MISÈRE ET PAUPÉRISME
Quelque activité qu’ait le travail, quelques institutions qui soient créées pour le rendre plus constant, plus égal et mieux rémunéré, il y aura toujours des souffrances à soulager. La parole de l’Evangile, Semper pauperes habetis, est au nombre des mots qui ne passeront point*. C’est à l’économie politique à conseiller les mesures les plus sages pour que ces pauvres soient le moins nombreux ; c’est ensuite à la charité à les soulager.
De tous temps il y a eu de la misère. La maladie ou la simple faiblesse habituelle, les infirmités graves, les charges trop lourdes de famille, les famines locales et les sinistres de tout genre ont engendré en tous les temps des souffrances, soit individuelles. soit générales, telles même que plus d’une fois les populations de telle ou telle région de la vieille Europe ont présenté des décroissances très marquées et très brusques *. On peut croire aussi que les causes générales de souffrances ont été jadis d’autant plus actives que les communications plus difficiles permettaient moins d’égaliser les ressources et que la société possédait un moindre stock de richesses avec moins de capitaux pour en produire.
La question est de savoir si le régime industriel moderne a créé et développé la forme nouvelle de misère qu’on appelle le paupérisme. Le paupérisme serait une indigence générale, chronique, endémique, incurable; il éteint la prévoyance et le souci de la dignité; il crée une indigence héréditaire sous laquelle périssent les instincts moraux eux-mêmes; et il fait obstacle à
^ Mathieu, xxvi, il.
* Par exemple la France dans la seconde moitié du xivo siècle et dans las quinze dernières années du rèjçne de Louis XIV.