FONCIER
§ 1. — Le revenu de l’entrepreneur et la notion de jirofit.
L s revenu de l’entrepreneur est souvent encore désigné Dar l’expression traditionnelle de profit. Cependant, l’anayse de l’économie politique contemporaine a conduit à discerner dans le revenu de l’entrepreneur un élément caractéristique auquel la terminologie récente tend à réserver cette dénomination (r). Cette distinction du profit au sens strict et du revenu d’entreprise apparaît nettemet t, lorsque l’on compare la grande et la petite entreprise.
Voici d’abord un petit boutiquier, établi (( à son compte » : il tire de son travail et du petit capital qu’il a « mis dans sa maison » un revenu variable selon le prix des marchandises qu’il vend et la quantité qu'il en vend, en somme un véritable revenu d’entrepreneur. Mai,; ce revenu dépend tout à la fois de son travail et du
( I Voir notamment A. Landry, Mannei d'économique.
capital affecté à son entreprise, de l’état du marché, et de la situation particulière de cette entreprise sur le marche, sans qu’il soit aisé au premier abord, de faire la part de ces divers éléments.
Un entrepreneur de plus grande envergure, qui emploie des salariés, et qui a emprunté des capitaux, est amené à discerner très nettement dans sa comptabilité la rérnunération du travail et du capital cju^il payeà autrui j et il n’évalue naturellement son bénéfice qu’après avoir déduit du produit global de l’entreprise le montant des salaires et des intérêts. S il a mis dans son entreprise des capitaux lui appartenant, il déduira même, pour évaluer son bénéfice, l’intérêt qu’il en eût tiré s’il les eût placés séparément. C’est seulement le résidu qu’il considérera comme son profit ; et il y verra la rémunération de son initiative et de son travail de direction.
Mais il y a plus : dans une très grande entreprise, on calcule exactement non seulement la rétribution des prêteurs proprement dits, des obligataires, s’il y en a, et celle des salariés de toute catégorie, depuis les m.anœuvres jusqu au directeur général, mais encore la part réservée aux administrateurs; et cela fait, il reste encore un « dividende » pour les actionnaires, lequel est parfois très supérieur au taux courant de l’intérêt.
Or, les administrateurs sont de véritables chefs d’entreprise, qui participent, quoique très inégalement, à la direction supérieure de l’affaire ; mais il y a des action naires qui n’assistent pas aux assemblées générales, qui sont très souvent, au point de vue de la production, de simples bailleurs de fonds ; et cependant ils n’en retirent pas moins, eux aussi, un revenu d’entrepreneur, essentiellement variable, mais pouvant s’élever, par suite de la prospérité de l’entreprise, fort au-dessus de l’intérêt normal de 1 argent, — en somme pouvant comporter un profil, au sens le plus étroit du mot.