‹ Éléments d'économie politique [microform]Chapitre 103 sur 161 · I.K KCC5>f01VIIQTTT · texte numérisé non relu

I.K KCC5>f01VIIQTTT

Définition et classifications du salaire.

Le salaire, vu dans la distribution primitive et envisagé isolément, est une fraction de la partie attribuée au travail, sous la double condition que cette fraction soit : 1® payée actuellement par un entrepreneur responsable; 2® fixe, c’est-à-dire indépendante des résultats définitifs de l’opération. Voilà le salaire explicite et S

dégagé de tout autre titre de répartition. J

Tout régime qui se substituera au salaire aura pour conséquences que les travailleurs : 1® attendront leur rémunération, à j

moins qu’il ne leur soit ouvert un crédit qui y corresponde et qui 1

soit gagé sur elle; 2® qu’ils courront les chances, bonnes ou mau- ^

, vaises, de l’entreprise. j

i Au sens large du mot salaire et conformément à la définition, i

on comprend sous ce nom toute rémunération de travail qui est ]

à la fois actuelle et fixe. Ainsi le salaire comprend les traitements j

et appointements des contre- maîtres, employés de commerce, directeurs d’usine et ingénieurs, et les gages des valets de ferme ou des bergers, aussi bien que la paye hebdomadaire ou quotidienne des manœuvres et ouvriers quelconques. Bien plus, si l’on pénètre dans le domaine de la distribution secondaire, on ^

assimile aux salaires les traitements, gages et honoraires des services non productifs de richesses : car, s’il y a une différence ra- I dicale dans la manière dont il est pourvu au paiement de ces

1 ' services, il n’y en a pas dans le mode de fixation du taux ni dans

- le but que le paiement de ces services fait atteindre à ceux qui

j le reçoivent.

j Dans l’usage, toutefois, la question des salaires est surtout étu-

diée au point de vue des travailleurs manuels. C’est là un sens un 1 peu restreint du mot, mais ce sens est de beaucoup le plus fré-

quent, étant donné que ces travailleurs manuels forment la très

if 1

TROISIÈME TaUTIE — REPARTITION

grande majorité de ceux qui reçoivent des salaires explicites et dégagés.

Le salaire peut être calculé :

1“ Au temps, c’est-à-dire à l’heure, à la journée, au mois, à l’année ;

2® Aux pièces ou à la tâche, d’après la quantité d’ouvrage fait. Ce dernier mode dispense l’entrepreneur de faire surveiller sans cesse la quantité d’activité que déploie son personnel; il a aussi 1 avantage d’intéresser l’ouvrier à l’ouvrage et de donner une prime au bon ouvrier. Toutefois ce mode est de beaucoup le moins pratiqué, et l’application en est impossible dans un très grand nombre de cas, parce que la part propre d’un ouvrier ou de quelques-uns d’entre eux dans un ouvrage ne peut pas être toujours discernée et mesurée.

11 est à remarquer que le travail aux pièces est condamné par les socialistes. Pour eux, il a le double inconvénient d’établir des inégalités entre les ouvriers et d’enlever du travail aux uns par une sorte de surproduction qui est le fait des autres. Cette opposition contre le travail aux pièces est un indice très remarquable de la tendance latente du socialisme vers le développement de la paresse et vers l’arrêt de l’activité propre et individuelle de ThommeL

Le travail à la tâche peut être pratiqué sous trois formes distinctes :

1® Isolément et par chaque ouvrier. C’est le moyen le plus difficilement applicable;

2® Par équipe d’ouvriers. Le patron paye l’équipe au prorata du travail fait par elle; les ouvriers se répartissent le salaire par parts égales. Parfois, alors, ils s’interdisent entre eux d’en faire plus les uns que les autres et règlent leur production sur celle du moins habile d’entre eux : c’est ce qui a lieu en imprimerie, dans le travail dit à la commandite. Le salaire par équipe est pratiqué dans la construction des machines, dan: les mines pour les postes ou chantiers de piqueurs, etc.;

3® Avec marchandage. Le marchandage est le régime dans lequel un ouvrier prend à forfait une certaine œuvre qu’il accomplira avec son travail personnel et celui de quelques autres ouvriers recrutés et payés par lui. Cet ouvrier- chef se réserve donc

* Le congrès socialiste international de Bruxelles, tenu en août 1891, entre autres, a fuit avec beaucoup de vigueur le procès du travail aux pièces.

Parmi les griefs figurait celui de faire travailler les ouvriers, non à l’atelier, mais chez eux au milieu delà famille, et par suite à faire travailler avec eux la femme et les enfants. On voit que la restauration de la vie de famille n’est pas précisément le souci des socialistes. Du reste à ce même congrès la motion du délégué Argyriadés demanda que les enfants fussent mis à la charge de la commune ou de l’Etat.

un profit à réaliser, aux dépens, pour ainsi dire, de ses camarades. Aussi le marchandage est-il très mal vu de toutes les écoles socialistes, et un des premiers actes du gouvernement provisoire de 1848 avait été de l’interdire par son décret du 2 mars 1848, qui est demeuré, du reste, sans efficacité.

Le salaire proportionnel, payable en une certaine fraction de la chose effectuée — par exemple, autrefois dans les campagnes, le travail aux affanures, la moisson à la tantième gerbe et le battage au tantième boisseau — rentre dans le travail aux pièces ou à la tâche.

D’autres fois le patron, sans abandonner le salaire au temps, ajoute des primes de fabrication, sorte de suppléments au salaire, basés sur des quantités d’ouvrage fourni.

