CHAP. II. — LA REPARTITION DES REVENUS
cation, etc.,) n’est plus le facteur nature : c’est un capital, et son propriétaire est propriétaire d’un capital. De plus, si le phénomène de la rente intéresse parfois très spécialement les revenus du sol, l’observation a montré qu’il peut affecter d’autres catégories de revenus, et qu’il n’est donc pas essentiellement caractéristique du revenu foncier. Par conséquent, il ne convient nullement de confondre la notion de revenu foncier avec celle de rente. Tout au plus y aura-t-il lieu de signaler l’importance pratique de la rente dans la détermination de certains revenus fonciers. Encore cette observation aura-t-elle, comme nous allons le voir, surtout pour effet de rapprocher le revenu du propriétaire foncier de celui de l’entrepreneur, plutôt que de celui du capitaliste.
C’est ainsi que nous nous trouvons ramenés à la classification proposée plus haut :
1° Revenu de l’entrepreneur, et du propriétaire foncier;
2° Revenu du capitaliste prêteur;
3° Revenu du travailleur salarié.
Cette classification, qui est tripartite, comme celle d’Adam Smith, ne correspond p'us, il est vrai, à ces trois facteurs abstraits, nature, travail et capital ; mais elle correspond très exactement aux trois rôles essentiels que les individus peuvent jouer dans la production. Nous verrons, en effet, qu’il ÿ a lieu de distinguer les revenus d’après la situation que ceux qui les reçoivent occupent dans l’entreprise : chefs d'entreprise, prêteurs, ou salariés, parce que les principes et les circonstances qui déterminent leur revenu sont différents. Le revenu de l’entrepreneur, considéré comme tel, dépend directement du prix des marchandises ou des services qu'il fournit au marché ou, en d’autres termes, il dépend di rectement du rendement de l’entreprise ; au contraire, le
Nogaro
26 S] .CT. 1. — l’entreprise privée et la répartition
reveni. du salarié et celui du capitaliste dépendent du prix d; leur travail ou de leur capital sur le marche du travail et du capital, beaucoup plus que du marché propre dw l’entreprise à laquelle ils sont att..chés.
^3 — Limites de ces trois catégories de revenus.
La t istinction de ces troiscatégories de revenus, quant à leur mode de détermination, est assez aisée en principe. La diLculté qui subsiste est de classer les individus parmi ces trois catégories : entrepreneurs, capitalistes, salarK s. En ce qui concerne la distinction entre l’entreprenenret le salarié, il y a déjà quelque inceititude dans la pra ique : on s’en aperçoit lorsqu’on veut appliquer la législation du travail. L’ouvrier qui travaille aux pièces vend au patron le produit de son travail. S il tia— vaille sous la discipline commune de 1 usine, effectuant chaque jour la tâche qui lui est indiquée, il est bien manifesti que ce n’csi pas un travailleur indépendant, qu’il tait partie d'une entreprise collective. Mais, s il travaille à domicile, le problème est plus délicat; travaille-t-il pour un seul patron, sur une tache qui lui est expressément attribuée ? c’est encore un salarié, ff ravaille-t-il au gré dt sa fantaisie, produisant pour le public, les objets qu il croit susceptibles de trouver une place sur le marché? c est un a-tisan, donc un entrepreneur. Mais, s’il travaille pour plusieurs patrons, portant aux uns et aux autres des cb]ets qui ne lui sont pas toujours expressément demandés, sa situation devient indécise.
Mois c'est surtout entre l’entrepreneur et le capitaliste prêteur que la ligne de démarcation devient délicate à trazer. Le i rentier » qui a placé son avoir en fonds d’Ei: t, ou en obligations de villes ou de chemin de fer (rancais, n’est évidemment qu’un simple prêteur à intérêt. 11 ne participe à la gestion d aucune entreprise,
CHAP. Il, — la répartition DES REVENUS
Tinnrf râ Proprement économiane,
Maïs T ^ chose humaine.
^de IV.io la situation respective de l’obligataire et de I actionnaire d une société quelconque?
Juridiquement le problème est très simple ; l’oblicataire est prêteur ; 1 actionnaire est un associé, ou, comL
Stn°fah""l^T"-"”- CO- entrepreneur.
