‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 77 sur 136 · LIVRE m icy · texte numérisé non relu

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des cbemias de fer et des usines de toute espèce; mais, pour la répartition des produits, ils admettent la rémunération en proportion de l'ouvrage effectué, et ainsi ils ne suppriment pas la responsabilité et le stimulant de l'intérêt personnel.

Seulement, qui sera propriétaire des moyens de production, l'État, la commune ou la corporation ouvrière? Le système est si peu défini qu'il est difficile de le discuter.

Dans son livre fameux, V Organisation du travail, M. Louis Blanc proposait que toutes les industries fussent exercées par l'État, comme l'est celle des chemins de fer en Belgique, et tel est à peu près ce que proposent encore, aujourd'hui, les collectivistes.

Il s'ensuivrait que tous les hommes seraient fonctionnaires, et que la société tout entière serait organisée comme l'armée.

Maintenant l'ouvrier qui ne travaille pas est renvoyé. Mais alors, toutes les industries étant aux mains de l'État, le renvoi ne serait plus possible. Il faudrait donc le remplacer par la salle de police ou la prison. Le ressort de l'activité productive ne serait plus l'initiative individuelle, mais l'obéissance passive et la contrainte.

Le progrès industriel s'accomplit actuellement, parce que chaque entrepreneur s'efforce de fabriquer à bon maixhé et de vendre beaucoup, afin de gagner davantage. Mais qui aurait intérêt à améliorer les procédés de fabrication si chacun recevait un traitement?

La fin du progrès et un despotisme universel, réglant tous les actes de la vie économique, voilà quel serait le sort de l'humanité 1

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§ 6. Lm tooîétét ooopèratîvei.

Dans une société coopérative de production, les ouvriers fournissent à la fois le capital et le travail, et, ces deux facteurs étant réunis dans les mêmes mains, Tantagonisme entre capitalistes et travailleurs cesse naturellement. On a cru trouver ainsi la solution du conflit social.

Malheureusement, diriger une entreprise industrielle est œuvre difficile. Les ouvriers n*en sont pas encore capables, et rétribuer comme il le faudrait directeurs et employés supérieurs leur paraît contraire au principe égalitairc. Les sociétés coopératives ont tojujours succombé par Tincapacité ou Timprobité des directeurs.

Une société anonyme dont les ouvriers seraient les actionnaires présenterait les mêmes avantages et réussirait probablement mieux.

Il ne faut pas oublier que, dans Tordre économique comme dans Tordre politique, le principe d'autorité est indispensable. Dans une manufacture, comme sur un navire et dans TÉtat, il faut un maître qui commande, et des subordonnés qui obéissent, sinon c'est Tanarchie, le désordre et la ruine.

Jusqu'à présent, les ouvriers qui choisissent leur directeur ne savent pas mieux lui obéir que les milices qui élisent leur capitaine.

§ 7. L^émlgralîoii.

L'émigration n'amène une hausse des salaires que quand elle enlève brusquement une grande partie de la

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population, sans jeter le trouble dans l'industrie, comme a Texode » qui, après la famine de 1847, enleva à Tirlande trois millions d'habitants sur huit.

L'émigration lente, comme celle qui fait sortir d'Allemagne cent ou deux cent mille personnes par an, n'a pas d'effet sur le salaire. Les naissances comblent les vides, et, l'offre des bras ne diminuant pas, le salaire n'augmente pas.

§ 8. Lei oorporatîonf et lei unSoni de métier.

Autrefois, les ouvriers d'un même métier formaient une corporation fermée, où l'on n'était admis qu'après un long apprentissage et de sévères épreuves.

Ainsi, celui qui n'appartenait pas à la corporation des serruriers ne pouvait faire une serrure. Exécuter certains travaux était un privilège exclusif. On était libre de mourir de faim, non de gagner son pain comme on l'entendait.

Dans l'édit de 1776, Turgot dit : a Le droit de travailler est la propriété de tous, et la première, la plus imprescriptible de toutes. »

Aujourd'hui les corporations ont disparu, mais les ouvriers affranchis, se trouvant faibles, parce qu'ils sont isolés, se sont de nouveau réunis par métier, toute- Cois dans aucun privilège exclusif.

