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Toutefois, la réalisation d’une économie sur l’achat ne s’opère pas nécessairement sous la forme d’une diminution immédiate du prix. Elle prend souvent la forme d’une ristourne, d’un boni réparti en fin d’exercice, au prorata des achats.
Ce système est généralement préféré par les coopérateurs, en raison de divers avantages. Il est d’abord moins irritant pour le petit commerce que celui de la vente au-dessous du prix usuel. De plus, \\ favorise V épargne, çr\ la réalisant, chose paradoxale, par la dépense, et proportionnellement à la dépense. Enfin, la somme globale mise ainsi à la disposition de l’ouvrier ou du petit employé à la fin de l’année lui rend, pense-t-on, plus de services que ne le feraient de petites économies quotidiennes : elle lui permet de compléter son mobilier, d’aménager son intérieur, ou de combler les trous creusés dans son budget par une année malheureuse, ou encore d’acquérir par annuités, une maison à lui. Elle peut aussi lui permettre de s'assurer contre les divers risques de la vie : ce qui constitue un nouvel emploi collectif de ses revenus.
Dans les groupements où Fesprit coopératif est le plus développé, on veille à ce qu’une notable partie des bonis reçoive un emploi collectif : en Angleterre, beaucoup de sociétés coopératives, au lieu de répartir tous les bonis entre leurs membres, en consacrent une part à l’instruction et à la propagande. A Gand, le Vooruit, coopérative socialiste, pour augmenter les ressources disponibles, vend à ses membres le pain à un prix majoré d’un tiers sur le prix du commerce ; et il consacre une partie des bénéfices à une série d’œuvres collectives: assurances de toute sorte, assistance médi-
initiale pour faire partie de la société. Mais il est évident que ces sociétés s’écartent des principes coopératifs, et prennent un peu le caractère de sociétés capitalistes.
cale, bibliothèques, distractions variées, concerts, etc. ; de telle sorte que l’activité de cette société en arrive à englober presque toute la vie sociale de ses membres (i).
C’est que la coopération de consommation n’est pas considérée par tous les coopérateurs comme ayant sa fin en elle-même. Beaucoup d’entre eux, et parmi les plus zélés, y voient un moyen d’action politique et sociale : ceci est le cas surtout des coopérateurs socialistes. Toutefois, il est des coopérateurs simplement «coopératistes », qui veulent éviter tout à la fois de limiter l’activité des sociétés de consommation à sa fin immédiate — l’éconornie ménagère — et aussi de la porter sur le terrain politique ; ils voient dans le développement de la coopération de consommation un moyen de réorganiser la vie économique sur des bases nouvelles, en en donnant la direction aux consommiateurs : tel est, en France, le point de vue de l’Ecole de Nimtes, dont M. Gide est le plus notoire représentant.
§ 5. — La coopération de consommation dans le monde économique actuel : nombre des coopérateurs ; fédérations de sociétés; la production par les sociétés coopératives de consommation.
Les statistiques relatives au mouvem.ent coopératif sont incomplètes, même dans les pays ou elles ont été efiectuées avec le plus de soin, parce que beaucoup de sociétés négligent de fournir les renseignements qui leurs sont demandés. Cependant, en se basant sur les informations recueillies, on peut s’en faire une idée approximative.
(i) Quant aux bonis individuels, ils sont distribués non en argent, mais sous la forme de bons d’açhat valables aux magasins de U coopérative,
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Le nombre des sociétés est d’ailleurs de peu d’importance ; car il est des pays, comme la France, où elles sont très nombreuses (i), mais minuscules, et qui, par la dispersion même et l’insuffisance de l’efibrt coopératif, ne tiennent qu’un rang très médiocre. Au contraire, leur nombre est plus faible, et tend à se restreindre par .suite d un mouvement de concentration, dans des
pays comme l’Angleterre, qui tiennent la tête du mouvement.
Quant 3.Ü nombre des sociétaires, il fournit malgré l’insulfiiance des statistiques, une indication essentielle. G»iiime les coopérateurs sont presque tous des chefs de famille, on a admis que, pour établir la proportion du peuple des coopérateurs à la population totale de leur pays, il convenait de multiplier le nombre des sociétaires par quatre. On constate ainsi que, avec un chiffre de 200.000 sociétaires, le quart de la population suisse se trouve entraîne dans le mouvement coopératif ; avec deux millions et demi de membres, l’Angleterre présente "ne proportion à peine inférieure. La Danemark, la Norvège, la Belgique atteindraient une proportion d’environ 15 0/0. La Hollande, l’Allemagne et la France viennent après avec une proportion s’abaissant pour le premier de ces pays à moins de 9 0/0 et pour le dernier à moins de 8 0/0. La proportion est encore plus modeste pour lesautres pays d Europe. Pour les Etats-Unis, elle est insignifiante.
Le chiffre moyen des achats par tête de coopérateur, qui est un indice sérieux du zèle coopératif, présente un t.ibleau un peu différent ; la Grande-Bretagne vient en tête avec une moyenne annuelle de 713 francs, la Suisse apparaît ensuite avec 43 5 francs, puis l’Allemagne avec
(i) Plus de 3.000. Voir But!, off. trav., nov., 1912.
344 francs, la France avec 317 francs, la Belgique avec 278 (i).^
On voit par ces données que l’importance de la coopération de consommation parmi les institutions économiques est très variable d’un pays à un autre. Cependant, il en est où elle tend à devenir un élément très notable de l'organisation économique contemporaine. Les groupements coopératifs paraissent d’ailleurs être en progrès constant dans tous les pays où ils ont pris naissance ; et leur importance ne se manifeste pas seulement par la proportion de la population qu’ils englobent, mais par leur développement interne, et par l’extension de leur activité à des domaines de plus en plus étendus.
Cette extension de l’activité coopérative résulte principalement de la constitution de puissantes, qui peuvent non seulement se substituer, pour une large part, au commerce de gros, mais encore aborder la pwduclion, pour satisfaire aux besoins des groupes adhé rents.
En Angleterre, la Cooperative ivholesale society, société coopérative d’achat en gros, fondée à Manchester dès 1864, est une fédération d’achat, qui réunit aujourd’hui plus des deux tiers des sociétés de Grande-Bretagne, et fait pour près de 70C.000.000 (de francs) de ventes par an. Elle a un capital-actions de 40.000.000, plus 70.000.000 de capital emprunté, et fait vivre environ 15.000 salariés. Elle possède 18 usines et fabriques produisant les articles les plus variés (minoteries, savonneries, fabriques de vêtements, de chaussures,
(i) Pour ccs données, consulter l’ouvrage cité de M. Gide, p. 220. — Les statistiques relatives à la coopération sont d’ailleurs tenues à jour par le Bulletin de VOffice du Travail. — Voir aussi Bernard Lavergne, Le régime coopératif, th., Paris, 1909.