CH AP. II. — CRÉDIT A LA CONSOMMATION
contre, on cite des exemples nombreux de caisses de prêts qui perdent à peine i, 2 ou 3 0/0, par suite de non remboursements (i).
Le prêt à la consommation constitue une modalité du crédit particulièrement dangereuse pour l’emprunteur : le revenu futur, nécessaire au remboursement de l’emprunt, ne survient pas toujours : et, lorsque l’emprunteur a fourni une garantie réelle, et principalement une hypothèque, il en est souvent réduit à se laisser finalement exproprier : de telle sorte qu’il se trouve avoir vécu, en fait, sur un capital qu’il eût hésité davantage à aliéner de propos délibéré. Il faut ajouter aussi que les emprunteurs ne sont pas nécessairement des pauvres, mais parfois aussi des prodigues : en France, la moitié seulement de la clientèle des monts-de-piété est composée d’ouvriers. Cependant, le crédit à la consommation est une institution nécessaire pour les « pauvres intermittents ».
Quant aux diverses modalités que nous venons d’envisager, il semble qu’elles aient chacune leur fonction : le prêt sur gage, en donnant une garantie certaine à l’emprunteur, permet de prêter aux inconnus, quelle que soit la catégorie à laquelle ils appartiennent ; le prêt sur l’honneur permet de prêter aux plus pauvres, à ceuxlà même qui ne pourraient fournir aucun gage : l’expérience prouve qu’ils ne sont pas les moins empressés à rembourser ; et l’obligation morale — renforcée peutêtre par la crainte de ne pouvoir plus emprunter en cas
(i) Voir M. Dufourxiantelle, Les prêts sur T honneur, Paris, Giard et Brière. Le taux énorme de soixante pour cent est atteint par la Caisse de secours de Vunion des commerçants et industriels berlinois : sans doute les emprunteurs entendent-ils recevoir plutôt un secours qu’un prêt. Par contre les catégories d’emprunteurs les plus pauvres laissent généralement un très faible pourcentage de pertes. Voir aussi d’AvENEL, Le mécanisme de la vie moderne, 4® série.
de non-remboursement — pousse, semble-t-il nlus nergiquement 1 emprunteur à reconstituer le capital
oufriers.“ et les jardins
La maison d’habitation est un objet de consommation essentiellement durable, puisqu’une nSn
de solidité ordinaire peut abriter plusieurs générations • cependant, tant quelle ne contient pas de magasins’ ateliers, de granges, etc., affectés à une exploitation prnmerciale, industrielle ou agricole, et qu’elle est desmee seulement au logement, ?est assurèrent un obkt de consommation, et non un instrument de production Par conséquent, le crédit destiné à en faciliter l’acquisition se ramene logiquement à la notion de crédit à la corisommation, même si l’acquisition suppo'^e tout d abord la construction de la maison ; car celuiLii cons-
rmt, ou fait construire, pour son propre usage a estais
un producteur, mais un consommateur. ^
ppendant, ici plus encore que dans le cas précédent la distinction n est pas toujours facile à faire, dans là réalité, entre le crédit à la production et le crédit à h consommation ; et elle est d’autant moins claire en rance qu une législation récente, et touffue, mêle fréquemment le crédit destiné à lacquisition d’un fonds
Ei’r,^ “ I acquisition d’une maison d’iia-
bitation individuelle, et les facilités accordées aux proprietaires ou aux sociétés qui entreprennent de construire de vastes maisons contenant des logements « salu-
Piit'él ‘“ot Moyenne.
bres et à bon marché ». Or, le crédit destiné à l’acquisition de l’habitation et, éventuellement, du jardin nous
intéresse seul ici.
De toutes les formes decrédit à la consommation, on peut dire que le crédit à l’habitation est la plus nécessaire, — en ce sens du moins que le revenu de la plupart des individus ne leur permet pas d’acquérir cet objet de consommation, durable mais coûteux, qu est une maison — . Aussi des sociétés se constituent-elles pour : procurer à l’individu, au chef de famille, le crédit grâce
auquel il deviendra propriétaire de sa maison. Cependant, il en est aussi qui poursuivent un but plus modeste : elles restent elles-mêmes propriétaires des maisons édifiées par leurs soins, et les louent à leurs adhérents, en s’efforçant de leur procurer un logement confortable et à bon marché ; elles font donc réellement, dans un genre I très particulier, office de de consommation,
I puisque leur ambition se borne à satisfaire à certains besoins de leurs membres à meilleur compte quesiceux- II c. avaient affaire avec cet entrepreneur privé qu’est |ï habituellement le propriétaire d’immeubles. D’ailleurs, I il existe en Angleterre de grandes sociétés coopératives, qui tiennent sous cette forme, le « rayon du logement » (i), et en France la majorité de ces sociétés ont pris la forme coopérative. Cependant, même dans ce dernier cas, c’est le crédit qui est en cause ; car, à l’encontre des coopératives ordinaires, ces sociétés ne peuvent fonctionner qu’en faisant appel aux capitaux du dehors, ou en groupant parmi leurs membres, à côté des bénéficiaires, des sociétaires qui ne figurent que comme prêteurs.
Le crédit à l’habitation, sous ses deux formes, crédit tendant à l’acquisition de la propriété, et crédit tendant
(i) Voir Ch. Gide, Economie sociale^ 4® édition, p. 260-261.
>9é LIVRE TROISIÈME. — CONSOMMATION
Simplement à améliorer la situation du locataire, est narticuherement développé dans les pays de langue anglaise. En Angleterre, on compte environ 2.000 building sodétus avec 700.000 membres et un capital de i .500.000 fr. ces sociétés font le crédit en groupant dans leur sein les prêteurs, qui font un placement de leurs fonds, et les emprunteurs, bénéficiaires des maisons construits Au Etats-Unis, les Bmldtng and loan sodetks. au nombre de .000 environ, avec 2.000. Oûu de membres et un actif de 4 milliards, groupent également les prêteurs etlesem- : ces sociétés ont construit plus de joo.ooo petites maisons (i) : de quoi loger plus de la moitié de la population parisienne.
La plupart des maisons ainsi construites sont acq uises au moyen à’annniUs, qui ne sont pas nécessairement plus rtes que le simple loyer payé à un propriétaire privé, la surtout ou 1 accroissement de l’activité économique