CHAP. II. — REVENUS ET CHARGES DE FAMILLE
relatives à la Répartition. Mais, si elle a jusqu ici exercé p2U d’influence sur la doctrine, elle est aujourd’hui très nettement perçue par les individus les moins formés aux spéculations de la science, et elle tend par là à exercer une immense influence sur l’évolution économique et
sociale (i).
§ 2. — Les charges de famille et le problème de la
I population.
Depuis fort longtemps, les Economistes ont considéré l’étude de la population comme faisant partie de leur domaine. Il s’en faut de beaucoup cependant que tous les problèmes démographiques soient des problèmes économiques : la physiologie, l’hygiène, et bien d’autres sciences, y sont intéressées. xMais il est €xact que la démographie touche à l’économie politique par plusieurs cotes. Et d abord, elle y ^touche par l’étude de la production : pour faire vivre l’humanité, il faut produire ; et, réciproquement, pour produire, il faut des hommes. C’est d’ailleurs sous cet aspect que les anciens économistes ont envisagé les relations entre leur science et celle de la population (2) . ils font cherché à établir le rapport qui existe entre la population et les subsistances. Malthus, dans une^ fonnule célèbre, soutient que la population, tend à s accroître plus vite que les subsistances (3) ; et cette conception
(1) Cette constatation paraît avoir également échappé à la critique
socialiste. . . , , , . 7 ,•
(2) Voir A. Landry, Les trois théories principales de la population
dans Scîentia^ RiviUa di Scien^ia, 1909» 3*
(3) Dans son Essai sur la population, Malthüs afh-me que la population tend à s’accroître en proportion géométrique, tandis que les subsistances ne s’accroîtraient qu’«.n proportion arithmétique. Sur IvIalthüs, voir plus loin, Le dcveloppenient de la peusec i\onomique §6.
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lui était sans doute suggérée par la situation économique de 1 Angleterre de son temps. Depuis lors, il semble que la richesse se soit accrue partout plus vite que la population. D ailleurs, un phénomène nouveau s est produit, que Malihus et ses contemporains n’avaient pas suthsamment prévu ; la natalité a diminué, en venu d une cause économique très simple ; elle a diminué à mesure qu’il apparaissait plus clairement que la part de chaque individu dans le revenu de la famille, et eventuellement dans son capital, va diminuant en rai«;oD du nombre des entants.
Le problème de la population apparaît donc aujourd lîui comme étant essentiellement un problème de Répartition ; la restriction de la natalité apparaît, dans une large mesure, comme une réaction spontanée de beaucoup de chets de famille contre une inégalité de Répartition qui existe dans toutes les classes économiques, et quirémlte de ce que les services de ceux qui participent à l'activitéeconomique sont rémunérés sans aucun égard pour le nombre
des individus ne participant pas à l’activité économique qui sont a leur charge.
On soutient assez couramment aujourd'hui que la restriction de la natalité est en raison directe de l’accroissement de la richesse : ce qui est strictement contraire a la croyance des anciens économistes, lesquels admettaient que la population s accroît spontanément avec les subsistances. Cependant, si cette assertion repose sur un assez grand nombre d’observations précises (i), elle est trop brève et trop absolue. Les classes aisées, il est vrai réfléchissant plus que les classes pauvres, il est exact QU elles ont, les premières, remarqué l’inégalité dans la
(i) Voir Bertillon, La dépopulation française. Paul Leroy-
population, Paris, 1913. Mombert, otuciien :^îir Bevolkeningsheiuegîing in Deutscbland.
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répartition qui résulte des charges de famille. Il est encore exact qu’elles sont plus ambitieuses, et qu’ainsi, elles ont tiré plus rigoureusement de cette constatation les conséquences qui aboutissent à la restriction de la natalité. Enfin, les classes aisées sont généralement des classes possédantes, et le chef de famille a à partager proportionnellement au nombre de têtes non seulement des revenus, d'ailleurs peu élastiques, mais un capital.
Cependant, il serait inexact d’affirmer que la restriction de la natalité soit exactement proportionnelle au degré de richesse. Du recensement français de 1906, et d’une étude très précise qui en a été faite par le directeur delà statistique générale de la France (1), on peut, en effet, tirer les constatations suivantes :
En France, la natalité est la plus forte chez les marins (486 enfants pour cent familles, dont le chef est âgé de 60 à 65 ans au moment du recensement , puis chez les ouvriers {404). Mais elle est très sensiblement plus forte — ou moins faible — chez les patrons (359) que chez leurs employés (300). (Et pourtant on peut admettre que les patrons sont généralement plus aisés que les employés.) Parmi les patrons, ceux de l’industrie ont plus d’enfants (382) , que ceux de l’agriculture (371) et du commerce (340).
Quant aux salariés de l’Etat, leur natalité est généralement faible : elle est toutefois bien plus faible parmi ceux que la statistique range dans la catégorie des « employés » (285) que parmi les « ouvriers » de l'Etat (385). Mais, si elle tombe à un minimum pour les employés
(i) Voir la Statistique des f aw illes, 'puhWée par la direction t/g /a statistique générale de la France, ei l’article de M. Lucien March, La fertilité des mariages suivant la profession et la situation sociale. Revue philanthropique, 1913, p. 584.