Ces a Unions de métiers » comptent un* nombre considérable de membres en Angleterre et en Amérique,, où on les appelle Trade Unions. Au moyen d'un versement hebdomadaire, ils forment une caisse de secours, et ils s'assemblent, de temps à autre, pour délibérer el

agir en commun, afin d'élever leur salaire. Leurs armes sont la coalition et la grève.

§ 9. Lei coalîtîoni et lei grèves.

Les ouvriers s'efforcent, de temps en temps , d'obtenir une augmentation de salaire, en se coalisant pour l'exi ger, et en refusant de travailler, c'est-à-dire en se mettant en grève, si on la leur refuse.

Les grèves sont fréquentes en Angleterre — 2352 en dix ans (1870-1879), — parce que les ouvriers, associés en « Unions de métier » (Trade Unions), forment, au moyen d'un versement hebdomadaire, une caisse qui, à l'occasion, est employée à soutenir les « grévistes » .

La grève est organisée dans une manufacture : dans les autres, les ouvriers continuent à travailler et payent un salaire à ceux qui ne travaillent pas. A la fin, le patron est contraint de céder.

Pour ne pas être ainsi assiégés et réduits à merci, isolément, les maîtres répondent à la grève par le lock oui y c'est-à-dire par la cessation complète du travail, ce qui force les ouv^'iers à se soumettre bientôt, faute de ressources pour continuer la lutte.

Ces grèves occasionnent de grandes souffrances, surtout aux ouvriers. Un statisticien anglais, B. Bevan, a calculé que 112 grèves ont coûté autant de millions en perte de salaires. Parfois, dans certaines localités, elles tuent une industrie.

Elles ne peuvent relever le salaire que quand les lois économiques le permettent, c'est-à-dire quand les profits sont grands. Mais plus souvent elles n*ont lieu

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sur le continent que quand les industriels aux abois ne peuvent payer plus cher la main-d'œuvre sans se ruiner et, par suite, sans rendre pire encore la condition de ceux qu'ils emploient.

Pour éviter les grèves, on a maintenant recours, en Angleterre, à deux moyens :

1** L'arbitrage : maîtres et ouvriers exposent leurs raisons à un arbitre compétent, choisi d'un commun accord pour trancher le différend.

2^ Le salaire est fixé d'après le prix de vente du produit. Exemple : si le prix du fer monte ou baisse, le salaire des ouvriers qui le produisent s'élève ou diminue à proportion.

§ 10. L'angmenlatton du capîUil et la dîflasSoB

de la propriété.

Les économistes disent : Le seul moyen d'améliorer la condition des travailleurs est d'augmenter le capital. L'augmentation du capital, si le nombre des ouvriers n'augmente pas, aura pour effet d'élever le salaire.

Rien n'est plus exact ; mais celane suffit pas. L'accroissement du capital a un terme, et ce terme peut être atteint. On l'entrevoit déjà, sans que la rémunération du travail soit devenue suffisante.*

Ce qu'il faut, c'est que le capital accru passe, en grande partie, aux mains des travailleurs eux-mêmes, avec le secours de bonnes lois, et par l'épargne.

Cruelle dérision, dira-t-on : vous prêchez l'épargne à ceux qui, vous l'avouez, n'ont même pas le nécessaire.

Ils n'ont pas le nécessaire, c'est vrai; et cependant

que d'argent ils dépensent pour un superflu qui leur est funeste, l'alcool et le tabacl

Si les ouvriers épargnaient seulement les sommes énormes qu'ils consacrent aux boissons alcooliques qui les abrutissent, en vingt ans ils pourraient acheter toutes les manufactures où ils travaillent. Ainsi c'est de la pratique de certaines vertus, prévoyance, sobriété et continence, que peut venir le salut.

§ 11. Du rapport entre reugmeatatîon des selaires et racoroisiement de le population.

.Si la population augmente plus rapidement que le capital, et surtout que les subsistances, aucune réforme ne peut améliorer définitivement le sort des classes les plus pauvres, car le partage mémo le plus équitable du produit n'attribuera à chacun qu'une rémunération insuffisante.

Stuart Mill a donc raison de dire qu'en économie politique la question de la population domine toutes les autres.

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