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AUMONE

Est-il vrai qu’uno partie des revenus sociaux ou particuliers doive être consacrée au soulagement des pauvres? Puisque nous en sommes au chapitre des consommations privées et de l’emploi des revenus domestiques, est -il vrai que les budgets des familles doivent réserver une part à l’aumône, une fois que les premiers besoins ont été satisfaits ?

Grave question qui relève de la morale plus que de l’économie politique, mais qui plonge aussi dans la science économique par bien de ses côtés.

Trois ordres de solutions sont en présence : 1“ l’égoïsme utilitaire; 2® la philanthropie d’Etat; 3® la vertu individuelle de charité.

Premier système. — L'aumône est au moins inutile, sinon dangereuse et nuisible

Malthus avait fourni des arguments à cette opinion. Préoccupé, d’une part, d’améliorer les conditions de l’existence par des obstacles apportés au développement de la population, découragé, d’autre part, comme tous ses contemporains, par les funestes résultats de l’assistance obligatoire telle qu’elle fonctionnait depuis deux siècles en Angleterre, il s’est laissé entraîner à des jugements extrêmes où la charité privée n’est pas plus condamnée que la bienfaisance publique.

« Il peut paraître étrange, avait-il dit, qu’avec de l’argent on ne puisse pas améliorer la condition du pauvre sans abaisser d’autant celle de la société. Mais quelque étrange que cela puisse paraître, je crois que c’est la vérité... Si je donne à un pauvre de l’argent, en supposant que le produit du pays ne change point, c’est un titre que je lui donne pour obtenir une portion de ce produit plus grande qu’auparavant. Or, il est évidemment impossible qu’il reçoive cette augmentation sans diminuer la part des autres -. »

M. Gide a repris la même thèse avec plus de netteté et de force. Selon lui, l’aumône n’est jamais bonne : elle est nuisible quand elle est faite au détriment de l’épargne, tout au plus indifférente quand elle est pratiquée au détriment de la dépense actuelle de jouissance ou d’entretien*.

Distinguons les deux propositions.

« L’aumône, dit-il, produit les effets fâcheux d’une augmentation de dépenses combinée avec une diminution de l’épargne. Elle ajoute à la catégorie des consommateurs déjà existants une catégorie de nouveaux consommateurs, qui jusqu’alors ne pbuvaient^ consommer parce qu’ils n’en avaient pas le moyen, mais qui désormais le peuvent. » Apparemment, sans l’aumône, ces individus seraient morts de faim et il eût mieux valu ! Les conséquences économiques de l’aumône sont : 1® que la demande des choses sera accrue, avec un état stationnaire de l’offre; 2® que les prix des denrées hausseront; 3® que les personnes qui étaient précédemment à la limite de la misère, y tomberont tout à fait et demanderont l’aumône à leur tour; 4» que l’aumône, pour ce seul motif, augmentera la misère — abstraction faite de ce que des secours, s’ils étaient donnés sans intelligence et sans discernement, pourraient encourager la paresse et la mendicité. Et M. Gide conclut : « L’économie politique affirme que l’aumône ne fait aucun bien (si ce n’est un bien purement individuel, plus que compensé par un mal général), si celui qui la fait ne s’impose pas une privation correspondante. Le riche qui donne un billet de banque, s il ne consent pas à retrancher une somme équivalente sur son superflu, aurait mieux fait, au point de vue général, de jeter son billet de banque au feu 2. » Alors, je pense, ce serait la Banque de France qui recevrait l’aumône! et peut-être les actionnaires ne seraient-ils pas les derniers à applaudir à ce langage, quelque socialiste que M. Gide mérite de leur paraître par ailleurs -h

Prélevée sur la dépense du donateur, l’aumône serait seulement indifférente, sans être ni bonne ni mauvaise. « Si je restreins dans une mesure égale ma consommation, dit M. Gide, en ce cas le fait de l’aumône est indifférent au point de vue général. Je me suis borné à transférer au pauvre une partie du pouvoir

* « L’esprit de paresse que les hôpitaux inspirent, dit Montesquieu, augmente la pauvreté générale et par conséquent la particulière... Henri VIII détruisit les moines et ôta les hôpitaux, où le bas peuple trouvait sa subsistance : depuis ce changement l’esprit de commerce et d’industrie s’établit en Angleterre » i^ï'jspru des lois^ I. XXIII, ch. xxixi. Mais Montesquieu n’avait trouvé que l’argument moral, et pas encore l’argument économique.

