‹ Éléments d'économie politique [microform]Chapitre 14 sur 173 · CHAP. 11. — TECHNIQUE ET INDUSTRIE · texte numérisé non relu

CHAP. 11. — TECHNIQUE ET INDUSTRIE

ment dans les industries du vêtement (contectian, lingerie, etc.). L’industrie à domicile suppose pour le moins un entrepreneur, et des salariés travail’ant chez eux. Souvent aussi s’interpose entre les deux un sousentrepreneur, qui s’engage à fournir, à un certain prix, les produits achevés, et qui va distribuer le travail chez les ouvriers, ou qui les ûit travailler chez lui, dans son atelier (i).

L’industrie à domicile salariée est souvent, comme nous l’avons indiqué au paragraphe précédent, le résultat d’une évolution qui a fait tomber l’industrie^ domestique ou le métier sous la dépendance d’un chef d’entreprise. « Telle a été l’évolution notamment pour les cordonniers dans diverses parties de l’Allemagne et de l’Autriche, pour les horlogers de la Forêt Noire, les ébénistes de Breslau, les verriers de Bohême, les fabricants de gants, peignes et éventails de Vienne, etc. (2 j. » En ce cas, c’est, sous une forme évoluée, une survivance d’une organisation industrielle antérieure.

Mais, parfois aussi, l’industrie à domicile est une création directe de l’époque actuelle. Ce mode d’organisation suffit, en effet, aux besoins d’un certain nombre d’industries ; et des établissements nouveaux se créent immédiatement sous cette forme : « tel est le cas pour la cordonnerie en Bohême, la fabrication des cigares en Allemagne, et pour de nombreuses industries féminines en Belgique, couture, broderie, cousage de gants, etc. f3).

(1) En ce dernier cas, s’il est vrai que l’ouvrier ne travaille pas chez le chef d’entreprise, il ne travaille plus, à vrai dire, dans son propre domicile. — Sur la condition souvent malheureuse des travailleurs à domicile, voir 2® livre (Répartition) et Bourguin, op. cit., p. 171.

(2) Cf. Bourguin, op. cit., p. 175. Voir aussi, K. Bûcher, op. cit., la disparition du métier.

(3) Cf. Bourguin, op.cit., p. 173.

Enfin, par une sorte de réaction, l’industrie à domicile succède parfois à l’industrie concentrée. C’est ainsi, )ar exemple, que les fabricants de cols et de manchettes de Troy, aux Etats-Unis, font effectuer au domicile de eurs ouvriers et ouvrières une notable partie du travail (jui s’effectuait antérieurement dans leurs ateliers.

Les causes de la persistance, et, parfois, du renou- :eau de cette forme d’organisation industrielle sont à la ois d’ordre technique, économique et juridique.

Au point de vue technique, un grand facteur de concentration estla machine à vapeur, qui peut actionner un rès grand nombre de machines extrêmement variées, nais dans un rayon très restreint. L’électricité ou les moteurs cà gaz permettent, au contraire, de transporter a force à domicile. Leur emploi peut donc, en certains ras, faire disparaître la nécessité d’une concentration les travailleurs dans l’usine (i).

En outre, le patron préfère souvent employer des tra- .ailleurs à domicile parce que, d’abord, il les paie moins cher ( voir livre deuxième, Répartition) , et que, de dIus, il évite à la fois les frais de local et la surveillance les fonctionnaires chargés de faire respecter la législation lu travail.

?)° La petite et moyenne industrie (métier et manufacture). — La manufacture, au sens exact du mot, a dû, le plus ;ouvent, sous l’influence du machinisme, se muer en .( machino-facture », ou disparaître devant une concur- 'ence inégale. Le métier indépendant a succombé aussi, lansbien des cas, en raison de son infériorité à la fois

(i) Notons aussi que dans certaines industries le machinisme ne oue pas un rôle essentiel. Même dans le tissage, on conserve parois le métier à main, soit pour faire des tissus très fins, soit parce ]ue les caprices de la mode ne permettent pas au patron d’immobiliser ses fonds dans un oaiillage qui risquerait de rester inutilisé, ùi ce cas, un facteur important de concentration fait défaut. Cf. 3ourguin,o^. cit.y p. 179.

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commerciale et technique, — ou bien, comme nous venons de le voir, il s’est transformé en industrie à do- ^ micile salariée.

« C’est ainsi que le métier a disparu totalement, ou à peu près, dans de nombreuses industries où il florissait jadis : tissage, chapellerie, maroquinerie, quincaillerie, f.ibrication des épingles, des peignes, brosses, couteaux, lampes et ustensiles de ménage, tonnellerie, menuiserie, brasserie, tannerie, etc.; il a été dépossédé en grande partie dans la menuiserie, l’ébénisterie, la teinturerie, l’horlogerie, la cordonnerie, la confection des vêtements (i). »

Cependant, la manufacture et le métier indépendant tiennent encore une certaine place dans l’organisation industrielle contemporaine. Ils subsistent difns les cas où l’on peut se passer d’un machinisme très développé, et oh les conditions delà production s’ accommodent de la petite ou moyenne ejitreprise (2).

Ils se maintiennent tout d’abord dans des cas où le producteur a besoin de se trouver à proximité du consommateur ; il faut, dans les moindres bourgades un charron, un sellier, un maréchal-ferrand ; il faut, dans tous les quartiers d’une ville, des serruriers, des menuisiers, des peintres, etc. ; l’artisan a ici sa raison d’être comme le petit commerçant. Et, pour la même cause, là où le métier perd sa place dans la fabrication, il conserve son rôle dans la réparation : c’est ainsi qu’il subsiste un peu partout des petits ateliers de tailleurs, cordonniers, tapissiers, ébénistes, horlogers, électriciens, ferblantiers, etc. Et le rôle de ces artisans s’accroît avec le développement du confort.

Enfin, le progrès de la grande industrie elle-même jait naître, parfois, de petites industries qui sont comme

(i) Bourguin, op. cit., p. 184.

(2 ) Voir V. Brants, La petite industrie contemporaine.

ses satellistes: si les bicyclettes et les automobiles, ou du moins les pièces qui les composent, sont fabriqués dans des usines, ces usines, à leur tour, alimentent quantité de, petits métiers indépendants destinés au montage, à la réparation, à rornementation, à la fourniture des divers accessoires. — La décent î ai isat ion de la force motrice due à l’électricité et aux petits moteurs ne favorise, d’ailleurs, pas moins la petite industrie indépendante que l’industrie à domicile salariée.

En résumé, si la manufacture et le métier ne sont pas les formes dominantes et caractéristiques de l’industrie contemporaine, ils conservent, néanmoins, une place normale dans notre organisation industrielle.

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