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LE MÉCANISME DE LA DÉTERMINATION DES PRIX

§ 1. — Echanges et prix. — La notion de marché.

Lorsque Ton aborde l’étude du mécanisme des échanges, on doit se demander selon quelles règles les échanges s’accomplissent. Les marchandises et les services s’échangent nécessairement entre eux dans une certaine propOTtion autrement dit, chaque marchandise ou chaque service a une certaine valeur d'échange par rapport aux autres ; et, comme les échanges se font presque tous au moyen de la monnaie, cette valeur des produits et des services échangés^ contre de la monnaie est évaluée en unités monétaires . la valeur

d’échange s’exprime pratiquement dans les prix. ^

Pour comprendre le mécanisme des échanges, il n est nullement nécessaire de remonter aux fondements psychologiques delà valeur (i), mais il faut savoir com-

(i) Sur ce problème, voir Livre deuxième, Répartition.

fi.'

ment se déterminent les prix. En effet, si, dans une société où la vie économique repose essentiellement sur des échanges spontanés et juridiquement libres, le consentement des coéchangistes est nécessaire, il n’est cependant pas suffisant pour fixer le taux de chaque échange. Il est bien rare que deux échangistes se trouvent isolés, comme deux voyageurs qui se rencontreraient dans le désert. Une même marchandise, ou un même service, sont le plus souvent à la fois offerts et demandés par plusieurs individus (c’est le cas de la concurrence générale des acheteurs et des vendeurs) ; et, même lorsque le vendeur jouit d’un monopole, il se trouve presque toujours en présence d'une pluralité d’acheteurs. Dans ces deux cas, le taux de chaque échange ne résulte pas seulement du consentement des deux coéchangistes qui 1 effectuent ; il est influencé par les autres coéchangistes en présence. Cette influence que les divers individus exercent les uns sur les autres détermine, selon des règles que Ton peut analyser, des conditions d’échange qui tendent à s’imposer à tous.

On peut les étudier sur un marché, au sens vulgaire et concret du mot, où acheteurs et vendeurs sont en présence. Elles existent, d’ailleurs, quoique d’une façon moins aisément perceptible, partout où les conditions de l’offre et de la demande arrivent à être connues des divers intéressés. Ainsi, des boutiquiers qui vendent leurs marchandises dans des rues différentes et à des clientèles en partie distinctes, ne sont pas exactement dans les rnême conditions que des marcliands ayant leur étal à l’intérieur d’un même marché. Cependant, si leurs prix différent d’une façon appréciable, eux-mêmes et la clientèle finissent par en être informés ; et une influence ne tarde pas à s’exercer sur les intéressés, qui aboutit soit à un nivellement des prix, soit à un déplacement de la clientèle. — Ainsi, partout où il existe entre

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l'oft're et la demande un contact qui tend plus ou moins à imposer des conditions d’échange communes, autrement dit à déterminer les prix, l’économiste voit, dans un sens large et abstrait, un marché.

Nous allons examiner successivement comment se déterminent les prix, d’abord dans le cas le plus général de la double concurrence des acheteurs et des vendeurs, puis dans le cas d’un monopole de vente avec concurrence des acheteurs. Enfin, nous dirons quelques mots d’un cas exceptionnel : celui des prix taxés par l’autorité publique.

§ 2. — L’établissement des prix sur un marché soumis à la concurrence

a) Unité de prix et variations du prix.

Considérons d’abord le mécanisme de la détermination des prix dans le cas le plus normal ; celui de la concurrence à. is vendeurs et des acheteurs. Ob-

servions, par exemple, la façon dont se fixe le prix d’un hectolitre de blé sur un marché :

Des vendeurs ^ont là, et aussi des acheteurs, dont les dispositions ne sont pas toujours très précises, un certain nombre d'entre eux attendant, pour se décider, de voir quel est le cours qui va se dessiner. Toutefois, leurs dispositions ne sont pas toutes identiques : certains vende urs, dont la moisson a été riche ou facile, ou qui sont pressés d’argent, feront des concessions, s’il le faut, pour ne pas remporter leur marchandise; inversement, certains acheteurs, en raison de leurs ressources, de l’avantage qu’ils comptent retirer de leurs achats, ou de motifs divers, sont enclins à accepter, si c’est nécessaire, certaines exigences des vendeurs.

