LIVRE n
FEspagne, et ces marins intrépides qui ont porté le drapeau néerlandais sur toutes les mers.
L'exploitation des mines a pris de nos jours un essor inou ï. Les anciens tiraient du sol des métaux précieux, du cuivre, de F^t^n et du fer, maison petite quantité. Maintenant, l'industrie minière est la base de toutes les auti*es, parce qu'elle fournit le charbon, qui est, comme on l'a dit, c le pain de l'industrie ». On prétend qu'on peut mesurer le degré de civilisation matérielle d'un pays à la quantité de fer qu'il consomme*
Un seul chiffre, emprunté à l'une de ses branches, suffira pour donner une idée de l'importance actuelle de l'industrie des mines. En 1880, il a été produit 343 millions de tonnes de charbon, qui, au prix très bas de 10 francs la tonne, ont valu 3430 millions de francs.
Malheureusement toutes les industries extractives épuisent les sources de leur production, puisqu'elles ne font et ne peuvent presque rien faire pour les entretenir.
La pisciculture peut transformer la pêche en « agriculture de la mer et des fleuves », et, à ce titre, elle mérite toute l'attention de l'État et des particuliers* Mais que feront les hommes quand ils auront brûlé ces couches de combustible qui représentent les forêts accumulées des âges géologiques, et la chaleur du soleil, emmagasinée dans les terrains secondaires?
On estime qu'en Europe le charbon sufiGra encore pour trois ou quatre siècles. Mais la cherté se fera sentir bien avant l'épuisement total. Déjà, en bien des pays, les minerais de fer, de plomb, de zinc et de cuivre se font rares. Tout ce qui ne peut se renouveler doit flnir par s'épuiser.
A qui doivent appartenir les mines^ dans l'intérêt dô la production?
En Angleterre, les mines appartiennent aux propriétaires de la surface.
En France et en Belgique, la loi de 1810 attribue la propriété des mines à TÉtat, qui en concède l'exploitation aux particuliers, moyennant redevance et surveillance^
Le système français parait préférable, parce qu'il
évite le morcellement et permet de donner aux concessions l'extension la plus convenable à une exploitation rationnelle.
§ 2. L*agrioulture.
Les anciens pensaient, avec raison, qu'aucun travail n'est, en même temps, meilleur pour l'âme et pour le corps, et plus digne d'un homme libre, que l'agriculture. Ainsi que le dit si bien Cicéron : Omnium rerum ex quitus aliquid acquiritur^ nihil est agricuU tura melius: nihil uberius, nihil dulciuSy nihil homine libero dignius. (De officiis, I, 42.)
Ailleurs, Cicéron dit encore que les jouissances de ceux qui cultivent la terre sont presque aussi élevées que celles de la vie du sage. Voluptates agricolarum mihiad sapientis vitamproxime videntur accedere,
Caton l'Ancien a fait ce bel éloge de l'agriculture . Plus quœstuSy stabilissimuSy minimèque invidiosus. Minimèque malè cogitantes sunt qui in eo studio occupati sunt» (Cato Major, 15» § 51.) « Sainte pour-
LivnE n. 111
suîle, très stable et sans nulle envie: ceux qui s'occupent de ce travail ne pensent pas à mal ».
Xénophon nous peint, dans le Ménage rural d'Ischomachosy la vie heureuse et utile à TÉtat du propriétaire grec. {: '^ —
Horace ne se lasse pas de vanter la félicité de la vie des champs : Beatus ille qui... pateima rura bobus exercet suis^ solutus omni fœnore. (Épode IL)
Le type de ces vaillants paysans, qui, de la même main, conduisaient la charrue et maniaient la lance, comme Gncinnatus, a toujours été admiré des Romains, surtout à l'époque de la décadence.
Aujourd'hui, toute l'attention et toutes les faveurs sont pour l'industrie manufacturière. C'est à tort : s'il importe plus de faire des hommes heureux et bien portants, que de produire sans cesse davantage, c'est l'agriculture qui mérite toutes les préférences. Sully aura toujours raison : a Labourage et pâturage sont les deux mamelles de l'Etat, d
Quesnay* et ses disciples, les physiocrates, croyaient que l'agriculture est seule vraiment productive, parce que le travail du cultivateur est le seul qui laisse un excédent dont vivent les autres professions. — Destutt
1. François Quesnay, né en 1694, mort en 1774, premier médecin dn roi Louis XV. On peut dire que lui et ses disciples, les physiocrates, ont créé la science économique et énoncé plus d'idées justes qu'aucun de leurs contemporains. Quesnay a peuécrit.fSes principaux ouvrages sont : le Tableau économique (ilo^) , \q Droit naturel et Maximes générales d'un gouvernement économique d*un royaume agricole. Un de ses disciples, Dupont de Memours, a recueilli plusieurs de ses écrit sous le titre de Physiocratie ou constitution naturelle d'un gouvernement le plus avantageux au genre humain. La physiocratie (de f Û9(ç c nature » et xpiroi < gouvernement •) consistait à faire régner dans les sociétés Tordre naturel. Au dix-huitième sicdft, Quesnay et ses
de Tracy prétend, au contraire, qu'une fenne n'est qu'une usine comme une autre.
Les physiocrates ont eu raison dans le point le plus important du débat. Sans doute, quoi qu'ils en aient dit, les autres industries sont productives, car elles aug« mentent l'utilité des choses, en les rendant propres à noire usage. Mais le cultivateur, outre les forces physiques et chimiques, met en œuvre la force de la vie, et multiplie ainsi les objets utiles. Il sème un grain de blé^ et il en récolte vingt; il a, cette année, un couple de moutons; dans quelques années, il en aura un troupeau. L'agriculture est la première des industries, ' car elle est la base de toutes les autres. Celles-ci ne peuvent augmenter le nombre des personnes qu'elles emploient, que si la culture leur fournit plus de subsistances.
C'est du jour où l'homme confia à la terre un grain de blé, que date la vi*aie civilisation, car dès ce jour il eut intérêt à vivre en paix avec ses semblables. Tant qu'il a vécu de la chasse ou même du régime pastoral, on devait se disputer le parcours du gibier ou des troupeaux. C'est alors qu'est vrai le mot atroce de Ilobbes, homo homini lupus. Mais quand il tire sa subsistance
dîsciples étaient appelés la Secte des économiste». Les priDcipaiix étaient le marquis de Mirabeau, surnommé l'Ami des Hommes, Tabbé Beaudeau, Le Trosne, Le Mercier de la Rivière, l'abbé Morellet, Du> pont de Nemours et le plus illustre de tous, Turgot. c En résumé, dit leur éditeur, M. Daire, Quesnay et l'école pbysiocratique firent Tétu'le de l'utile, considérèrent les hommes vivant en société, surtout comme consommateurs et producteurs, et firent ressortir de cette conclusion que les idées de droit, de paix et de fraternité entre les hommes ne reposent pas uniquement sur le dogme de la vie future, mais sur l'observation des lois naturelles qu'on peut profilablement observer et qu'on ne viole pat impunément sur celte terre. %