‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 71 sur 136 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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Ricardo a reproduit plus tard la même idée, et il a cru avoir démontré irréfutablement qu'elle était vraie. Le salaire de l'ouvrier, dit-il, se réduit naturellement à ce qui est indispensable pour lui permettre de subsister et de se perpétuer. En effet, il ne peut se contenter de moins, car, alors, le nombre des ouvriers décroit par l'excès de dénuement, et, l'offre des bras diminuant, le salaire augmente. Il ne peut pas non plus obtenu* longtemps davantage; car l'aisance accrue augmente le nombre des mariages et des naissances; bientôt, plus d'ouvriers offrent leurs bras, et, par conséquent, le salaire est ramené au minimum nécessaire ou naturel.

LassalIeS l'un des chefs du socialisme allemand, invoquant Tautorité de Ricardo et de la plupart des économistes, s'est écrié : a Voilà la loi d'airain, formulée par les maîtres de l'économie politique! Elle condamne les ouvriers à une misère irrémédidl)le. Une société qui aboutit à une semblable iniquité doit être complètement modifiée. >

Heureusement les faits observés ne confirment pas la vérité de la prétendue loi de Ricardo.

M. Paul Leroy-Beaulieu* pour la France, etM.Dauby' pour la Belgique, ont démontré que la condition de Fouvrier s'est beaucoup améliorée depuis un siècle.

i. F<^rdinand Lassalle, né à Breslau en 1825, tué en duel à Genève en 18G4. Ses idées ont été émises dans de nombreux écrits de polémique, mais il n'a point publié de livres importants en économie politique.

2. Paul Leroy-Beaulieu, né en 1843, auteur de plusieurs ouvrages remarquables par l'exposition des faits, parmi lesquels on peut citer la Science des Finances (1877) et Y Essai sur la réparlition des finances (1881).

3. Josepli Dauby, né à Bruxelles en 1824. Principaux ouvi'ages : Les classes ouvrières en Belgique (1863); De l* élévation de la classe ouvrière en Belgique^ au point de vue moral et intellectuel (1873).

Loin de produire une multiplication excessive do l'espèce humaine, Taisance la modère plutôt, par Teffet de la prévoyance.

La misère, au contraire, est prolifique à l'excès, comme on Ta vu en Irlande, et comme l'indique le mot sinistre « prolétaire », qui signifie en même temps misérable et surchargé d'enfants.

Le travail, le bien-être et la vertu, agissant sous l'empire de la justice, mettront à néant a la loi d'airain ».

§ 5. CSauset qui produisent les différenoet dans les talaîres.

Les salaires sont très différents dans les divers métiers. Ainsi les tailleurs de diamants d'Amsterdam gagnent vingt ou trente francs par jour, et un manœuvre, à la campagne, dans le même pays, un franc cinquante centimes.

Plusieurs causes font obtenir des salaires exceptionnels :

1° Certaines aptitudes rares. — Elles constituent alors une sorte de monopole. Un grand chanteur gagne plus de cent mille francs par an, ce qui est trop. JDes souffleurs de verre, qui font ces grands carreaux de vitre qu'on appelle demi-glaces, gagnent dix ou douze francs par jour.

2° La situation. — Le salaire nominal est plus élevé en ville, parce que la vie y est plus chère.

3® La durée habituelle des chômages. — Un ouvrier qui ne peut exercer son métier qu'une partie de l'année A.oit avoir des journées plus fortes pendant qu'il tra-

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vaille, sinon il ne pourrait, comme on dit, a nouer les deux bouts »; il en est ainsi, par exemple, pour le maçon, dans les pays où la gelée interrompt les travaux,

4° Ce qu'il y a de rebutant dans certaines professions. — On ne s'y soumet que pour un salaire exceptionnel. Le bourreau est très bien payé, et cependant il travaille rarement. Dans d'autres occupations, la sécurité ou l'agrément compensent la modicité de la rétribution. Un petit employé se contente d'un mince salaire, parce que son avenir est assuré. Souvent des gouvernantes, ainsi qu'on le voit dans les annonces, ne récla- ' ment que des « égards », et point de gages.

5° La longueur de l'apprentissage. — Elle assure à certains métiers un salaire très élevé, car il sert, en partie, à indemniser de tous les frais qui ont été faits.

Les anciens économistes pensaient que, en tenant compte de ces différences, on pouvait dire que les salaires tendent à se niveler. 11 est certain que, si rien ne s'y oppose, un salaire exceptionnellement élevé doit attirer beaucoup de travailleurs, ce qui amènera une baisse, tandis qu'un salaire exceptionnellement bas chassera les ouvriers vers les métiers mieux rétribués.

Comme l'a montré M. Cliffe Leslie*, par une quantité d'exemples, les salaires, pour le même métier et dans le même pays, varient beaucoup, suivant les régions. L'amour du clocher, l'habitude, la difficulté du déplacement et du logement, parfois la diversité des

1. Gliflle Leslie, né en 1830, en Irlande, mort en 1882^ auteur d'un iprand nombre d'études et de deux livres importants : Essaya in political and moral philosophy et Land Systems in Irelandj England and the continent. Il y applique, avec éclat, la méthode historique aux recherches économiques.

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dialectes, sont autant d'obstacles qui s*opposent au nivellement des salaires.

En Franice, aux environs de Paris, un manœuvre, obtiendra deux fois plus que dans les départements du centre. En Belgique, à la campagne, il gagne un franc vingt-cinq centimes, dans la Campine, et deux francs cinquante dans les Ârdennes.

§ 4. Salaire modique ne fait pat de Touvrage

à bon marché.

Un grand constructeur de chemins de fer, M. Brassey, après avoir employé des ouvriers dans toutes les contrées du globe, a écrit un livre, Work and Wages (Ouvrage et salaire), pour prouver qu'on obtient de la besogne exécutée à bon marché, en payant de bons salaires.

L'ouvrier mal rétribué est faible et indolent. Le travail traîne et finit par coûter très cher.

Exigez vigueur et assiduité, mais payez bien, voilà le conseil que donne M. Brassey. Tout le monde en profitera, l'ouvrier, l'entrepreneur et la société tout entière.

§ 5. Le fonds def falaîref.

Beaucoup d'économistes ont cru qu'en tout pays, à un moment donné, il existait un fonds spécialement affecté à la rétribution du travail. Le taux moyen du salaire s'impose donc à tous, disent-ils, et nécessaire-

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