C’est de ces dispositions respectives des acheteurs et des vendeurs souvent assez vagues, mais que

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va sortir un prix de marché, unique et nécessaire, un prix nullement arbitraire, et tel que si, par suite d’une erreur de cote, on en mentionnait un autre, les contrats ne tarderaient pas à se conclure de nouveau sur sa base.

En eliet, chacun sait, toutau moins approximativement, en arrivant sur le marché, à partir de quel prix il se décidera finalement à vendre on jusqu à quel prix il se décidera à acheter. La limite minima varie plus ou moins d’un vendeur à un autre, et la limite maxima d’un acheteur à un autre. Tel vendeur serait disposé à céder son • blé à partir de 15 trancs l’hectolitre, tel autre à partir de 20 francs seulement. Tel acheteur pousserait, s’il le fallait, son prix d’achat jusqu’à 25 francs, tel autre ne consentirait pas à dépasser lé francs. Et, entre ces extrêmes, il y a des catégories intermédiaires de part et d’autre.

Cependant, on constate que, sur un marché proprement dit les achats ne se font pas à des prix divers ; et cela s’explique aisément. Même s’il y avait autant d’acheteurs capables de payer 25 francs que de vendeurs exigeant ce prix, et autant de vendeurs disposés à vendre leur blé à partir de 15 francs que d’acheteurs refusant de dépasser ce chiffre, ces catégories concordantes d’acheteurs et de vendeurs ne s’entendraient pas pour conclure des transactions séparées à divers prix. En effet, les acheteurs capables de payer 25 francs se garderont de le taire, s’ils trouvent des vendeurs qui se contentent d’un prix moindre, et les acheteurs qui eussent cédé leur blé à 15 francs se garderont aussi de le faire s’ils trouvent en nombre suffisant des acheteurs enclins à payer davantage. En somme, quand il s’agit de vendre ou d’acheter, au même moment, une même marchandise, il n’y a aucune raison pour qu’un individu accepte des conditions inférieures à celles qu’obtient son voisin. Voilà pourquoi un marché soumis à la libre concurrence ne

CHAFU l. ÉCilANGE.S liT PRIX IjS

comporte, à un moment donné, qu’un prix unique.

Ce prix unique résulte, d’ailleurs, de la diversité même des offres et des demandes. Et, si l’on classe les acheteurs et les vendeurs d’après les prix extrêmes qu'ils sont disposés à consentir, on peut dire que le prix du marché dépend de la quantité offerte et demandée par les vendeurs et les acheteurs de chaque catégorie.

En effet, voici, par exemple, un marché où se trouvent 2.000 hectolitres de blé. Sur ces 2.000 hectolitres, une certaine fraction appartient à des vendeurs qui se contenteraient du prix de 17 francs; une autre à des vendeurs qui voudraient tirer 19, 20 ou 21 trancs de l’hectolitre, une autre enfin dont les propriétaires remporterontjeur marchandise plutôt que de la céder à moins de 22 lianes. Si donc tous les hectolitres trouvaient preneur à 22 francs, les 2.000 hectolitres seraient vendus, car toutes les catégories de vendeurs le céderaient à ce prix. A 20 francs, il y en aurait déjà moins à vendre, et à 17 tnmes beaucoup moins encore. On voit donc que les quantités offertes augmentent ou diminuent avec le prix', elles varient dans le même sens (i).

(i) On peut représenter graphiquement ce phénomène très simple

en traçant la courbe de l’offre et celle de la demande sur un marché soumis à la libre concurrence.

Courbe <k loffne Cburbe delà, demande

Les quantités demandées présentent naturellement une gradation analogue^ mais en sens inverse. Elles diminuent si le prix augmente, les catégories d’acheteurs disposés à acheter devenant moins nombreuses ; elles augmentent dans le cas contraire.

On remarque aisément que, aux prix extrêmes, il ne pourrait se faire qu’un très petit nombre d’échanges, — faute de vendeurs pour les prix les plus bas, et faute d'acheteurs pour les prix les plus élevés. Mais, à mesure que l’on s’éloigne de ces extrêmes, l’écart entre les quantités offertes et les quantités demandées diminue également. Ainsi, au prix de 15 francs l’hectolitre, nous trouverions sans doute acheteur pour les 2.000 hectolitres présents au marché, mais nous ne trouverions par exemple que 500 hectolitres à vendre. Au prix de 25 fr. nous trouverions sans doute une disproportion analogue, à cela près que ce seraient les acheteurs qui feraient défaut. Par contre, au prix de 19 francs nous trouverions par exemple, 1.30c hectolitres à vendre, contre une demande de 1.700 et au prix de 21 francs une offre de 1.800 contre une demande de 1.500 seulement. La différence entre les quantités offerte et demandée, à ces prix intermédiaires, est beaucoup moindre.