* Malthus, Principe de population, 1. III, chap. v, p, 355 (édition Guillaumin).

* Gide, Principes d^èconomie politique. Ire édition, pu. 418-421

* Ibid., p. 419,

® Cette page de M. Gide est-elle connue des sociologues catholiaues (comme le R. P. X..., p. 17), qui le félicitent de s’associer « à la réaction^très accentuée ( un grand nombre d’économistes modernes contre la séparation antinaturelle de la science économique et de la morale »? En tous cas la morale à laquelle M. Gide associe l’économie politique, est aux antipodes de la morale de 1 Evangile. Mais ce n’est peut-être qu’un détail ! ^

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de consommation dont je disposais ; mais que ce soit lui ou moi qui consomme, cela n’importe guère à la société. »

Ce qui est vrai, ce que nous concédons volontiers, c’est que l’aumône qui coûte une privation actuelle, possède un mérite moral supérieur : elle est le denier de la veuve, plus précieuse aux yeux de Dieu que le talent du riche. Mais la distinction entre l’aumône faite au détriment de l’épargne et l’aumône faite au détriment de la dépense n’est point aussi facile à appliquer dans les faits, et l’une et l’autre peuvent marcher concurremment.

If est à remarquer que cette thèse de M, Gide est évidemment contraire à toute espèce de bienfaisance publique ou privée. Aussi bien, à l’heure oi\ nous sommes, une doctrine empreinte d’un utilitarisme aussi brutal n’a-t-elle aucune chance de popularité. La conscience publique se révolte, il faut que les misères soient secourues : toutefois, par qui et par quels moyens le seront-elles? Sera-ce par l’Etat, en embrassant sous ce nom tous les organismes administratifs, quels qu’ils soient? Sera-ce par les particuliers isolés ou librement associés entre eux? Voilà seulement ce qui est débattu.

Deuxième système. — L' assistance est un des rôles propres de l’Etat : elle n'ineomhe pas aux particuliers.

C’est le sentiment qui domine aujourd’hui. Le courant porte les esprits vers les idées de philanthropie et de solidarité sociale. Il faut que la société secoure ses membres; et la seule forme, diton, sous laquelle la société peut agir, c’est l’Etat; ce sont ses subdivisions administratives — départements et communes; — ce sont en même temps les institutions odicielles qu’il crée par sa toute-puissance et qu’il alimente par ses budgets.

Les uns invoquent l’utilité sociale, parce que la mendicité, qui serait inévitable sans cela, est un délit qu’il faut réprimer et parce que la misère est une cause de trouble.

Les autres invoquent le devoir moral de l’Etat, mais proclament en regard la créance effective du pauvre contre l’Etat.

Tacitement, enün, les partisans de ces systèmes officiels d’assistance sont des adversaires des libertés religieuses ; et comme ils n’osent pas déclarer avec M. Gide que l’assistance du pauvre soit un mal, ils préfèrent transférer à la société représentée par l’Etat la mission d’assistance qu’ils veulent retirer aux particuliers et aux associations particulières, c’est-à-dire retirer à la charité chrétienne — qui seule Ta introduite dans le monde, qui l’a organisée progressivement au cours des siècles et qui s’empresse chaque fois de la recréer avec de nouveaux dons et de nouvelles œuvres au lendemain des révolutions politiques ou sociales

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OÙ périssent les fondations du passé. On veut réaliser ce que M. Goschen définissait par cette ingénieuse formule: « le remplacement de la conscience individuelle par la conscience sociale ou collective ». Il est si doux de s’affranchir de son propre devoir, en prétendant qu’on n’en a point et que l’Etat les a tous!

