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En effet, mieux il les connaîtra, mieux il saura en tirer parti pour augmenter son bien-être. Bacon a dit : Knowledge is power^ c Science est puissance ».
Le philosophe Victor Cousin exprime la même idée que Bacon et Virgile : c L*esprit, Toilà le capital primitif, qui contient et produit tous les autres. »
Rien ne contribue plus à accroître la productivité du travail que d'y appliquer la science, c'est-à-dire l'observation des faits et des lois de la nature. L'histoire du progrès économique en fournit la preuve à chaque pas.
L'homme primitif remarque que dans la forêt, deux branches sèches, frottées l'une contre l'autre parle vent, s'enflamment. Il imite ce que fait la nature.
n creuse un trou dans un morceau de bois léger et bien sec, et il y fait tourner rapidement un coin d'un morceau de bois très dur : la flamme jaillit. C'est la découverte du feu, la plus grande peut-être qu'ait faite l'humanité, et qui, à l'instant, l'élève au-dessus des animaux. Aussi, de ce coin de bois, elle a fait un symbole vénéré, et de la flnmrae une puissance surnaturelle, un dieu, Agni, chez les Ariens.
Le Prométhée des Grecs, qui ravit le feu au ciel, est le Pramatka de l'Inde primitive, le coin de bois dont la rotation engendre la flamme (de la racine sanscrite math c frotter »).
A Rome, le feu sacré est coni.rvé par des Vestales, et il en était de même au Pérou. On ne peut le rallumer que par la friction des coins de bois.
L'homme ramasse un éclat de silex. Il s'en fait une hache* Cet outil à la main, il va conquérir le monde, comme aujourd'hui encore le squatter américain.
Plus tard, il observe qu'une branche plice, dont
les deux bouts sont rattachés par une corde, est douée d'une force élastique qui lance au loin la flèche. Le voilà armé de Tare, et il se procure ainsi bien plus de gibier qu'avec le boumcrang, la seule arme de jet que connussent les Australiens.
Il voit flotter un arbre sur Teau : il en conclut qu'en le creusant il pourra s'y placer et s'y mouvoir à la surface des flots : la navigation est inventée.
Il comprend qu'en donnant certaines formes particulières aux morceaux de pierre dure qu'il rencontre, il peut s'en servir pour creuser le bois, blesser et tuer les animaux, et ainsi il se fait des haches, deà couteaux, des scies, des pointes de javelot en silex ou en obsidienne.
Plus tard, et bien longtemps après, il apprend l'usage des métaux, et remplace ces outils et ces armes de pierre par du cuivre et du bronze, d'abord, puis par du fer. Quelle série incalculable de chances heureuses, d'observations, de déductions, d'essais de toute espèce, n'a-t-il pas fallu pour arriver à la possession d'une hache ou d'une pointe de flèche en métal?
C'est de là que date vraiment l'industrie des races civilisées.
Depuis lors, les observations, groupées en système, deviennent des sciences : la** chimie, la physique, la minéralogie, la mécanique, multiplient leurs découvertes. L'eau, le vent, la vapeur, l'électricité, apportent aux faibles bras de l'homme le concours de leurs forces colossales.
Tous les procédés de la production dans l'agriculture, dans les manufactures, dans les moyens do transport, se perfectionnent sans cesse par l'application de nouvelles inventions scientifiques.
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Cet avancement des arts utiles peut se résumer en un mot : toute industrie devient science.
La comparaison des degrés si difTérents de bien-être dont jouissent les peuples confirme la vérité de cette observation.
Pourquoi les sauvages de TAustralie yivent-ils dans le plus affreux dénuement, sur la même terre où les Angiuis regorgent de biens? Parce que les premiers ne savent faire usage que de leurs bras, tandis que les seconds, guidés par la science, font concourir à la production les forces de la nature et les propriétés de la matière.
Pourquoi les habitants des États-Unis sont-ils mieui pourvus de toutes choses que les habitants du Brésil? Parce que les premiers emploient plus de machines et plus de procédés scientifiques que les seconds, et, s'ils le font, c'est parce que chez eux les connaissances sont beaucoup plus généralement répandues. Les progrès dans les sciences sociales, la philosophie, la morale, le droit, réconomie politique et la politique, apprenant aux hommes à mieux se connaître, à remplir leurs devoirs, à respecter la juatice et à organiser la société, contribuent à favoriser la production de la richesse, tout autant que les sciences naturelles*
Conclusion : Un pays veut-il augmenter son bien-être? qu'il cultive toutes les sciences, et qu'il ne recule devant aucun sacrifice pour en favoriser l'avancemcnl et pour en répandre les découvertes.
8S) tLÉMENTS D'ECO.NOIIIE POLITIQUE.
