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DEFINITION DU CAPITAL

De même que les mots richesse, rente et bien d’autres encore, le mot capital est un de ceux que la science économique a trouvés dans la langue vulgaire et dont elle s’est emparée pour exprimer des idées nouvelles. De là la nécessité de le définir avec soin. ^ Etymologiquement, capital vient du mot capitale qui appartient a la basse latinité et qui a formé notre mot juridique cheptel : il désignait du bétail fourni par un propriétaire à un métayer ou tenancier, en vue d’un partage du croît et des produits.

Capital a pris ensuite plusieurs sens, fort éloignés de son origine.

Dans l’usage ordinaire et même dans le droit, il sert d’antithèse à revenu et se définit par son opposition. On dit, par exemple, que 1 émancipé et le pourvu de conseil judiciaire peuvent toucher leurs revenus sans pouvoir disposer de leur capital.

En comptabilité et en commerce, le capital est le fonds premier avec lequel on monte une entreprise.

^ Au pluriel, le mot capitaux s’entend plus particulièrement de l’argent et des richesses quelconques susceptibles d’être transformées immédiatement en argent, comme les titres de bourse, par opposition aux immeubles et au matériel d’industrie. Parfois aussi, le singulier capital reçoit ce même sens.

Les économistes sont fréquemment obligés de prendre le mot dans 1 une ou l’autre de ces premières acceptions. Quelques-uns notamment, en conformité avec l’une d’entre elles, ont défini le capital « toute richesse capable de donner un revenu sans être consommée », étant entendu que la consommation que l’on veut exclure n’est que la consommation proprement dite ou consomluation d’entretien et dejouissance.

Cependant la plupart des économistes, à l’exemple d’Adam Smith, de Malthus, de Ricardo et de Rossi, prennent le mot dans

un sens nouveau. Ils entendent avec lui ceux des produits d'un travail antérieur qui sont destinés à servir à un autre travail-

Capital signifie aiors « accumulation de produits destinés à la production ^ ».

11 est logique de tenir à cette acception. C’est, en eflTet, à propos de la production que nous avons vu le mot capital pour la première fois, et nous avons nommé alors le capital parmi les agents de la production.

On laisse donc de côté tout le fonds de consommation ou de jouissance — richesses quelconques qui serviront à satisfaire des besoins directement et sans transformations nouvelles. On laisse même de côté ce qui peut donner un revenu sans servir à la production, par exemple les maisons d’habitation, les lieux déplaisir et biens semblables. Mais on embrasse dans la définition les produits encore informes d’un premier travail destinés à un second, comme le minerai extrait de lamine. En ce dernier point surtout, le sens scientifique s’écarte très sensiblement du sens vulgaire.

C’est Adam Smith qui a introduit le mot dans la langue scientifique et qui a créé de toutes pièces ce concept nouveau, cette « catégorie économique » comme on peut dire -.

C’est lui qui, dans le stock ou fonds accumulé des richesses, a opposé très justement « la partie dont on espère tirer un revenu et qui s’appelle capital, et celle qui fournit immédiatement à la consommation de son possesseur ^ ».

Dans la définition, nous avons introduit un élément subjectif: la destination de ce possesseur. En eflfet, si c’est généralement d’après leur nature que les produits appartiennent au capital ou au fonds de consommation (parce que leur destination dépend avant tout de leur nature), il en est cependant parmi eux dont le classement est librement fait par le propriétaire. Ainsi le bétail est un instrument de travail chez le cultivateur; il passe dans le fonds de consommation quand on le dirige sur l’abattoir.

Mieux que cela, le même objet peut être en même temps capital et fonds de consommation selon l’angle sous lequel on l’observe. Ainsi, quelques centaines ou quelques milliers de francs qu’un propriétaire aura reçus comme revenus et déposés momentanément dans une banque avant de les dépenser, resteront pour lui un objet de consommation, en même temps que la maison de banque les fera valoir comme un capital.

L’énumération des capitaux telle qu’Adam Smith l’a dressée, éclaircira davantage la définition.

* Bloek, Progrès de la science économique, t. I, p. 329.

’ Block, Progrès de la science économique, t. I, p. 342.