Mais l’assistance exclusivement réservée à l’Etat est une des manifestations du socialisme d’Etat vers lequel nous glissons. Ce socialisme aura remporté une de ses plus belles victoires le jour où il aura fait décider, comme le demande le Conseil municipal de Paris, que tous les dons particuliers soient obligatoirement centralisés dans une caisse officielle chargée de les répartir, et où il aura ressuscité la loi du 16 octobre 1793, qui punissait toute aumône privée d’une amende de deux journées de travail et du double en cas de récidive.

Et logiquement enfin, est-ce que le droit à l’assistance de l’Etat, est-ce que la mission donnée à l’Etat et à l’Etat seul de soulager ou de prévenir la misère, ne devrait pas conduire à la limitation légale du chiffre des naissances ? Stuart Mill du moins l’a pensé. « Tout homme a le droit de vivre, dit -il, soit : mais personne n’a le droit de mettre au monde des êtres destinés à rester à la charge d’autrui. Quiconque prétend soutenir le premier de ces droits, doit renoncer au second*.»

Nous laissons ici de côté les procédés qui peuvent être mis en œuvre pour la distribution, et nous restons sur le terrain des principes. Or, contre cette philanthropie d’Etat, exclusive et absorbante, on doit faire valoir :

1“ La restriction qu’elle oppose à l’exercice des libertés individuelles, en décourageant ou en entravant les actions particulières. Il y a bien longtemps qu’un ministre protestant, M. Naville, en parlant de l’assistance légale alimentée par des fonds d’impôts, portait ce jugement sur elle : a C’est profaner, disait-il, les mots de charité chrétienne que de les associer à ceux de taxe des pauvres. Tout ce qu’on peut dire, si l’on veut trouver un lien entre ces deux choses, c’est que la seconde est la conséquence forcée de l’absence de la première 2. » Or, l’assistance du prochain doit être libre pour les particuliers qui veulent la pratiquer ; l’assistance publique n’est pas une îles fonctions propres, essentielles, immédiates de l’Etat, et les administrations publiques

* Stuart Mill, Principes (^économie politique^ 1. 1, p. 421.— Voir le 1. II ch. XII, § 1, « Minimum léfîal de salaire avec garantie de travail § 2, « Ce moyen exigerait remploi de mesures légales pour arrêter les progrès de la population » {ioc, cit,^ pp. 417-423).

- Naville, la Charité légale^ 1836, t. Il, p. 118.

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font acte de socialisme, quand elles y voient une de leurs attributions organiques et principales ' ;

2® L’exagération des charges qui en résultent. En effet, il est hors de conteste que le mécanisme «le l’assistance publique est fort dispendieux, 11 exige tout un peuple de fonctionnaires, en repoussant le concours des dévouements privés inspirés par les vertus religieuses; puis, en ne voulant pas se tremper à cette source, il recrute un personnel qui rend peu et coûte beaucoup. En France la laïcisaüon des hôpitaux a été pleine d’enseignements ;

Enfin, 3“ ce système ne moralise aucun de ceux qu’il met en action - ni le pauvre, parce qu’on lui a reconnu une créance et qu’il ne doit de remerciements à personne; ni le riche, parce qu’on lui prend son bien par l’impôt au lieu de lui laisser le mérite de le donner par la charité; ni les agents de la distribution et de 1 assistance, parce qu’ils sont des mercenaires pour qui le soin des malades et la visite des indigents sont seulement un métier comme un autre, métier mieux payé probablement si l’exercice en répugne davantage. « Comptez-vous sur la charité publique, disait déjà Rossi, sur cette charité toute matérielle que les uns donnent souvent avec dureté et que les autres reçoivent sans reconnaissance ? car les uns la regardent comme un encouragement à la fainéantise, les autres comme un droit. »

