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CHAP. II. — PHÉNOMÈNES MONÉTAIRES

l’afflux de l’argent à frapper fut tel que les hôtels des monnaies s’en trouvèrent encombiés, et ne procédèrent désormais que très lentement aux frappes (i) : des pertes d’intérêt très notables vinrent s’ajouter aux frais de conversion usuels de l’argent en or, et Je cours de l’argent à Londres tomba au-dessous de la limite correspondant au rapport de 1 à 16. Là-dessus, les gouvernements des pays bimétallistes, qui redoutaient — à juste titre — un drainage complet de leur or, qui les eût mis au régime de l’étalon d' , ralentirent les frappes o. partir de 1873, puis suspendirent la frappe libre de l’argent [i8j6)-

La frappe libre n’a jamais été reprise depuis lors, et l’on comprend désormais qu’il soit tout à fait impossible de convertir, à un taux sensiblement fixe, le métal argent en or. Les conditions du marché de l’argent se sont trouvées radicalement changées, et le cours de ce métal, fluctuant désormais comme celui d une marchandise quelconque, est tombé sensiblement à la moitié du cours

correspondant à l’ancien rapport légal. (2)

3° Les pays à monnaie dépréciée, les réformes^ monétaires

et la théorie de la dépréciation. — La dépréciation du métal argent n’a pas affecté le cours des monnaies d argent, dans les pays où la frappe libre a été suspendue, et où il existe un stock d’or amplement suffisant pour faire face aux besoins des règlements extérieurs ; celles-ci continuent à s^échanger confornienient au rapport légal ancien (là 15 1/2 en France, dans l Union latine et dans divers autres pays) dans les relations intérieures.

Hais la situation fut toute différente daris^ les pays qui recevaient l’argent en paiement de Textérieur, soit parce qu’ils continuaient à admettre ce métal à la frappe

(1) Voir deFoville, La p. 58.

(2) Cf. L. Folier. La production de l'nroent, e /B. Rayk.vud, Ue la baisse de Varient Z'is-â-vis de l’or, dans Questions monétaires contemporaines.

libre (Inde anglaise, par exemple), soit parce qu’ils acceptaient dans leur circulation des espèces étrangères i r) ou des lingots d’argent (Chine).

Dans ces conditions, on comprend aisément, en eflet, que les débiteurs étrangers de ces pays à monnaie d argent avaient toujours la ressource de se libérer en envoyant à leurs créanciers de l’argent acheté au prix du marche. — Les débiteurs de l’Inde, par exemple, avaient toujours la faculté d’envoyer de l’argent acheté a Londres jusqu à 1 Hôtel des monnaies de Bombay, où Il était transformé en roupies, pour payer leurs créanciers. Inversement, les habitants des pays à monnaie d argent en étaient réduits, lorsqu’ils n’avaient pas d autre moyen de règlement, à vendre leur argent au cours du marché )pour sa procurer l’or nécessaire à leurs paiements extérieurs. Le cours du change sur les pays à

étalon d argent suivit nécessairement les fluctuations et la baisse du métal argent.

C est ainsi que les pays a monnaie d’argent vinrent

allonger considérablement la liste des Etats à monnaie depreciee.

Il y a, en effet, des pays où la circulation est composée principalement de papier-monnaie, c’est-à-dire de billets de papier inconvertibles, dont chacun avait été ’ emis a l origine en représentation d'une certaine somme ie monnaie métallique, mais dont la valeur, au change extérieur, s est progressivement abaissée au-dessous de -ette somme. En efîet, les habitants de ces pays n’ayant pas d or à leur disposition pour opérer leurs règlemenis ,i 1 extérieur, le cours du change n'y peut pas être limité gar legold point, c’est-à-dire par les frais d’expédition de a somme due en pièces ou en lingots d’or. Il subit lonc des oscillations déréglées, au cours desquelles il

(r) Les piastres mexicaines notamment, qui eurent longtemps '.ours dans la plupart des pays d’Extrême-Orient.

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s'abaisse généralement très au-dessous de la parité primitive du papier-monnaie avec le métal.

Par la réunion de ces deux catégories de pays à monnaie dépréciée, il arriva donc que les cas de dépréciation cessèrent d’être exceptionnels, et que les rapports monétaires entre pays à étalons différents, au lieu d être dominés et stabilisés par le bimétallisme, se trouvèrent déréglés par suite de l’absence de tout moyen d échange normal entre les pays qui disposaient d’un stock d or, et ne recevaient que de l’or, et ceux qui, au contraire, ne possédaient pas la seule monnaie internationale qui existât désormais : l’or.

Le problème de la dépréciation, qui attirait désormais d’une façon toute particulière l’attention des économistes, était précisément de ceux qui semblaient se résoudre par des principes très simples. Eri vertu de la théorie quantitative, une monnaie dépréciée était présumée surabondante, et le remède à la dépréciation semblait être dans la raréfaction progressive de la monnaie considérée. L’expérience semblait, d ailleurs, confirmer cette conception : la dépréciation fantastique des assignats révolutionnaires était manifestement le résultat de la folle exagération de^-’ émissions. — Et il n’est pas douteux que, dans' ce cas, la surabondance de la monnaie donne une explication simple et à peu près suffisante de la dépréciation — .