’ Adam Smith. Richesse des nations, 1. II, ch. i (t. II, p. M6).

Sont du capital, d’après Adam Smith et ses disciples :

® otis les instruments, outils, machines : « Toutes les machines utiles et instruments de métiers qui facilitent et abrègent ipç Parmi ces instruments, il faut comprendre même

les animaux domestiques, puisque ce n’est que par le travail anterieur de 1 éducation et de l’élevage que ceux-ci sont devenus

aptes a servir a la production. Ainsi tout le matériel agricole y compris le bétail, est du capital ; s > y

constructions industrielles : « Tous les bâtiments destines a un objet utile et qui sont des moyens de revenu... pour la

ateliers, les batiments d’une ferme avec leurs dépendances necessaires, etables, granges, etc. Ces bâtiments sont fort dilTé-

d Wr. ' P«^c»^cnt habitables ; ce sont des espèces

d instruments, de métiers, et on peut les considérer sous le même point de vue que ceux-ci^. >, Ainsi encore, pour un chemin de

ter, la voie tout entière : gares, viaducs, tunnels, tranchées, remnlais, etc.;

3" Les améliorations des terres», défrichements, défoncements, plantations, assainissements, rigoles, etc.

améliorations ne

doit pas etre d imprimer même à la terre améliorée le caractère de capital. Nous avons déjà traité indirectement ce sujet à propos

de la propriété foncière et de son origine naturelle s et nous avons alors répondu par l’affirmative*».

Plus tard, nous en conclurons que le revenu de la terre améliorée est pour sa totalité le loyer d’un capital et qu’il n’y a nas a en faire deux parts, Tune qui s’appellerait le loyer du capital-

amehorations, et l’autre qui s’appellerait la rente de l’agent naturel terre. «scui

Les applications qui suivent ont donné lieu à plus de discussions.

Adam Smith comprenait encore parmi le capital :

* J^ic?tesse des nations^ I. il, cR. r, t. I, p. 340,

* Ibid,

Ibid,

^ Supra, p. 50.

l’Encyclique Herum novarum, p. ü

ÜP

4® Les matériaux et matières premières ayant subi déjà une ou plusieurs transformations, mais non encore parvenues au point définitif de leur utilisation. Effectivement l’état actuel de ces matériaux (minerai extrait, blé, farine, laine brute, filée, tissée même et en pièce, etc.) est bien le résultat d’un travail antérieur et la condition d’une production subséquente. Cependant il répugne à quelques esprits de regarder comme capital — comme agent de production par conséquent — la substance même d’où le produit doit être tiré par transformation. Aussi pourrait-on dire avec assez de raison que le caractère de capital va en s’affaiblissant, et qu’inversement le caractère d’objet de consommation va en se dessinant davantage, à mesure que l’objet s’éloigne de sa forme première pour monter graduellement vers la forme sous laquelle il sera l’objet d’une consommation de jouissance ;

5® Les marchandises finies tant qu’elles ne sont pas parvenues aux mains du consommateur : « L’ouvrage fait et parfait, mais qui est encore entre les mains du marchand ou du manufacturier et qui n’est pas encore débité ou distribué à celui qui doit en user ou le consommer, tels que ces ouvrages tout faits, que nous voyons souvent exposés dans les boutiques du serrurier, de l’ébéniste, de l’orfèvre, du joaillier, du faïencier, etc. ' »

Ici les hésitations et les répugnances augmentent. L’objet est fini : à quelle production servira-t-il encore? A celle du commerce, répond-on, puisqu’il en est l’objet ; mais il s’agirait de savoir ce qui doit ici l’emporter, de la nature objective du produit, qui en soi-meme est terminé, ou bien de la destination toute subjective que lui donne le commerçant détenteur.

Ricardo et ses disciples allaient encore plus loin. Même parvenus aux mains du dernier consommateur, les produits finis, tels que provisions de bouche ou vêtements confectionnés, étaient encore à leurs yeux du capital, parce que les ouvriers en ontbesoin pour travailler et que ces existences en ménage contribuent de cette manière à la productivité du travail ouvrier. Le blé dans le grenier du paysan et destiné à sa nourriture, le a pain sur la planche » comme on dit, devraient ainsi être assimilés au charbon qu’on destine au foyer des générateurs.