Voilà des arguments pratiques. Il y a aussi un argument philosophique qui les domine tous. C’est que la raison est impuissante à démontrer la nécessité de l’assistance, si cette raison ne s’élève pas jusqu’à l’idée d’une loi naturelle divinement imposée à l’humanité; alors, une fois admise cette loi de l’assistance du prochain, il est évident qu’elle commande aux consciences individuelles avant de commander à des entités de raison comme l’Etat. Ainsi que le reconnaît fort justement M. Block, « aucun de ceux qui se sont prononcés d’une manière générale en faveur de 1 assistance obligatoire, n’a pu donner d’arguments scientifiques à l’appui de sa doctrine. Tous se sont contentés d’affirmer, en ajoutant parfois quelques phrases éloquentes qui n’émeuvent’que leurs partisans... Il est évident que ce ne saurait être un devoir social et encore moins légal (inspiré par la raison), de venir en aide à tous ceux qui souffrent; ce ne peut être, tout au plus, qu’un devoir moral (inspiré par le sentiment) et qui ne confère aucun droit à celui qui est l’objet de notre pitié... Ainsi, point de charité légale qui donne à chacun un droit de réclamer, d’exiger un secours. Que la charité reste une vertu privée, qu’elle soit exercée même par des associations; et que l’assistance, surtout

‘ Supra, pp. 91, 103, etc.

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communale, vienne compléter les bonnes oeuvres des particuliers et en combler les lacunes, afin que dans un pays civilisé aucune souffrance réelle et surtout imméritée ne reste sans soulagement. Voilà, il nous semble, à quoi il faut tendre, et voilà aussi ce qu’on peut réaliser’. »

Troisième système. — L'assistance, quelque nom qu'on lui donne, est un devoir moral des particuliers ; l'Etat et les communes n'ont qu'un rôle supplétif. Par conséquent : 1® dans les budgets domestiques, à côté de la dépense de l’épargne et du placement, il doit y avoir une part pour l’aumône : cette part appartient à la catégorie des consommations privées (et non publiques) ; 2® cette part doit être libre — permise et encouragée par l’Etat — mais non pas absorbée par des organes publics quelconques, qui prétendraient en être les uniques distributeurs; enfin, 3® l’Etat et les organes administratifs publics ne sont que la dernière ressource subsidiaire des malheureux

L’aumône, sans doute, est une dérogation aux lois ordinaires de la distribution de la richesse. Voilà ce qu’il y avait de vrai dans la thèse rationaliste : l’aumône appartient à la distribution secondaire et non à la distribution primitive, et elle diffère encore de tout autre cas de distribution secondaire en ce qu’elle n’est la rémunération d’aucun service ni privé, ni public.

Mais cette anomalie dans les règles de la distribution est impérieusement commandée par la morale. Dieu, auteur de tous les biens, a pu l’ordonner ainsi, de même qu’il avait ordonné que des êtres créés lui fussent sacrifiés en hommage et de même qu’il a maintenu l’obligation que des richesses fussent toujours consacrées à son culte. Il n’est pas plus permis à l’économie politique de rayer l’assistance et la satisfaction des besoins religieux, qu’il n’était permis à la philosophie d’Aristote de conseiller l’abandon des enfants nés difformes, pour éviter des bouches inutiles.

Donc, il faut et il faudra toujours une part pour l’hommage au Dieu créateur, de qui procèdent toutes les richesses, et une part pour le soulagement des souffrances du prochain. Mais l’une et l’autre de ces parts doivent être un don spontané. Ces parts aussi sont nécessairement individuelles, comme est également individuel le mérite qui va suivre l’accomplissement de ce devoir. En dehors des précédents historiques, comme ceux que la spoliation des biens de l’Eglise et des pauvres, au siècle dernier, nous a faits en France, le rôle de l’Etat est purement supplétif.

< Rlock, Progrès de la science économique^ t. II, pp. 4G4-467. * Supra, p, 9i.

De plus, si donner est obligatoire, il faut en même temps que donner soit libre. \oilà pourquoi nous répudions, comme une des formes les plus hideuses du socialisme d’Etat, la prétention que 1 Etat et les créations officielles soient les seuls répartiteurs de 1 aumune chrétienne.

