‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 45 sur 136 · LIVRE i · texte numérisé non relu

LIVRE i

§ 4. La nuiehlne dîmlnae-t-ella l'emploi ou le lalaire dei onvrlerf?

Voici les faits constatés en Europe.

Quel est le pays où Tindustrie emploie le plus de machines? L'Angleterre.

Quel est le pays où l'industrie emploie le plus d'ou' vriers? L'Angleterre.

Quel est le pays où l'industrie emploie le moins de machines? La Russie.

Quel est le pays où l'industrie emploie le moins d'où* vriers? La Russie.

Donc, loin d'en diminuer l'emploi, la machine augmente le nombre des ouvriers.

Voici maintenant l'explication des faits.

Un seigneur entrelient sur son domaine cent ouvriers, qui travaillent pour lui. Il invente différentes ma« cliines, grâce auxquelles il épargne la moitié de la maind'œuvre, de sorte que cinquante hommes suffisent désormais pour faire toute la besogne. Laissera-t-il sans emploi les cinquante hommes dont le travail n'est plus nécessaire, etjettera-t-iià l'eau, comme inutiles, les provisions dont ils se nourrissaient? Nullement. 11 continuera à les entretenir, en leur faisant confectionner de nouveaux objets à son usage. Le même nombre d'ouvrioi â sera employé, plus de choses utiles seront produites, et plus de besoins satisfaits.

Le seigneur aurait pu aussi se contenter de ce qui était produit, et réduire de moitié la journée de travail de SCS cent serviteurs. Dans ce cas, la machine aurait

rS ELEMENTS DtCONOMTE POLITIQUE.

servi à créer, non plus d'objets, mais plus de loisir.

Si tous ses besoins rationnels sont déjà satisfaits, la seconde résolution est la plus sage; mais, s'ils ne le sont pas, c'est la première qui prévaudra.

Ce seigneur, c'est le pays consommateur.

En réalité, voici comment les choses se passent. La machine abrège le travail et épargne la main-d'œuvre. L'économie sur la main-d'œuvre fait baisser le prix des objets fabriqués. Le prix de ces objets baissant, ceux qui les consomnvent ont de l'argent disponible; avec cet argent ils achètent d'autres choses utiles. Alors les ouvriers, privés momentanément d'emploi, par la nouvelle machine, sont réemployés, pour faire ces objets réclamés par une nouvelle demande.

L'emploi des ouvriers restant le même tant que les subsistances ne diminuent pas, leur salaire ne sera pas réduit. Au contraire, ils seront mieux pourvus, car, avec le même salaire, ils pourront acheter plus de ces objets dont la machine aura fait baisser le prix.

§ 5. Gomment la machine peut forcer lei ouvrier» à changer d^oooupation.

Si les consommateurs emploient l'argent que leur épargne la machine à acheter plus de la même marchandise qui aura baissé de prix, tous les ouvriers resteront dans cette industrie, car ils seront employés à fabriquer la nouvelle quantité de cette marchandise qui sera demandée ; la seule différence sera que les besoins seront pbis largement satisfaits.

Mais, si les consommateurs veulent acheter des pro-

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duits nouveaux, les ouvriers devront entrer dans une industrie nouvelle.

Comme souvent ils ne pourront le faire que lentement, difficilement et parfois point du tout, ils souffriront, et même succomberont. Une crise s'ensuivra pour eux.

La crise sera plus dure si Tindustric nouvelle se fixe dans une autre province, plus dure encore si elle se transporte dans un autre pays.

Mais, la crise passée, le même nombre d'ouvriers sera employé. Seulement un déplacement se sera fait: il y en aura moins d'un côté, et plus de l'autre.

Les Flandres ont souffert d'une crise de ce genre, quand la filature du lin à la mécanique a brisé le rouet dans les mains des fileuses de la campagne, et appelé à Gand d'autres ouvrières dans les fabriques.

Dans ces cas, heureusement rares, le devoir des chefs d'industrie et des pouvoirs publics est de venir en aide aux travailleurs dépossédés de leur emploi, en les éclairant, en facilitant leur déplacement, ou même, s'il le faut, en les secourant, comme on l'a fait en Flandre, en 1847.

La machine nouvelle profite à la société tout entière : il ne faut donc pas que l'ouvrier, qui n'est pas responsable des modifications apportées dans l'industrie, en soit la victime. Il est exproprié de son gagne-pain pour cause d'utilité publique. Au besoin, une indemiiilc lui est due. La machine, qui a augmenté la production, fournit les moyens de la payer.

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§ 6. Gomment lei maohinef augmentent Remploi

dei onvrierf.

Grâce aux machines, la terre produit plus de denrées ; de nouvelles sources de richesses s'ouvrent, et les travaux se multiplient de tous côtés. Ainsi on emploie plus d'ouvriers, et, en même temps, il y a plus de choses utiles pour les nourrir, les vêtir et pourvoir à leurs autres besoins.

Quelle quantité innombrable d'ouvriers sont occupés maintenant dans les industries que la machine a fait naître, les chemins de fer, les postes, les télégraphes, les bateaux à tapeur, les mines, les grandes manufactures et la construction des machines elles-mêmes !

Voyez l'imprimerie : elle emploie vingt fois plus d'ouvriers qu'il n'y avait jadis de copistes calligraphiant les manuscrits. Les transports exigent cent fois plus de monde qu'autrefois, quand gens et denrées restaient presque tous en place.

Stuarl Mill a dit, avec un profond sentiment de regret : « Jusqu'à présent les machines n'ont pas diminué d'une seule heure le travail d'un seul être humain. «

Loin de là : beaucoup plus d'hommes travaillent aujourd'hui et travaillent plus longtemps.

Jadis, à tous la nuit apportait le sommeil, et le dimanche, le repos.

Maintenant que de gens retenus à l'ouvrage, la nuit, ^ur les voies ferrées, sur les navires, au fond des charbonnages, dans les hauts fourneaux, dans les sucreries, dans les bureaux des administrations, et jusque dans les

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