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LA DIVISION DU TRAVAIL

Lorsque deux ou plusieurs personnes coopèrent à un même ouvrage, leur coopération peut être simple ou complexe.

La coopération est simple, quand chacune fait la même chose que les autres. Exemple : plusieurs maçons traînant le même tombereau à bras ou tournant aux barres du même treuil ; plusieurs hommes laissant retomber en cadence le mouton sur la

> « Il ne faudra accepter les machines nouvelles, disait un orateur au congres socialiste de Lyon, le 31 janvier 1.S7.S, qu’avec beaucoup de circonspection, et exiger une indemnité pour tout ouvrier qui se verra éconduit par suite d un progrès quelconque dans une industrie. » (De Ceinmar les üoetrmes des congrès ouvriers de France, p. 56). ’

tête du pilotis; plusieurs portefaix transportant tous à dos d’homme le chargement d’un navire sur le quai du port.

La coopération est complexe, quand ces liommes, se répartissant la besogne à faire, en exécutent chacun des fractions distinctes. Ainsi, entre portefaix déchargeurs, l’un portera le sac jusque sous le treuil, un second l’attachera à la corde, un troisième mettra la grue en mouvement, et un autre fera glisser le sac sur le quai à l’aide d’un couloir.

De l’observation de la coopération complexe est née la théorie de la division du travail — division matérielle, pourrions-nous ajouter, puisque la distinction des fonctions d’invention, de direction et d’exécution est une sorte de division intellectuelle du travail.

Xénophon, dans la Cyropédie, avait exprimé déjà cette vérité de sens commun, « qu’un homme dont le travail naturel est borné à une seule espèce d’ouvrage, y doit exceller selon l’ordre naturel des choses ».

Mais Adam Smith, dans ses Recherches sur la richesse des nations, fut le premier qui étudia scientifiquement la division du travail comme un moyen d’en accroître la productivité. Telle était pour lui l’importance de cette étude, qu’il la plaçait au début de son ouvrage. Son exemple pris de la fabrication des épingles est resté classique. Dans une manufacture, on comptait dix-huit opérations distinctes : dans une autre moins importante, on arrivait à faire 48.000 épingles par jour avec dix ouvriers seulement. « Si tous les ouvriers, dit Adam Smith, avaient travaillé à part et qu’ils n’eussent pas été façonnés à cette besogne particulière, chacun d’eux n’eût pas fait vingt épingles, peut-être pas une seule dans sa journée, tandis que chaque ouvrier, faisant une dixième partie du produit, peut être considéré comme faisant dans sa journée 4.800 épingles ^ ». J.-B. Say donne un exemple analogue : celui d’une fabrique de cartes à jouer dans laquelle trente ouvriers, grâce à la division du travail en soixante-dix opérations, parvenaient à produire 15.000 cartes dans la journée, soit un quotient de 500 par tête, tandis que chacun d’eux aurait eu peine à faire subir en un jour les soixante et dix opérations à une seule carte.

Les avantages de la division du travail sont les suivants :

1® Donner plus d’adresse et de rapidité d’exécution à l’ouvrier qui fait un travail moins varié. C’est la remarque déjà citée de Xénophon ;

2» Eviter les pertes de temps que l’on subit quand on passe d’un

^ Richesse des nations-, 1. 1, ch, r, p. S.

ouvrage à un autre. Cet avantage est tel qu’un ouvrier chargé de faire plusieurs objets pareils — par exemple le menuisier qui doit faire plusieurs croisées semblables — au lieu de finir le premier objet avant de commencer le second, mène de front sur tous ensemble chacune des opérations qu’il doit leur faire subir;

3“ Utiliser plus complètement 1e matériel, en évitant que des parties de ce matériel soient momentanément inoccupées pendant que d’autres auraient besoin d’être possédées en double ou en triple — ce qui arriverait si chacun des ouvriers faisait subir lui seul à chaque objet toute la série des transformations ;

4® Permettre d’employer des ouvriers d’âge et de sexe différents, recevant par conséquent des salaires gradués. Au contraire, si la division du travail n’était pas pratiquée, on serait obligé de demander à chaque ouvrier, comme minimum, toute la force musculaire et toute l’adresse qui sont nécessaires pour celle des opérations qui en exige le plus ;

5® Décomposer le travail en on certain nombre de mouvements assez simples pour que quelques-uns puissent être exécutés par des machines. « Une grande partie des machines employées dans les manufactures, disait Adam Smith, ont été inventées originairement par de simples ouvriers, qui naturellement appliquaient toutes leurs pensées à trouver les moyens les plus courts et les plus aisés de remplir la tâche particulière qui leur est confiée. » En ces termes, l’observation est peut-être trop généralisée : il est juste cependant de rappeler l’enfant Humphry Potter, qui, chargé d’ouvrir et de fermer des robinets à la machine à vapeur de Newcomen, imagina de relier ces robinets aux bras du balancier.

11 faut rapprocher de la division du travail la division des professions et des carrières, qui donne, toute proportion gardée, des résultats analogues.

La division du travail, pour atteindre un certain degré, exige :

1® Des travaux continus et non alternatifs. Aussi reste-t-elle à l’état rudimentaire dans l’industrie agricole

2® Des ouvriers nombreux et un outillage compliqué. Or, ces conditions ne sont possibles qu’avec une fabrication importante, c’est-à-dire avec des débouchés étendus, qui dépendent à leur tour, toutes choses égales d’ailleurs, de la facilité des communications et du rayon d’écoulement des produits. La division du travail est donc surtout pratiquée dans la grande industrie et, à un degré déjà moindre, dans la moyenne.

* La remarque était déjà d'Adam Smith, Richesse des nations, 1. I. ch. i (t. I, p. 9). ’

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PKEMIÈRE PARTIE — PRODUCTION

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