils ou de coffres-forts. Quand les routes sont mauvaises et peu sûres, les échanges sont rares et difficiles, et chaque groupe de population doit produire sur place tout ce qu'il consomme. Ainsi, dans les villas de Charlemagne, le domaine fournissait les aliments, les femmes filaient et tissaient la laine et le lin des vêtements, et les hommes confectionnaient les outils et les instruments aratoires.

Aujourd'hui, grâce aux cheinins de fer, aux bateaux à vapeur et à la bonne entente des peuples, le globe entier n'est plus qu'un seul marché, et dans l'atelier du monde, chaque nation doit s'appliquer à produire les denrées que le sol et le climat lui permettent d'obtenir avec le moins de frais.

Le marché d'un produit, c'est-à-dire le cercle où il peut se Tendre, est d'autant plus étendu que ce produit a moins de poids ou de volume relativement à sa valeur. Le marché de la houille est restreint par suite des frais de transport. Le marché des montres et des soienes comprend l'univers tout entier.

Les hommes n'ont pas tous les mêmes aptitudes, et précisément les différents travaux en exigent de différentes. Employez donc, dans chaque genre de travail, celui qui possède les facultés que ce travail exige : faites forger le fer par qui a un bras vigoureux, :oufectionner un ressort de montre par qui a des joigts légers, sculpter le bois par qui a du goût, diriger une entreprise par qui est doué de prévoyance et d'instruction, et ainsi le travail sera aussi

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productif qu'il peut l'être. C'est l'application de la maxime anglaise : The right man in the right place, que Cicéroii avait déjà parfaitement formulée en ces termes : Ad quas res aptissimi erimus, in iis potissimum elaborabimus ; « Travaillons de préférence aux choses pour lesquelles nous avons le plus d'aptilude ».

C'est ce principe qu'il faut appliquer aux différents pnys, afin d'arriver ainsi à la division du travail entre les régions géographiques.

Demandez à chaque pays le produit pour lequel la nature lui a donné des avantages spéciaux : le thé h la Chine, le café au Brésil et à Java, le fer à l'Angleterre, le vin à la France, le^roment aux terres noires du Danube et de la Russie, le coton aux États-Unis, le riz à l'Inde, et l'humanité obtiendra, en échange de la moindre somme d'efforts, la plus large satisfaction de ses besoins.

La division du travail, appliquée au globe tout entier, fait de tous les hommes des associés dans l'atelier universel où s'élabore le bien-être croissant de l'humanité.

On s'est effrayé des conséquences de la division du travail parcellaire. Que peut devenir un ouvrier qui toute sa vie ne fera que des têtes d'épingles? s'est écrié un historien français, Lemontey, à propos de l'exemple classique cité par Adam Smith.

Tocqueville, avec sa profondeur habituelle, a reproduit la même idée : c< A mesure que le principe de la division du travail reçoit une application plus complète, l'ouvrier devient plus faible, plus borné, plus dépendant. L'art fait-il des progrès, l'artisan rétrograde. Le patron ressemble de plus en plus à l'admi-

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