Mais, en fait, la distinction est beaucoup moins claire ;
d abord I obligataire, dans certaines sociétés, peut parL
ciper très sérieusemeni aux aléas de l’entreprise. Ensuite
laciionna.re ne constitue nullement un type écono:
nuque bien déterminé. Tel actionnaire, qui fiaLe parmi
les fondateurs, ou qui a acheté à lui seul une gZsl Zt
, / ^^'■“^ble entrepreneur, suivant de
près les vicissitudes de I entreprise, participant cftectivement a sa gestion. Tel autïe, ignorant la géo-
m7 nnell '' industrielle, ne°sait pas, oulait
èïlt ’ le? opérations et le lieu où
elle les exerce; et cet actionnaire-là, c’est le erand
nombre. Aussi, lorsque nous nous sommes placés au
point de vue de la Produc.ion, nous avons dû cmisidérer
cette m.isse amorphe des actionnaires inconnus et
anonymes, indécise en ses contours, mais très réelle et
vante cependant, comme faisant partie des bailleurs de
ïi eL?ll prêteurs Et
nlûs''r?m"nl..‘^^ 7'’ Répartition, le problème est comme te!^ i’actionnaire considéré
’f l’entreprise elle-
■..ctiie, et dépend, par conséquent, directement, twn bas smlemmt du marché des cafiitaiix circulants, mais du marché
L est doneb en, en principe, un revenu d’entrepreneur Cependant, les individus qui pratiquent la divfsion des
28 SECT. I. — l’entreprise PR. VÉE ET LA RÉPARTITION
risques, en sousciivant systématiquement un très petit lombre d’actions d’un grand nombre d’entreprises ne font évidemment qu’un p’acement ; et la multiplicité même des entreprises auxquelles ils s’intéressent leur fait perdre, même au point de vue de la Répartition, le caractère de l’entrepreneur. Il faut donc s’abstenir d élai lir des lignes de démarcation absolues qui n existent pas di.ns la réalité, et tenir compte, dans l'application, des circonstances qui classent les individus dans un grouf e ou dans un autre.
Une difficulté analogue se présente au sujet du propriétaire d’un immeuble ou d’un tonds de terre. Aux yeux Ju public, c’est également un « rentier », un individ 1 qui obtient un revenu sans travail \ c’est le « propriétr ire » parexcellence. Lui-même d ailleurs est en quête d’un simple « placement ». Et quant aux économistes, ils n’ )nt généralement pas coutume de considérer comme un entrepreneur ce personnage qui ne travaille pa<^, et (]ui ne « vend » pas, qui » loue » son fonds et son immeutle, comme un autre « prête » ses capitaux mon-
nayéî . , . .
Cependant, en cequi concerne \emodede détermination
du re tenu — et c’est de ce point de vue que nous devons nous place: dans l'étude de la Répartition — le propriétaire foncier est dans une situation très analogue à celle de l’entrepreneur. Le propriéiaire d’un immeuble urbain attend les locataires comme le boutiquier attend ses c ients, et son revenu dépend de la nature des services qu’il offre (dimensions et aménagements ^ des magasins et des appartements), aussi bien que de place aient de la maison et de l’évolution du milieu enviionnant. Il est donc bien visible qu’entre ce propriét iire et celui qui loue en meublé, par exemple, — eue l’on n’hésite pas à considérer comme un chef d’entreprise quelconque — il n’y a pas une différence
CHAP. II. — la répartition DES REVENUS 29
ffn Quant au propriétaire d’un
fonds rural, il peut assurément se décharger sur un fermier des aléas de 1 exploitation ; mais le taux du fermage, et partant son revenu, dépend beaucoup de qualités propres au fonds et au milieu qui l’entoure Et h place que prend ainsi la renie dans Ion revenu loin de le distinguer de l’entrepreneur, ne peut que Peu ranprocher au point de vue de la Répartition^; car, comme nous allons le voir, la rente joue un rôle essentiel dans la formation du revenu de l’entrepreneur.
Ainsi quoique le chef d’entreprise qui a recours aux
une"t?rre P- exemple!
iinp ' ” ^ “ cultiver, un emplacement pour établir
une usine, un magasin pour établir un fonds de com- .taerce - soit tenté d’assimiler, à ce point de vue le proprietaire au capitaliste qui lui prête des capitaux, if y a lieu, en dernære analyse, de considérer ce dernier ^au point de vue de la Répartition, comme une sorte d’entre-
diafkmlr'""'' => iMsdonc étudier dans un même