C’est matérialiser l’homme outre mesure. C’est ne voir en lui que la machine. C’est méconnaître ce qu’il y a de personnel, de vraiment substantiel dans les besoins de sa nature. Non : l’homme ne mange pas parce qu’il travaille; il mange parce qu’il est homme ; il a besoin de manger parce qu’il a droit de vivre : enfin et surtout, son besoin de manger est indépendant de son rende-

• Richesse des nations. 1. li, ch. i. t. I. p. S41.

ment en travail et il est le même, toujours aussi impérieus, pour 1 oisif que poy l’homme occupé. En fait d’approvisionnements ce sont ceux du travail, ceux de l’entrepreneur ou du marchand’ qui son^ U capital, mais non ceux du dernier consommateur

6° La monnaie. 11 ne s’agit ici ni des métaux précieux en lingots puisque d apres Adam Smith ils sont des capitaux comme étani des matières en voie de transformation, ni des métaux précieux ouvres en bijoux ou en vaisselle, si ceux-ci sont encore aux

ZTl 1 ' f Il s’agit de métaux précieux monnayés,

ce que le public appelle improprement Yargent.

Sans doute, en elle-même, cette monnaie est inerte et ne prouit rien (c est du reste l’inertie caractéristique de tout capital quand 1 homme manque pour le faire valoir); sans doute encore a monnaie, aux mains de ceux qui la détiennent, leur sert bien souvent par sa puissance de consommation et non pas par sa puissance de production ; il n’en est pas moins vrai cependant que ans notre civilisation cette monnaie et tout ce qui est instan-

nement échangeable contre elle sont au nombre des auxiliaires les plus efScaces du travail.

De cette nomenclature de capitaux, nous avons exclu les maisons ordinaires d’habitation. C’est la pure doctrine d’Adam Smith'.

n effet, sont seules du capital toutes les maisons qui ne valent que comme annexes de l’usine et de l’atelier, soit agricole, soit ndustriel : ainsi la maison du cultivateur, annexe à ses bâtiments d exploitation ; ainsi les logements du concierge ou du directeur e 1 usine ; ainsi encore ces cités ouvrières que des Compagnies de mines bâtissent à proximité de leurs sièges d’extraction. Sans eues, la mine et la ferme seraient inexploitables ; sans la mine et la terre aussi, les maisons mêmes ne trouveraient pas de loca-

tRir6S,

Mais autre est le cas des maisons ordinaires de logement dans les villes et dans les bourgs. C’est pour se loger et non pour travailler que le locataire a besoin d’elles ; par elles, c’est à sor besoin de logement qu’il satisfait, et non pas à son désir de travail et de salaire. Nous leur appliquons donc ce que nous avons dit précédemment des existences en fonds de consommation, de meme que Ricardo, qui considérait ces maisons comme du capital

leur appliquait sa doctrine sur les approvisionnements pour le personnel ouvrier.

On insiste cependant et l’on dit que les maisons, rendant des * Richesse des nations, 1. II, ch. i (t. i, p. 339).

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loyers annuels et réguliers, sont bien un instrument de production pour leur propriétaire.

L’argument ne nous touche point. Entre la maison de ville et le domaine de campagne, que le droit civil et l’usage mettent si volontiers dans la même classe, il subsiste une différence radicale. C est que le fermier paye avec le produit de la chose louée, tandis que le locataire paye avec quelque autre source de revenus, tels que les loyers de ses autres capitaux, ou le salaire de son propre travail.

D où cette conséquence que la société est enrichie avec la location de la ferme, tandis qu’elle ne l’est pas avec la location de la maison. En effet, au cas de fermage d’un bien rural, si l’argent sorti de la bourse du fermier est exactement compensé par celui qui entre dans la bourse du propriétaire, il n’en est pas moins exact que la société a gagné l’ensemble des produits que le fermier a tirés du domaine. Au contraire, au cas de location d’une maison urbaine, 1 enrichissement de l’un a sa contre-partie exacte dans l’appauvrissement de l’autre, sans que la société bénéficie d’aucun produit tiré de la chose louée. Tout simplement le pouvoir de consommer des richesses quelconques, pouvoir qui est représenté par le prix en argent de la location, a passé du locataire au propriétaire, en échange du pouvoir de consommer la maison, qui passait, par 1 effet du bail, du propriétaire au locataire.

