LIVRE L iS
du siècle dernier, on croyait que les intérêts des peuples étaient opposés, et que, comme Ta dit Montaigne^ « le proflt de Tun est le dommage de l'autre. »
Les économistes ont démontré y au contraire, que, de mêmej pilun marchand a intérêt à avoir près de lui des clients assez riches pour payer chèrement ses denrées, de même il est de l'intérêt d'un peuple d*étre entouré d'autres peuples prospères, en état de lui acheter, à bon prix, tout ce qu'il désire vendre, et de lui Ijvrg f en abondance tout ce qu'il désire acquérir.
A la maxime populaire : Nul ne perd qtCun autre n*y gagne^ il faut donc substituer celle-ci : Nul ne perd que les autres n'y perdent aussi.
En prouvant que chacun a intérêt au bien-être de ses semblables, notre science a donné l'égoîsme comme mobile à la fraternité et prouvé la vérité de ces beaux vers de Béranger :
Aimer, aimer, c'est être utile à soi; Se faire aimer c'est être utile aux autres.
Si les vérités démontrées par l'économie politique étaient généralement comprises, il n'y aurait plu» ni guerre, ni préparatifs de guerre, car la plus heureuse est toujours une calamité pour le vainqueur non moins que pour le vaincu. Comme l'a dit parfaitement un économiste italien, ScialojaS la justice internationale sera la GUe du calcul économique.
Le prophète Isaïe a dit ce mot admirable : a La paix sera le fruit de la justice. »
i. Scialoja, né en 1817 près de Naples, mort en 1877. Son principal ouvrage, intitulé Principii de VEconomia sociale, parut en 1840. La librairie Guiilaumin en a publié une traduction en français et annotée par U. U. DeyiUers (1844).
§ 6. Ba rapport enire TécononiSe politique et l'hîttoîre.
L'économie politique ne peut rien démontrer sans le secours de la statistique et de l'histoire; car, ce n'est qu'en consultant ces deux sciences qu'elle peut apprendre ce qu'elle cherche, c'est-à-dire quelles sont les lois qui ont été utiles ou funestes aux nations.
L'économie politique n'est pas moins indispensable à l'histoire, car elle seule peut découvrir les causes qui ont produit la grandeur ou la décadence des Ëtalsi La puissance des États est en raison de leur population et de leur richesse. Le développement de la population et de la richesse dépend de causes économiques. Celles-ci sont donc la raison profonde des grands événements de l'histoire.
En histoire, voici la question qui domine toutes les autres : Pourquoi tel État a-t-il grandi? Pourquoi tel autre État a-t-il décliné? A cette question l'économie politique seule apporte une réponse profonde.
Les historiens parlent du cercle vicieux que parcourent les empires, grandissant d'abord pour arriver finalement au déclin. Ces vicissitudes ou ces corsi et ces ricorsi^ comme les appelle Yico, ils les expliquent en disant que les peuples doivent passer par les quatre âges de la vie que parcourent les individus : l'enfance, la jeunesse, l'âge mûr et la vieillesse, qu'accompagne la décrépitude.
C'est bien ici que comparaison n'est pas raison : les générations succédant aux générations^ un peuple es toujours également jeune.