‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 36 sur 136 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nîslralcur d'un vaste empire, et l'ouvrier à une brute. Ils diffèrent chaque jour davantage.» (La Démocratie en Amérique, t. II, p. 20.) Heureusement, ces craintes ne se sont pas réalisées.

Dans l'agriculture on ne peut pousser très loin la division du travail, parce que les travaux du labourage, des semailles et de la moisson se succèdent; cependant l'ouvrier agricole est loin d'être plus intelligent que l'ouvrier industriel, et c'est dans les industries où la division parcellaire est poussée à l'extrême, dans la fabrication des montres et des armes, par exemple, qu'on rencontre les ouvriers les plus intelligents.

Il est heureux qu'il en soit ainsi, car il ne faut jamais sacrifier l'ouvrier au perfectionnement de l'ouvrage, parce que le but à atteindre est l'amélioration et le bonheur de Tespèce humaine, plus encore que l'accroissement de la richesse.

Cependant la spécialité des occupations est aujourd'hui poussée trop loin. Celui qui travaille des bras devrait avoir quelques loisirs pour travailler de la tête, et celui qui travaille de la tête, quelques heures pour travailler des bras.

Le président des États-Unis, Lincoln, fendait des bûches, et le grand ministre anglais Gladstone abat des arbres.

Pour assurer la santé à l'esprit et au corps, il faut donner aux deux des aliments et de l'exercice.

Les avantages de la division du travail ont été signalés par les anciens. Platon, Xénophonet Denys d'IIalicarnasse en parlent. Platon loue les Égyptiens d'avoir confié à un même ouvrier le même travail, parce qu'ainsi il est devenu plus habile. Nous lisons dans

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son livre La République (liv. II) : « Les choses iraientelles mieux si un seul faisait plusieurs métiers, ou si chacun se bornait au sien? Certes oui, si chacun se bornait au sien. »

Le passage suivant, de la Cyropédie, montre que Xénophon avait parfaitement compris la supériorité du travail divisé et même parcellaire, ainsi que les causes qui le font naître et qui le limitent : « Dans les petites cités, le même ouvrier fait des 1U§, des portes, des charrues, des meubles; souvent même il bâtit des maisons. Tin ouvrier qui s'occupe de tant de choses ne peut réussir à toutes également. Au contraire, dans une grande ville, où une foule d'habitants ont les mêmes besoins, un seul inétier suffit à nourrir un artisan. Quelquefois même il n'en exerce qu'une partie : un cordonnier ne chausse que les hommes ; un autre ne chausse que les femmes.- L'un gagne sa vie à coudre des chaussures, tandis qu'un autre les coupe. Selon l'ordre naturel des choses, un homme dont le travalT est borné à une seule espèce d'ouvrage y excellera. »

La Fontaine a exprimé autrement la même idée dans la fable Le Lion s'en allant en guerre :

République prudente et sage

De ses moindres sujets sait tirer quelque usage,

£t connaît les divers talents.

§ 18. De rinfluenee de la toîenoe appliquée à Tioduttrie sur la productivité du travail.

Virgile a dit : Félix qui potuit rerum cognoscere causas; « Heureux celui qui connaît les causes des choses ».

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