CHAPITRE III
Définition du travail.
Le travail est un effort plus ou moins pénible en vue d’un résultat utile * : c’est « l’homme s’occupant de la satisfaction de ses besoins ou de ceux d’autrui * ».
L’idée d’effort que nous y avons attachée est tout à la fois en harmonie : 1® avec 1 instinct naturel et la conscience, qui nous disent que le travail nous répugne ordinairement à tous et que nous ny vaquerions pas si nous n’y étions pas attirés par l’utilité que nous lui reconnaissons; 2® avec la Bible, qui nous le montre en même temps comme le châtiment d’une faute et une nécessité de notre nature; 3° avec l’observation économique, qui nous fait voir partout des populations désireuses de s’affranchir de cette loi et ramenées cependant, d’une manière ou d’une autre, à la
nécessité de la subir en dépit de tous les progrès de la science et de l’industrie.
En opposition à cette idée du travail, nous trouvons la théorie du travail attrayant. C’est le rêve do Fourier \ Pourquoi n’aimonsnous pas le travail ? Parce que la société mal organisée ne nous donne pas celui qui convient à nos goûts et à nos passions. Fourier, pour régénérer la société et pour faire trouver à chacun le travail agréable, refaisait toute la psychologie, analysait en halluciné le cœur humain, et s’imaginait y découvrir douze passions, dont la bizarre nomenclature devait être le pivot de toute l’organisation sociale qu’il rêvait De telles élucubrations ne valent pas la peine d’être discutées.
* Jourdaa, Cours anzlutique d’économie poliWiue, p. 90.
* Block, Progrès de la science économique, f. I, p. 301.
® Charles Fourier (1772-1837), auteur de la Théorie des quatre mouvements, etc., etc. ’
* Les passions de l’homme se réduisent à douze fondamentales: cincr appétits des sens (goût, ^ct, vue, ouïe, odorat) ; quatre passions aftectueuses (1 amitié, l’ambition, l’amour, le familisme ou sentiment de la paternité); trois passions distriOMîtres ou mécanisantes (la cabaliste. la papillonne et la. composite) . - Fourier, a t-ondit avec esprit, n’a eu qu’un tort, celui d’oublier la paresse !
Au point de vue moral, l’utilité du travail se mesure uniquement au regard du travailleur. Ainsi le valet de chambre du riche oisif et paresseux, le laquais .du grand seigneur, le guide de quelque Anglais promenant son spleen sur des glaciers du Mont-Blanc ou de la Jungfrau, obéissent, quant à eux, à la loi morale du travail. Ce qu’ils font leur coûte de la peine et leur est profitable à eux-mêmes.
Mais la société doit envisager le travail à un autre point de vue. Il faut qu’elle trouve en lui la satisfaction des besoins légitimes de ses membres. C’est donc la matière et le résultat du travail qu’elle doit considérer.
Sous cet aspect, on distinguera les travaux en plusieurs sortes. Les uns tendront de près ou de loin à la satisfaction des besoins matériels de la nature humaine, tels que les besoins de nourriture, de vêtement et de logement ; les autres, à la satisfaction des besoins religieux, moraux et intellectuels, ainsi qu’à celle de besoins d’un ordre social et tout à fait impersonnel, comme ceux de sécurité et de justice.
Mais, pour faire cette distinction-là, il n’y a pas à examiner si il y a ou non un produit matériel dans lequel le travail une fois accompli va rester incorporé. Ainsi le teneur de livres et le commis aux écritures dans une usine, les courtiers en marchandises et les voyageurs de commerce, bien que ne dépensant aucun effort musculaire et ne laissant après eux aucun produit matériel et tangible, sont des travailleurs de la première catégorie; au contraire, le fabricant de pianos ou de violons, non moins que le musicien et le professeur de musique, est un travailleur de la seconde. Entre ces deux sortes, il y a cette différence que, tous ayant également des besoins matériels à satisfaire, les uns y pourvoient en reprenant de ce qu’ils ont produit à cette fin, tandis que les autres sont obligés de se faire attribuer sur le fonds de subsistances quelque chose de ce qu’ils n’y ont pas apporté. Dans le premier cas, nous avons des phénomènes de distribution primitive ; dans le second, des phénomènes de distribution secondaire.
Le développement harmonique des facultés individuelles demande que ces deux grandes catégories de travailleurs existent en même temps : c’est là une des formes rudimentaires et essentielles de la division du travail dans une société. Il peut être accordé davantage à la seconde catégorie, à mesure qu’une organisation du travail plus productive assure moins incomplètement la satisfaction des besoins qui sont servis par la première.
Les économistes envisagent tout travail producteur de biens matériels (ou de richesses au sens économique) et n’envisagent
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rement e plus d individus, et c’est celui dont les conséguences obéissent a un plus grand nombre de lois économiques L’incon-
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Nous devons aimer le travail. - iVon o^em laboriosa opéra et 7ushcatwnem creatam ab AUissimo, a dit la Ilible’. Nous ne
atoant^m,?Ph ^e Lafargue et des socialistes
De plus, quand nous donnons autour de nous du travail à faire
ner.oL“rir'^ ‘d’égoïsme, de paresse
personnelle; que ce soit pour contribuer au bien-être social par
plus de richesses a consommer ou par plus de vérités à posséder
La liberté du travail.