Et, elle tend à s’atténuer jusqu’à disparaître par le jeu de r offre et de la demande. En effet, sur les acheteurs qui forment une demande totale de i .700 hectolitres au prix de 19 francs, il y en a un certain nombre qui ont atteint leur limite et qui se retirent, s’ils ne trouvent pas à acheter à ce prix ; mais il y en a d’autres qui peuvent aller au delà, et ils le font, si le nombre d’hectolitres qui leur est offert à 19 francs ne suffit pas à satisfaire leur demande. D’aütre part, sur les vendeurs qui mettraient en vente 1.800 hectolitres à 21 francs, il y en a 200, par exemple, qui ne veulent pas recevoir moins et se reti-

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rent. Il reste alors 1.600 hectolitres sur le marché, pour lesquels les vendeurs les plus exigeantsse contentent de 20 francs. Il se peut qu’il reste une catégorie d'acheteurs assez nombreuse pour acheter ces 1.600 hectolitres à ce prix. En ce cas, le prix du marché est déjà établi.

Si, au contraire, l’accord ne se fait pas, il faut abaisser un peu le prix d’offre pour élargir la demande. Mais, certains vendeurs qui sont arrivés à leur limite minima, se retirent encore. Si, par suite de leur départ, la quantité offerte devient désormais insuffisante pour satisfaire à la demande, c’estau contraire la concurrence entre acheteurs qui fait un peu remonter les prix, pour rappeler l’offre. Et les oscillations continuent ainsi, diminuant toujours d’amplitude, jusqu'à ce qu’un prix soit atteint, pour lequel les quantités offertes et les quantités demandées sont égales.

Le prix du marché auquel on finit ainsi par arriver est un prix M’équilibre. Et l’on ajoute même, en empruntant cette expression à la mécanique. M'équilibre stable. Car, si un accident, tel qu’une erreur de cote, provoquait des transactions à un autre prix, l’action automatique de l’offre et de la demande suffirait à le rétablir. Si, en effet, le prix mentionné par erreur est supérieur à celui que comporte l’état du marché, les vendeurs qui n’ont pas atteint leur limite d’offre le feront baisser plutôt que de remporter leur marchandise. Si, au contraire, il est inférieur à l’état du marché, ce sont les acheteurs qui le feront remonter.

Mais, s’il est vrai, que pour un état donné du marché, il existe un prix unique et nécessaire, il faut ajouter que toute variation dans l'état du marché se manifeste par une variation correspondante du prix. Et nous verrons plus

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loin (i) que cette sensibilité du prix de marché est un des facteurs essentiels de l’équilibre de la production .

Le cas, que nous venons d’envisager, de l’établissement du prix sous un régime de parfaite concurrence, tout en étant décrit d’une façon un peu schématique, ne représente pas seulement une hypothèse idéale. Il correspond très approximativement (2) à ce qui se passe sur un marché organisé, et notamment sur une bourse, là où se vendent en grandes quantités des marchandises définies in genere (valeurs mobilières, grains, etc.), sous un régime de publicité parfaite.

Il n’en est pas tout à fait de même dans les ventes isolées d’objets individualisés (chevaux, machines, etc.), ni d’une façon générale, dans le commerce de détail. Dans ce dernier cas notamment, le système de plus en plus usuel de la vente à prix fixe ne permet pas a l’acheteur de faire une contre-proposition au vendeur. Et, d’une façon générale, partout où il n’y a pas de marché proprement dit, les conditions de l’oflre et de la demande ne sont pas assez ccnnues des intéressés pour que l’unité de prix se réalise complètement. A un même moment, des produits identiques, sont vendus à des prix différents. Inversement, les prix ne varient pas autant d’un moment à un autre que sur un marché organisé. Mais il n’est pas exagéré de dire que, tant qu’il existe une concurrence des acheteurs et des vendeurs, les prix tendent à s’établir, d’une façon générale, comme il a été exposé ci-dessus (3).

h) Coût de production. — En dehors de la tendance à

(1) Cf. 3® Partie, L’équilibre de la production et les crises.

(2'' L'imité de prix n’est toutefois pas absolue, et le prix coté est une moyenne des prix pratiqués pendant la séance.

(3j Pour plus de détails, consulter Colson, Cours d’Economic politique., livre I.

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