CMAP. II. — PHENOMENES MONÉTAIRES
métaux. Et quand ce stock d’argent était plus que suffisant pour payer les dettes de l’Angleterre à l’égard des pays bimétallistes, les marchands d’argent de Londres, pour se payer, prenaient de l’or en échange dans la circulation de ces derniers, — l’or seul étant admis à la frappe libre en Angleterre, et pouvant seul être définitivement converti en monnaie anglaise. L’or, ainsi recherché pour l’exportation, taisait prime dans les pays bimétallistes.
Quand, au contraire, le stock d'argent qui arrivait des pays producteurs à Londres ne sujfisait pas à payer les dettes à Fégard des pays à étalon d^ argent, il fallait envoyer de r 'or dans les pays bimétallistes et le faire frapper pour se procurer en échange des pièces d’argent à exporter. C’était alors l’argent qui était drainé, et qui taisait prime.
On voit donc que le drainage alternatif et la prime alternative des deux métaux dans les pays bimétallistes s’expliquent non pas, ,à vrai dire, par la production respective de l’or et de l’argent, mais à la fois par les quantités d'argent produites et par l'état de la balance des comptes entre pays à monnaie d'or et pays à tnomiaie d'argent (i).
2" Le deuxième phénomène — la faible amplitude de la prime et la stabilité approximative, en dehors des pays bimétallistes, des cours respectifs des deux métaux — s’explique en examinant de plus près les circonstances dans lesquelles se réglaient les changes entre pays à monnaie d’or et pays à monnaie d’argent. Ainsi qu’il a été exposé plus haut (2), l'existence de nations bimétallistes, possédant un gros stock monétaire, permet aux pays qui
(1) Pour une démonstration plus précise, consulter B. Nogaro, L expcrience hiviétalliste du X/X® siècle et la théorie ^cnévnle delà inotimie. Extrait de la revue d' Economie politique, oct ’-nov. tgoS, Paris Larose et Ténin.
U) Voir au chap. précédent, p. 255.
PART. 11. ClRClfTATlON
ne possèdent ou ne reçoivent qu un seul métal de régler leurs changes dans des conditions de stabilité approximative : tant qu’il a existé des pays admettant à la lois or^ et l’argent à la trappe libre, ceux qui, n’ayant que de 1 argent, devaient faire passer une somme dans un pays n’admettant que l’or à la frappe libre avaient toujours la ressource de faire convertir leur argent en monnaie d’un pays bimétalliste (écu, ou dollar d’argent par exemple), et de prendre en échange, dans la circulation de ce pays, des pièces d or, qu’une refrappe permettait de transformer en monnaies de la nation à étalon d or.
^ Dans ces conditions, les vendeurs d’argent à Londres n’avaient pas de raisons pour vendre leur métal moins cher qu ils n en pouvaient tirer en Ten voyant en France et en l’échangeant au taux de i à 15 1/2, contre de l’or, lls^ ne pouvaient, réciproquement le vendre plus cher qu il n en eût^ coûté d envoyer au contraire, de l’or en France et de 1 y Lire frapper pour se procurer des monnaies d argent en échange. Voilà pour quelles raisons le rapport comniercial de valeur entre le métal or et le métal argent a été maintenu aux environs du rapport légal des pièces d or et d argent dans les pays bimétallistes,
tant qu il a été possible de puiser dans le stock monétaire de ces pays.
2° La dépréciation du métal argent. — Le phénomène de la dépréciation de l’argent, dont on a si longtemps recherché les causes, s’explique essentiellement ^par la disparition de cet état de choses. Depuis 1867, on était revenu à une période de prime de l’or, par suite de la dwnmmon des besoins de uglement à l’égard des pays à étalon d’argent. \]n afflux d’argent se produisit daris les pays bimétallistes — dans lesquels on écoulait le surplus ^inutilisé de la production annuelle — accompagné d’un drainage corrélatif de l’or. A partir de 1873,