SECTION II. — L ETAT ET LA REPARTITION
l’on tient compte que, dans un pays comme la France, un cinquième ou un sixième du revenu national est absorbé par les dépenses publiques, on constate quiine très importante fraction des revenus échappe ainsi aux règles de répartition exposées jusqu ici, pour se distribuer d'une façon nsse^ incertaine.
Il faut ajouter qu’il y a des cas où, par la nature même du service, ceux-là qui en bénéficient n’en doivent pas faire les frais : c’est lorsqu’il s’agit d'assistance. L’assistance consiste essentiellement à faire passer une partie du revenu de ceux qui peuvent contribuer aux dépenses de la société à ceux qui ne peuvent même pas assurer leur propre subsistance. Il est vrai que ceux-là seuls qui sont hospitalisés, et pourvus en nature du nécessaire, jouissent d’un service tout à fait gratuit ; les assistés partiels, qui reçoivent des secours pécuniaires, continuent à participer aux dépenses publiques par les impôts indirects, qu’ils acquittent en faisant leurs achats. Mais, complète ou partielle, l’assistance n’en constitue pas moins une dérogation imposée par l’Etat aux règles de la répartition privée, et une dérogation radicale, puisqu’elle consiste à prendre aux uns pour donner directement aux autres. D’ailleurs, malgré la multiplicité croissante de ses manifestations, l’assistance publique ne prélève pas une très grande part de l’ensemble des revenus (i).
L’assistance publique, institution fort ancienne (2), prend aujourd’hui des formes très variées dans les divers pays. En Angleterre, l’organisation de l’assistance
(1) Dans le budget français, environ 500 millions, soit un dixième des dépenses publiques, lesquelles absorbent, comme nous l’avons vu, approximativement un cinquième ou un sixième des revenus privés.
(2) Voir Paul Strauss, Assistance sociale. Pauvres et mendiants et Lallemand, Histoire de la charité, 4 vol.