Le taux des salaires peut être calculé : 1® en salaire nominal ; 2" en salaire réel.

Le salaire nominal est le salaire calculé en monnaie.

Le salaire réel est ce même salaire mesuré d’après la quantité de denrées ou d’objets utiles quelconques que l’ouvrier peut se procurer avec cette somme de monnaie. D’où la conséquence que, si le salaire nominal reste constant, le salaire réel baissera avec une baisse du pouvoir d’achat de la monnaie et qu’il haussera avec une hausse de ce même pouvoir. 11 est évident que c’est le salaire réel qui seul importe au point de vue du bien-être social.

a Les ressources, avait dit Ricardo, qu’a l’ouvrier pour subvenir à son entretien et à celui de sa famille, nécessaires pour maintenir le nombre de travailleurs, ne tiennent pas à la quantité d’argent qu’il reçoit pour son salaire, mais à la quantité de subsistances et d’autres objets nécessaires ou utiles dont l’habitude lui a fait un besoin et qu’il peut acheter avec l’argent de ses gages ' . »

Le salaire nominal varie beaucoup d’industrie à industrie, selon la loi de l’offre et la demande ; mais en matière de salaires cette loi est aussi toujours déviée plus ou moins fortement par la puissance de la coutume et de l’opinion.

Les principales causes des différences de métier à métier sont: 1® l’agrément ou la sécurité plus grande d’un métier; 2® la difficulté de réunir les capacités professionnelles requises pour 1 exercer ; 3® la longueur et l’incertitude de l’apprentissage ; 4® les chances plus ou moins grandes des chômages ou interruptions de travail L’offre surabonde tout naturellement sur les

' Ricardo, Principes de l'économie politique et de l'impôt, ch. v.

^ Adam Smith, Richesse des nations, I. I, ch. x, sect. i, 1. 1. pp. 134 et s. — Block, Progrès de la science économique, t. 11, p 238.

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métiers qui ne demandent aucune préparation longue à acquérir. Ainsi les balayeurs de rues, les portefaix et généralement tous les ouvriers non exercés, les unskilled labourers de l’Angleterre, par opposition à ceux qui pratiquent un travail perfectionné ou qualifié.

Inversement, à l’intérieur d’une même industrie, la loi de l’offre et de la demande s’exerce fort peu pour faire varier les salaires individuels d’après les capacités des individus. C’est un fait d’expérience que les bons ouvriers sont plus demandés et chôment moins, mais que leurs salaires au temps sont les mêmes, au moins dans la grande industrie.

En outre des salaires proprement dits, il convient, dans le calcul de la rémunération du travail, de tenir compte de certaines prestations supplémentaires qu’on appelle subventions. On réunit sous ce nom tous les avantages qui sont accordés par les patrons à leur personnel ouvrier sous forme de bons de chauffage, de logements à prix réduits, de secours aux malades, de retraites sur fonds fournis par les patrons, etc., etc. '. Dans la grande industrie et particulièrement dans l’industrie houillère, les subventions atteignent des chiffres très considérables et rehaussent de beaucoup le prix apparent du travail salarié.

Voilà pour le salaire explicite ou dégagé, visiblement payé à une partie par une autre partie.

Mais l’analyse oblige à reconnaître aussi un salaire implicite, résultat de l’opération intellectuelle par laquelle un travailleur autonome s’impute à lui-même comme ouvrier ou employé ce qu’il aurait gagné s’il avait fait le même travail chez autrui. L’ouvrier salarié vend son travail manuel en nature; le travailleur autonome vend son travail en résultat, après l’avoir incorporé dans un produit. Le bon vieil Adam Smith en avait fait déjà la remarque : « Dans quelques endroits do l’Ecosse, dit-il, il y a de pauvres gens qui font métier de cherclier le long des bords de la mer ces petites pierres tachetées connues vulgairement sous le nom de cailloux d’Ecosse. Le prix que leur paye le lapidaire est en entier le salaire de leur travail »

Nous avons fait déjà des analyses de même genre, par exemple quand nous avons trouvé l’entrepreneur travaillant avec son propre capital et se servant à lui-même un loyer ou intérêt. De même tout entrepreneur, ne fût-il pas dans la situation modeste du petit travailleur autonome, doit s’imputer un salaire implicite

' Infra, p. 555.

“ Richesse des nations, 1. I, ch. vi, 1. 1, p. 7u.

correspondant à son travail. Généralement on appelle ce salaire salaire de direction et on le comprend dans le profit, dont il forme un des titres de justification. Mais nous ne reviendrons à ce salaire qu’en traitant du profit : le salaire dégagé, fixé à la suite d’un contrat entre employeur et employé, doit seul nous occuper pour le moment.

Divers économistes ont formulé, sur le taux moyen des salaires ouvriers, trois lois qui ont eu leur moment de vogue, mais qui ont vu baisser beaucoup leur crédit :

1® La loi de Voffre et de la demande. — Le taux général et moyen des salaires est déterminé par la concurrence des ouvriers offrant leur travail et par la concurrence des patrons le leur demandant ;

2® La loi du fonds des salaires. — Le salaire général et moyen est le quotient des fonds affectés aux salaires, par le nombre des ouvriers ;

3® La loi du salaire naturel ou loi d'airain. — Il y a un salaire juste, normal, nécessaire ou naturel, qui est égal, mais n’est jamais supérieur au minimum exigé pour la satisfaction des besoins de l’ouvrier.

Les formules économiques des variations des salaires.

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