Au fond, c est la question de savoir si l’on doit définir le capital par la faculté de donner un revenu — opinion que nous avons rejetée plus haut — ou bien par la faculté de servir à la production, ainsi que nous l’avons admis.

Quelques-uns ont cru tout concilier en appelant les maisons du nom de capitaux lucratifs, par opposition aux autres capitaux, qui seraient dits productifs

D autres ont distingué le capital social, qui donne un revenu a la société, et le capital pt'ivé, qui en donne un à son propriétaire, soit qu’il en donne ou n’en donne pas à la société 2. Les maisons de rapport seraient dans cette dernière catégorie : capitaux de profit, sans être capitaux de production; faisant partie du capital privé, mais non du capital social.

.\dam Smith complétait sa nomenclature des capitaux par les talents et les capacités acquises en vue du travail. Ici nous croyons ne pas pouvoir le suivre, parce que, dès le début, nous

• Gide, Principes d'économie politique, 4« édition, p. 140.

Il 3S0 ~ les mots — dans Adam Smith, I. I,

1. J.. (Nous citons toujours sur l’édition Guillaumin, 1S43).

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avons fait des capitaux une subdivision des richesses matérielles. Inutile donc de chercher, parmi les richesses immatérielles et les qualités morales ou même physiques, celles qui, obtenues à l’aide d’un premier travail, seraient de nature à en faciliter un second.

L’énumeration ainsi faite des capitaux permet de les répartir en trois éléments ou catégories distinctes : 1® les approvisionnements ; 2“ les instruments; 3® les matières premières *. Les approvisionnements comprennent les produits Unis destinés à la consommation ouvrière pour le temps pendant lequel l’ouvrier travaillera. Les instruments renferment les usines, terres et machines. Enfin, rien à dire des matières premières. Quant au numéraire — à l’exception des menues sommes courantes destinées à une consommation de jouissance immédiate ou très prochaine — il est du capital, soit à titre d’approvisionnements (par exemple chez le fabricant, qui paiera avec lui les salaires), soit à titre d’instrument, rôle qu’il remplit surtout dans la circulation que nécessitent les opérations de commerce, de banque et d’industrie.

A ce point de vue, il est très exact d’appeler capitalisation 1 acte du propriétaire, de l’industriel ou du salarié, qui détourne et qui placé une partie de ce qu’il venait de faire entrer à titre de revenu dans son fonds de consommation.

Telle est, sauf les divergences de détail, l’idée générale universellement admise pour le mot capital.

Lassalle et Karl Marx, dans l’intérêt de la cause socialiste pour laquelle ils travaillaient, ont tenté d’en accréditer une autre. Ils ont cela de commun entre eux, que pour eux il n’y a pas de capital tant que l’instrument reste la propriété de celui qui le fait valoir. Pour le surplus, ils diffèrent.

Lassalle fait de la possibilité d’être placé et de rendre, le caractère distinctif du capital. Il soutient que le capital n’existait ni dans l’antiquité, ni dans le moyen âge; il ne le regarde (jue comme « une catégorie historique », du reste absolument comme la propriété -. On se range donc, sans le savoir, à l’opinion de Lassalle quand on dit que la production est capitaliste actuellement et qu’elle ne l’élait pas autrefois.

Ce qui est vrai, c’est que l’industrie moderne est mieux outillée, que le rôle du capital s’y est accru et que l’ouvrier non agricole

Block, Progrès de la science économique, 1. 1, p. 333.

•-.assalle. Kapital und Arbeit 1864.