Ainsi l’Etat n’aura qu’un rôle supplétif, en cette matière comme en tant d autres. En même temps qu’il devra laisser pleine liberté aux fondations faites en vue de l’assistance des pauvres, il devra seulement se réserver d’intervenir lorsque des besoins impérieux ne parviendraient pas à être secourus malgré la liberté « S’il existe quelque part, dit Léon XIII, une famille qui se trouve dans une situation desespérée et qui fasse de vains efforts pour en sortir il est juste que dans de telles extrémités le pouvoir public vienne à son secours, car chaque famille est un membre de la société ' »

Mais la contexture de cette phrase de l’Encyclique et le rapprochement, qui est fait dans la phrase suivante, entre ces misères et « les graves violations des droits mutuels dans un foyer domestique », montrent bien qu’il s’agit là d’une intervention accidentelle, et non pas d’un système général appelé à se substituer a l’activité des individus pour la paralyser. L’abîme est-il donc si large entre les enseignements de Léon XIII et l’opinion de tous les économistes libéraux, adversaires unanimes de l’assistance obligatoire et de la taxe des pauvres?

Bien plus, pourvu que l’économie politique reconnaisse que l’empire du monde moral ne lui appartient pas et que des lois morales impératives existent à côté de ses lois historiques, l’harmonie apparaît plus intime entre ses conseils et les commandements de la loi divine. C’est que l’Eglise, en ne séparant pas le devoir de l’aumône du devoir du travail, est seule à posséder une philosophie sociale qui concilie les besoins de la production avec les obligations de l’assistance. Bien plus, elle commande en même temps la modération des désirs et la simplicité de la vie. Avec elle, par conséquent, l’aumône est prise davantage sur la dépense et le luxe, et beaucoup moins sur l’épargne, a On peut détourner vers la charité, dit avec raison M. de Metz-Noblat, une portion même des épargnes sans arrêter sensiblement la marche ascensionnelle du capital. Bien plus, lors même que l’aumône retarderait la formation du capital, le mal serait moindre là qu’ailleurs, parce que la régularité des mœurs fait que le vice et la paresse n’ajoutent point, à la pauvreté causée par les accidents de la vie, une misère pour ainsi dire artificielle 2. »

^ Encyclique Rerum novaruniy p. 15,

^ ne Metz-Noblat, Lois économiques, p. 439.

Ce sont là les enseignements de tous les temps; Léon XIII, dans l’Encyclique sur la condition des ouvriers, n'a fait que les répéter et les confirmer, o La propriété privée, a-t-il dit, est pour l’homme de droit naturel. L’exercice de ce droit est chose non seulement permise, surtout à qui vit en société, mais encore absolument nécessaire. Maintenant, si l’on demande en quoi il faut faire consister l’usage des biens, l’Eglise répond sans hésitation : « Sous « ce rapport, l’homme ne doit pas tenir les choses extérieures « pour privées, mais bien pour communes, de telle sorte qu’il « en fasse part facilement aux autres dans leurs nécessités... » a Nul assurément n’est tenu de soulager le prochain en prenant sur son nécessaire ou sur celui de sa famille, ni même de rien retrancher de ce que les convenances et la bienséance imposent à sa personne... Mais dès qu’on a suffisamment donné à la nécessité et au décorum, c’est un devoir de verser le superflu dans le sein des pauvres. C’est un devoir, non pas de stricte justice, sauf les cas d’extrême nécessité, mais de charité chrétienne : un devoir, par conséquent, dont I accomplissement ne peut pas être poursuivi par les voies de la justice humaine '... On a vu une bienfaisance établie par les lois civiles se substituer à la charité chrétienne; mais cette charité, qui se voue tout entière et sans arrièrepensée à l’utilité du prochain, ne peut être suppléée par aucune industrie humaine*. »

' Encyclique Rerum. novarum, pp. 25 et 27. — Cette dernière proposition avait été exprimée par le K. P. Caudron, au congrès des jurisconsultes catholiques à Arras, en octobre 18S9. Voir supra p. 558.

* Encyclique Rerum novarum, p. 35.

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