Mais l’examen minutieux des phénomènes de dépréciation contemporains montre qu’il s agit de cas sensiblement différents, et plus complexes. La dépréciation affecte souvent non pas une m.onnaie mais 1 ensemble d’un système monétaire (ainsi en Espagne, ou la monnaie intérieure d’argent ou de papier, subit une égale perte au change). Cette dépréciation ne se manifeste à' zéiWQms d’une façon certaine (i), qu’à l’occasion des paiements à

(f) On dit bien aussi que la dépréciation de !a monnaie se tra-

-72 f’ART. 11. — CIRCULATION

1 extérieur, et en tous cas ne sc mcsuTc exactement que par la perte au change de la monnaie locale, ou, en <1 autres termes, par la prime qu’il faut payer pour avoir de 1 or ou des traites libellées en or. Elle a évidemment sa cause immédiate dans V absence du stock d'or qui serait nécessaire pour imposer aux fluctuations du change la li mile du gold point de sortie.

Dès lors, il apparaît que la raréfaction de la monnaie locale est une mesure qui ne correspond pas exactement aux circonstances : retirer du papier ou de l’argent n’est nullement la même chose que rendre de l’or^'i).

L’étude précise des réformes monétaires par lesquelles la plupart des pays à monnaie dépréciée sont arrivés aujourd hui, en tâtonnant, à stabiliser leurs systèmes monétaires par rapport à l’or, montre bien qu’il fallait, avant tout, modifier les conditions du change de façon à en limiter les fluctuations. Lorsque, en 1893, les réformateurs du système monétaire de l’Inde anglaise suspendirent la frappe libre de la roupie, ils pensèrent, conformément aux idées théoriques courantes, remédier à la dépréciation par la raréfaction progressive des rou- ; pies qui en résulterait ; mais la mesure prise eut sur le î cours de la roupie une influence infiniment plus directe: elle empêcha désormais les débiteurs étrangers de l’Inde de s’acquitter en y envoyant à frapper des^lingots d’ar-

duit par une hausse générale des prix dans le pays : cependant, il semble bien, dans les cas actuels, qu’il s agisse surtout d’un phénomène consecutif à V irrégularité àu change : en eflfet, les importateurs, obligés de payer une prime pour se procurer’ de l’or ou des traiies sur ^ 1 étranger, paient plus cher les marchandises qu’ils achètent à 1 étranger, et, conséquemment, les revendent plus cher,

La hausse du prix des marchandises importées peut, d’ailleurs, se répercuter plus ou moins sur les autres. '

(i) Là-dessus, voir B. Nogaro, Les dernières expériences monétaires et la théorie de la dépréciation ^ Rev. écon. intern. septembre 1908.

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gent achetés au cours du marché ; elle dissocia ainsi le cours de la roupie de celui du métal argent, et mit tiri, dans les circonstances propres à l Inde, à la principale cause de dépréciation de la moniiaie de ce pays (i )- ^

Grâce aux nombreuses tentatives qui ont ete faites, depuis les dernières années du xix^ siècle, pour remédier à la dépréciation, on peut établir aujourd hui avec précision dans quelles conditions un pays peut rendre a son système monétaire un rapport stable avec la monnaie,

d'or (2). , ,.

S’il s’agit d’un pays à monnaie d argent, une condi-

tion essentielle est d’abord. la suppression de la frappe libre, ou du régime de la monnaie pesée, ou encore la prohibition de toute introduction de monnaie étranaère, en ce qui concerne l’argent : car on enlève ainsi ?ux étrangers la faculté de se libérer au moyen de ce métal déprécié, et d’abaisser le cours du change au niveau d’un silver point instable.

En outre, qu’il s’agisse d’un pays à circulation d ar-

oent ou à monnaie de papier, il faut pouvoir jourmr à ses habitants de l'or ou des traites payables en or à un taux fixe, et en quantité suffisante pour tous les besoins des

règlements extérieurs. i •

Cette condition peut être réalisée par l introduction

(]) Voir B. Nogaro, Les dernières expériences monétaires et la théorie de la dépréciation. Rev. écon. intern.. septembre 19C8.

(2I En fait établir un rapport stable avec la monnaie d or, c est mettre hn à la dépréciation, même si la nouvelle parue legale est inférieure à l’ancienne, cette parité étant, de sa nature, arbitraire. Ainsi, en Argentine, la stabilisation a été adoptée au taux de 44 centavos par piastre (au lieu de cent), dans^ 1 Inde, la ^oup^ a été stabilisée à 16 pence (au heu de 27. pante ancienne). Cette mesure, très générale, s’explique non par l’impossibilite de revenir a la parité ancienne, mais par le désir ue ne pas nuire aux expor tateurs, habitués à vendre leurs traites sur etranger avec une forte prime, et de leur permettre de maintenir leurs prix.

‘^74 ,PAKT. li. CIRCULATION

de gros stocks d'or dans la circulation, ce qui implique un changement radical du système monétaire (c’est ce qui a eie tait, par exemple, au Japon).

Elle 1 est aussi bien par la remise aux particuliers de traites sur l extérieur, vendues à un taux fixe, et couvertes, mrsque les nécessités de la balance des comptes 1 exigent, par une réserved’or, — accumulée soit dans le pays meme, en vue d’une exportation éventuelle, soit à letranpr. — C est le système du gold exchange standard, ou ae la reserve d' or .

J - stabilité du régime monétaire dépend de 1 équilibré de la-balance des comptes : ptusqu une balance des comptes trop longtemps déficitaire aurait pour résultat de drainer à l’étranger l’or mis en circuxation à 1 intérieur du pays, ou mis en réserve ( i).

détails, consulter notamment les ouvrao^es d^^ià

vf DètTeux .A^’siaux, et René Théry, et aussi celui de

M UETIEUX, La question monétaire en Indo-Chine, tli. Paris :qo7

. X'ous nous abstenons de tiœr ici des conclusions théoriques rda^

vl'lhf monnaie. Sur ce point, consulter b!^Nogaro

L experience bimetalhste du xix® siècle et la théorie générale de la monnaie, et aussi, G. Fr. Knapp, Staatliche Théorie des Geldes

ShCTlON IV

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