CHAPITRE IV
RÉUimÉRATION DU CONCOURS DE LA ffATURC.
§ 1. La rente.
Si je pèche dans un lac poissonneux, si je chasse dans une forêt giboyeuse , si je cultive une terre fertile, j'obtiens de quoi subsister, et au delà. La nature me prête son concours, et plus elle sera féconde, plus grand sera l'excédent que me laissera mon travail bien dirigé, au delà des frais nécessaires pour mon entretien.
Cet excédent, dû à la bonne direction de mon travail et à la puissance productive des agents naturels, est la rente naturelle. Serai-je obligé de la payer aux propriétaires de ces agents? Cela dépend, non de la nature, non de mon activité au travail, mais de l'état social. S'il y a des terres fertiles en quantité illimitée, comme dans les pays vierges, je ne payerai rien pour qu'on me cède la jouissance d'une terre, puisque je puis en occuper une presque sans frais. Je garderai donc pour moi l'excédent du produit sur les frais de production, c'est-à-dire la rente naturelle.
Si, au contraire, tous les agents naturels sont déjà
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occupes» il faudra que j'abandonne tout OU partie de cet excédent au propriétaire, pour qu'il me concède Tautcrisation de travailler sur son terrain.
La partie de l'excédent que je serai forcé de livrer dépendra de la concurrence entre les gens sans terre, qui, pour vivre, s'en disputent la culture. Si ceux-ci ne sont pas nombreux, j'aurai peu à donner. Si, au contraiie, il y en a plus que de terres, je serai réduit à donner tout le produit, moins ce qui est strictement nécessaire pour me faire subsister.
Toute chose produisant des choses utiles et n'existant qu'en quantité limitée peut donner une rente, aussi bien qu'une terre arable : ainsi, une chute qui fait tourner un moulin; une rivière ou un lac contenant des poissons ; une carrière, une mine, un terrain à bâtir, un talent exceptionnel de chanteur. Leur possession constitue un monopole, dont le propriétaire peut se faire payer la jouissance, s'il la cède.
Le même travail sur une bonne terre rapporte plus que sur une mauvaise. Pour obtenir le droit de cultiver la bonne terre, on sera donc disposé à payer une somme équivalant à l'avantage que procure sa fertilité plus grande.
L'excédent du produit sur les frais de production constitue la rente naturelle. La portion de cet excédent que les circonstances obligent l'exploitant à donner au propriétaire est la rente effective.
On dit fréquemment que la rente provient de la différence de fertilité des différentes terres. Cette différence est cause des différents taux de la rente, non de la rente elle-même. En effet, toutes les terres étant de qualité égale, toutes pourraient produire une rente, si