RÉPARTITION DES REVENUS GLOBAUX
Ainsi, le problème de la population, qui est apparu au cours du XIX® siècle comme étant essentiellement un problème de Répartition, semble devoir intéresser de nouveau les conditions de la production (i).
(i) Il intéresse beaucoup plus encore la vitalité des diverses nations ; mais c’est là un point de vue plus politique qu’économique, auquel nous ne saurions nous arrêter dans cet ouvrage.
CONSOMMATION
Paragraphe préliminaire.
C’est une tradition ancienne, surtout dans la littérature économique française, de faire une place à part à l’étude de la Consommation (i).
Il semble pourtant, au premier abord, que la vie économique ne présente que deux aspects, et que, après avoir exposé comment les richesses sont produites, il ne reste plus qu’à expliquer comment le produit du travail collectif se répartit entre les individus : la consommation apparaît comme une chose toute individuelle, et l’on ne conçoit pas immédiatement comment elle peut faire séparément l’objet d’une étude scientifique, — du moins de la part de l’économiste.
Et, à vrai dire, parmi les chapitres consacrés à la consommation par les auteurs classiques, il en est qui se rattachent manifestement à l’étude de la production, et d’autres qui paraissent être du domaine de la morale
(i) J. -B. Say semble avoir le premier isolé, dans une dernière partie de son cours, l’étude de la consommation.
plutôt que de rCconomie politique. Aussi l’usage de traiter séparément de la consommation ne s’est-il pas généralisé dans tous les pays, et il tendait récemment encore à disparaître de la littérature économique française.
Cependant, il serait d’abord tout à fait inexact de représenter la consommation comme n’intéressant que la vie privée de 1 individu : aux yeux de l’économiste, la consomrnation, ce n’est pas l’usage individuel des objets accjuis, c est tout d abord la dépense. Or, la nature de la dépense n’intéresse pas seulement l’individu, mais la société économique ; et ily a à cela une première raison, qui est essentielle ; c’est que la dépense dirige la pro> duetwn; suivant, par exemple, la paît faite dans les dépenses aux objets de première nécessité ou aux objets de luxe, la production de chacune de ces deux catégories de produits est plus ou moins stimulée.
Or, la consommation, ou, si l’on veut, la dépense est 1 expression à la fois des besoins et des moyens d'y satisfaire .* la direction quelle donne à la production dépend à la fois de la répartition des revenus globaux et dé la façon dont les besoins sont proportionnés et combinés dans les dtjféi entes Classes de la société. Son etude ne se ramène donc intégralement ni à celle des besoins, phénomène primordial de la Production, ni à celle de la Répartition ; et ainsi, il peut sembler opportun de l’aborder séparément, et seulement lorsque, après avoir parcouru le cycle de la vie économique, on se trouve ramené à ce qui, dans un état économique donné, en constitue la raison d’être et en quelque sorte, le point de départ (r).
(ij La nature de cet ouvrage ne nous permet d’ailleurs pas de nous attarder sur ce problème théorique, qui a été depuis tort longternps envisagé sous divers aspects dans la littérature économique.
Il apparaît tout d abard que l’activité économique est gravement
De plus, des faits nouveaux sont venus justifier la révision du jugement sommaire par lequel on avait prétendu retirer à la consommation la place distincte qui, un peu prématurément peut-être, lui avait été assignée dans l’étude des faits économiques.
En effet, des groupements économiques se sont développés, dont l’activité s’exerce postérieurement au phénomène de la répartition : des individus, ayant perçu leurs revenus^ en
intéressée par la proportion des revenus affectés d’une part à la dépense proprement dite, et d’autre part au placement, c’est-à-dire, le plus souvent en fait, à la dépense en agents productifs : un accroissement de la part consacrée a la consommation immédiate, dans une société donnée, diminuerait sa faculté d’accumuler les capitaux, et, partant, de développer sa production par l’adoption di processus productifs plus complexes et plus longs. Aussi, depuis fort longtemps, les économistes classiques se sont efforcés de détruire le préjugé populaire d’après lequel la dépense « fait aller le commerce» ; et ils n'ont pas eu de peine à démontrer que le riche est généralement plus utile à la société par l’épargne qu’il place, c'est-à-dire qu’il permet de consacrer à la production, que par ses dépenses somptuaires, qui dirigent l’activité économique vers des productions de luxe, sans en augmenter le rendement total.
Le problème a d’ailleurs été posé dans des termes plus subtils par les économistes antérieurs à l’époque classique, et notamment par Canttllon. Celui-ci observe que le travail et la terre, facteurs primordiaux de Li production, entrent en proportion inégale dans les divers produits; ainsi, ily a moins de terre — et plus de travail — dans le blé obtenu par le labour que dans la viande obtenue en laissant paître les bestiaux ; en consommant plus de viande, on consomme donc plus de terre, et on diminue l’utilisation de cet agent de production. En entretenant des chevaux de luxe, on consomme plus de terre encore, on diminue l'emploi du travail et les moyens de subsister. Cette théorie, tombée dans l’oubli a été reprise et développée par M Otto Effei^tz, dans Arbeit iind Boden et dans les Antagonismes economiques.
Sur ce sujet, voir l’étude très complète de M A. Lk'iivavi, Une théorie négligée : de l'influence de la direction de la demande sur la productivité du travail, les salaires et la population. Revue d'écon. polit., 1910.
remettent parfoisune partie encotnmun, afin de mieux amenager leurs dépenses. Ainsi se sont constituées \qs sociétés cooperatives de consommation ^ ç\m ont pour but de permettre a leurs membres de faire une partie de leurs achats en commun ; des caisses d’épargncy où sont placés en commun des fonds mis de côté pour l’avenir ; les sociétés de secours mutuels y les sociétés d'assurances, qui, sous les diverses formes quelles revêtent, présentent toujours, à quelque degre, un caractère mutuel ; les sociétés ayant pour but crédit à la consommation ; enfin, des groupements plus larges, lipies ou associations de consornmateurs qui sont encore à l’état embryonnaire, mais dont l’importance et hnfluence s’accroîtront peut-être à mesure que les individus prendront une conscience plus précise
de leurs intérêts économiques (i).
L Etat moderne a été appelé à donner son appui direct
ou indirect à ces diverses institutions de consommation,
principalement à certaines institutions d’assurances. Et
son intervention est parfois si intimement mêlée à leur
développement qu’il n’y a pas lieu d’en faire un exposé distinct. ^
(i) Notons ici qu’un économiste français, M. Gide, a très large-
JVrn' ^ ^ l’étude de la consommation sa place dLs
1 économie politique contemporaine.