§ 19. Influence de rinttruoUon et de Téducation •ur la productivité du travail.
Ce point a été parfaitement élucidé par un éminent économiste italien, M. Luigi Cossa.
L'instruction et l'éducation contribuent à accroître la productivité du travail, en augmentant et surtout en donnant une meilleure direction à l'emploi des forces de l'homme.
A cet effet, il faut d'abord une éducation générale et a humaine », puis une éducation spéciale ou professionnelle, et, dans les deux, il est nécessaired' exercer etdecultivcr les facultés corporelles, intellectuelles et morales.
Les- facultés corporelles s'entretiennent et se perfectionnent par rhygiène et par la gymnastique, ainsi que Tout si admirablement compris les Grecs.
Dans l'Apologue de Procidus, la Vertu dit à Hercule : « Veux-tu que ton corps devienne robuste? Souvienstoi de l'accoutumer à l'empire de l'âme et à l'exercer au milieu des fatigues et des sueurs. »
La culture intellectuelle, en tant qu'elle peut avoir pour but d' accroître la fécondité du travail, doit, premièrement, exercer l'attention, la mémoire et surtout le raisonnement; et, secondement, faire connaître les lois du monde physique et du monde moral, dont l'influence sur l'activité économique est si grande.
La culture des facultés morales doit stimuler les vertus pratiques, comme l'amour du travail, la prévoyance, l'esprit d'économie; combattre les penchants vicieux, comme la paresse et la prodigalité ; enfin.
fortifier le caractère, afin de vaincre les résistances de toutes sortes qui retardent le progrès industriel.
Pour régandre l'instruction professionnelle, il faut organiser des institutions spéciales, comme les écoles des mines, les écoles d'agriculture, les écoles des arts et métiers, les écoles industrielles. Toute dépense faite à cet effet sera rémunérée au centuple par raccroissement de la richesse.
Ainsi que le dit Stuart Mill, la culture intellectuelle, pour le grand nombre des hommes, doit avoir surtout pour but la culture du bon sens, de façon qu'ils apprécient sainement les circonstances au milieu desquelles ils vivent, et les conséquences de leurs actes.
Voyez comme les anciens comprenaient l'éducation de l'esprit et du corps. Marc-Aurèle, dans le palais impérial, revêtu de la lobe du philosophe, couchait à terre, sur une peau, étudiait ïa philosophie, le droit. Tari oratoire, la géométrie et la musique, et en même temps consacrait, chaque jour, quelques heures au jeu de p^ume, à la course à pied et à cheval, à la lutte cl même au pugilat.
§ 20. Des entraves apportées par l'î^noraoo^ à la prodiictîvlté du travail.
S'il est vrai que la science est la source principale de notre bien-être, l'ignorance doit être la cause de la plupart de nos maux.
Comme Thomme poursuit ardemment son bien, s'il savait clairement en quoi il consiste, et surtout corn-
nt il faut y arriver, il est certain qu'il serait aussi
heureux qu'il lui est permis de l'être sur cette terre. Mais, dans les complications de la vie sociale, il ne discerne pas où réside son véritable intérêt; ou trop souvent, tant que de justes lois ne s'y opposent pas, il sacrifie le bien des autres à son égoïsme. Parmi les animaux carnivores, les plus forts mangent les plus faibles. Parmi les hommes, le cannibalisme étant une ressource insuffisante, les plus forts ont trouvé, pour tirer parti des plus faibles, un moyen plus avantageux que de les manger : c'est de les forcer à travailler pour eux, en les dépouillant, sous des formes diverses, des produits de leur travail. Déjà l'esclavage, la guerre, les révolutions et ce cortège de maux que l'iniquité et la violence ont déchaînés sur l'humanité. Dans l'antiquité, la spoliation est considérée comme le (dus noble moyen d'acquérir la richesse, ainsi qu'on le voit bien dans ce passage d'un chant héroïque de Tyrlée, le poète patriote de la Grèce : « Partout nous régnons en maîtres. Là où. nous abordons, tout nous appartient. Nous vendangeons avec nos lances, nous labourons avec nos épées. »
Âristote considère la guerre et la chasse aux esclaves comme un moyen légitime d'acquérir la richesse : « L'art de la guerre est un moyen d'acquisition naturelle. La guerre est une espèce de chasse aux bêtes et aux hommes, nés pour obéir et qui se refusent à l'es* clavage. » {Politique^ I, 5.)
Dans une phrase frappée avec le relief d'une médaille romaine, Tacite nous montre la même idée régnanv chez les Germains : Nec arare terram aut exspectare annum tam facile persuaderis^ quam vocare hosleni et vulnera mereri, Pigvum quin iiiuno et iners videlur