LE SALAIRE
Le salaire est la rémunération du travail.
Il faut distinguer le salaire compté en argent, et le salaire calculé d'après la quantité d'objets utiles que cet argent procure. Avec trois ou quatre francs par jour, à Paris, un ouvrier a peine à vivre, parce que le logement et les subsistances sont très chers. En Chine et au Japon, avec un franc, il ne manquera de rien, parce que tout y est à bon marché. L'important pour le travailleur est la quantité de choses : pain, viande, vin, bière, habits, que son salaire lui permet de consommer.
Une diminution des frais de production amenant une baisse du prix des produits tend à augmenter indirectement le salaire. Le travailleur n'obtient pas plus d'argent, mais, pour son argent, plus de choses utiles.
§ 1. Systèmes de rémunération.
Ordinairement on rétribue les ouvriers en argent* mais parfois en denrées, comme dans les fermes où on les nourrit.
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On peut fixer la rémunération du travail d'après le temps : à la journée, à l'heure; ou d'après la besogne faite : à la tâche, aux pièces en payant par exemple deux francs le mètre carre de peinture, ou cinq francs le mètre cube de maçonnerie.
La rémunération à la tâche est préférable pour bien des motifs. Elle est plus juste : chacun est payé en raison de son mérite et de son assiduité ; elle stimule par conséquent davantage l'activité, car elle appli- ' que la responsabilité, le grand ressort du monde économique; elle augmente ainsi la production totale; elle supprime les frais de surveillance; si l'ouvrier n'est pas attelé à la machine, elle lui permet de travailler à ses heures et de devenir un petit entrepreneur, puisque tout travail aux pièces est déjà une sorte d'entreprise à forfait; elle est un grand avantage pour le maître, car il ne paye que pour ce qu'il reçoit.
Les ouvriers n'aiment pas qu'on introduise le travail à la tâche. Pour s'y opposer, ils se mettent souvent en grève, comme en Angleterre. En France, après la révolution de 1848, ils demandèrent même que la loi l'interdît.
Ds prétendent que le prix de la tâche est calculé d'après ce que peut faire un ouvrier d'élite, et que, par conséquent, l'ouvrier ordinaire ne peut gagner de quoi vivre.
En réalité, les ouvriers à la pièce sont généralement mieux rémunérés que les ouvriers à la journée. Quand il en est autrement, c'est que ceux qui les emploient y sont contraints par la concurrence, sous peine d'avoir à cesser le travail.
Il est désirable que le salaire à la tâche s'applique le
J5) ÉLÉMENTS D'ÊGONONIE POLITIQUE.
plus possible. Ce système, augmentant considérablement la production, doit avoir pour effet d'accroître indirectement le bien-être des ouvriers.
Ce qui est encore plus efficace pour stimuler au travail et pour améliorer le sort des travailleurs, c*"esl d'ajouter au salaire une certaine participation au bénéfice.
On accorde maintenant, très fréquemment, au directeur et aux employés supérieurs d'une société industrielle, une part des bénéfices, afin de les intéresser au succès de Tentreprise et d'accroître ainsi leur zèle. Il suffit de généraliser cette mesure pour obtenir les meilleurs résultats.
En France, en Allemagne, en Hollande et en Suisse, des patrons bien inspirés, au lieu de remettre immédiatement à leurs ouvriers cette rémunération supplémentaire, la capitalisent, afin de leur constituer une ressource pour la vieillesse.
§ 2. La loi d'airain.
« En tout genre de travail, a dit Turgot*, il doit arriver et il arrive, en effet, que le salaire de l'ouvrier se borno à ce qui est nécessaire à sa subsistance. »
i. Ânne-Robert-Jacques Turgot, né en 1727, mort en 1781, a publié un très grand nombre d'écrits concernant des questions économiques. Ils sont aussi remarquables par la justesse des idées que par la clarté du style, notamment ceux qui traitent de la monnaie, de la liberté du travail et de l'intérêt. Il donna aux Tues parfois confuses de l'école physiocratique toute la rigueur de la science. Si Louis XV l'avait maintenu au ministère, il eût, par des réformes, corrigé les abus de Tanci en régime.