I. — Une même denrée n’a qu’un prix sur un même marché
’ Rossi, Cours d'économie politique, f. III, p. 129.
quels que soient les coûts divers de sa fabrication C’e.f „ Jevons appelait la loi de Vindifférence ^ ^
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Adam Smith avait aperçu déjà cette vérité. « La rente avait-il
composition du prix des marchandises d’une tout autre maniéré que les salaires et les profits. Le taux élevé ou bas des salaires et des profits est la cause du prix élevé ou des marchandises; le taux élevé ou bas de la rente est l’effet
orthepolitical eoonomy n 22-J Principes de l'économie politique et de l'impôt, ch. ,
du prix*. » Ricardo exprimait la même idée en ces termes : « Le blé ne renchérit pas parce qu’on paye une rente, et il ne baisserait pas lors même que les propriétaires feraient l’entier abandon de leurs rentes (à leurs fermiers). Cela n’aurait d’autre effet que de mettre quelques fermiers dans le cas de vivre en seigneurs, mais ne diminuerait nullement la quantité de travail nécessaire pour faire venir des produits bruts sur les terrains cultivés les moins productifs 2. ),
Gomment expliquer la différence sur laquelle appuyait Adam Smith, faisant ressortir que les prix sont l’effet des salaires et des profits, tandis que tout au contraire ils sont la cause de la rente ? Ce contraste apparent s’expliquerait par le monopole des propriétaires fonciers et par le contraste du rendement proportionnel de l’industrie manufacturière en face du rendement non proportionnel de l’industrie agricole Hors de l’agriculture, la demande provoque la production sans provoquer la cherté, parce que cette production est indéfiniment extensible; en agriculture au contraire et quand il s’agit d’alimentation, la demande ne peut pas être suivie par l’offre, la cherté est inévitable, et la limitation des espaces susceptibles de culture ou tout au moins de récoltes crée ainsi un monopole invincible en faveur des détenteurs de la terre. Ils ne vendent pas cher parce que les denrées coûtent à produire; mais elles coûtent cher à acheter parce que ce monopole leur donne le moyen de les vendre cher et qu’ils en profitent.
ÏV. — Les capitaux incorporés au sol prennent un caractère foncier; leur produit obéit à la loi de la rente *.
Telle est la formule qui se dégage nécessairement de l’hypothèse que Ricardo avait faite sur les inégalités de rendement des capitaux additionnels. Nous y reviendrons dans la discussion.
V. — La rente a une tendance naturelle à la hausse, et la propriété foncière, une tendance naturelle à la plus-value.
En effet, Ricardo croit, comme Malthus, à la progression nécessaire des vies humaines. Or, si la population monte, il faut bien, soit mettre en culture des terres moins fertiles ou plus éloignées, soit pratiquer de la culture intensive avec des capitaux additionnels. Dans tous ces cas indistinctement, il y a hausse du prix des denrées et il y a augmentation de la rente, soit des propriétés plus anciennement cultivées, soit des capitaux primitivement
» Richesse des nations, 1. 1, ch. xi, 1. 1, p. 189. s Principes de V économie politique et de l'imiJôt, ch. n.
Supra, p. 196*197.
Supra, p. 499, Inégalité de rendement des capitaux additionnels.
affectés à la culture. Après cela l’augmentation du revenu des
terres entraîne nécessairement une augmentation de leur valeur vénale.
« La hausse des rentes, disait Ricardo, est toujours un effet de l’accroissement de la richesse nationale et de la difficulté de se procurer des subsistances pour le surplus de la population. » Ricardo n’admettait que deux ordres de faits qui pussent déranger ses conjectures : 1® la liberté des importations, car Ricardo écrivait pour l’Angleterre, placée alors sous le régime d’une protection rigoureuse; 2» les perfectionnements de l’agriculture. C’était en y faisant allusion que Ricardo envisageait comme possible « un accroissement très rapide de la richesse, quand la rente reste stationnaire ou même quand elle baisse. »
Critique du système de Ricardo.