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est moins souvent propriétaire exclusif et individuel des instruments, parce que les instruments sont de beaucoup plus de prix qu autrefois. Ce qui est faux, c’est que le rôle du capital n’ait pas commencé avec la civilisation et pour ainsi dire avant elle ; ce qui est faux, c’est que la production agricole n’ait pas été de tout temps capitaliste au sens économique du mot ; c’est enfin que le travailleur n ait jamais été moins ou aussi peu qu’aujourd’hui le propriétaire du capital qu’il met en œuvre.

Passons à Karl Marx L D’après loi, « l’argent, produit final de la circulation, est la première forme d’apparition du capital... La circulation des marchandises en est le point de départ ; mais il n’apparaît que là où la production marchande et le commerce ont atteint déjà un certain développement. » Voilà pourquoi « son histoire moderne date de la création du commerce et du marché des deux mondes au seizième siècle ».

Autrement dit, si je vais au marché avec 1.000 fr. dans ma poche, que j’y achète des marchandises et que je les revende 1.100 fr., ce sont les 1.100 fr. qui sont du capital et non pas les 1.000 premiers. N’est donc capital que l’argent (ou le pouvoir d’échange) acquis par un échange précédent.

Karl Marx applique ensuite cette définition à l’acquisition du travail ouvrier : cest sa fameuse théorie de la « plus-value » — Mehrwerth. « La valeur journalière de la force de travail, dit-il, revient à 3 schellings (3 fr. 75), parce qu’il faut une demi-journée pour produire quotidiennement cette force. » Mais le patron qui ne donne que 3 schellings à l’ouvrier, le fait travailler douze heures au lieu de six. Donc il gagne six heures. Dans le régime actuel, « l’utilité spécifique de cette marchandise(le travail) est d’être source de valeur et de plus de valeur qu’elle n’en possède ellemême. En effet, le vendeur de la force de travail (le capitaliste), comme le vendeur de toute autre marchandise, en réaZ/se la valeur échangeable et en aliène la valeur usuelle. » Plus clairement, le patron ne paye que six heures de travail, il en obtient douze et vend au prix de deux journées d’ouvrier ce qui ne lui en a coûté qu’une. C’est du capital, puisque c’est de l’argent obtenu par voie d’échange ; c’est une Mehrwerth, ou un excédent de valeur obtenu, puisqu’il n’a payé qu’une demi-journée et en obtient une entière. « Toute plus-value sous quelque forme qu’elle se cristallise, intérêts, rente, profit, n’est que la matérialisation d’une certaine durée de travail non payé. Le mystère du travail productif se résout en ce fait qu’il dispose d’une certaine quantité

* Karl Marx, le Capital, tio |iaHle, ch. ïv.

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de travail qu’il ne paye pas'. » Voilà ce que Karl Marx, lier de sa découverte, appelle avec orgueil « le mystère de la plus-value », das Geheimniss der Plusmacherei », pendant que ses disciples le félicitent d’avoir « donné la conception synthétique de l’histoire et dévoilé le mystère de la production capitaliste en rendant compte de la plus-value. Grâce à ces deux découvertes, disentils, le socialisme est devenu une science*. »

A cela, que répondre ?

1® La base de la théorie — c’est-à-dire la thèse sur la cause de la valeur — est fausse 2° la délinition du capital est une formule de pur arbitraire, en opposition avec le sens des mots; enfin 3® ce qui est plus grave, c’est que toute la théorie de la plusvalue a été basée sur des hypothèses toutes gratuites. Comment Karl Marx sait-il que le travail de six heures sutlit pour gagner la vie de l’ouvrier? Pablo Lafargue, gendre de Lassalle, prétendait bien qu’il n’en faut que trois ! Le fait, c’est que nombre d’entrepreneurs se ruinent en faisant travailler dix et douze heures, et que pas un travailleur autonome, pas un paysan surtout, voire même un médecin ne gagne sa vie ou ne se crée une situation avec six heures seulement de travail. Enfin, puisque la journée entière de travail vaut la subsistance de deux jours au lieu d’un, pourquoi l’ouvrier la vend-il moitié moins qu’elle ne vaut ? On répond t qu’il ne peut pas faire autrement, mais nous laissons de côté cette

question qui nous introduirait prématurément dans celle de l’égalité ou de l’infériorité économique de l’ouvrier au regard de l’enf trepreneur.

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