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FORMATION DU CAPITAL

Pour former du capital, il faut travailler autrement ou plus que pour la satisfaction des besoins actuels, et il faut destiner le produit à procurer ou à faciliter une production ultérieure. Voilà ce qui découle logiquement de la définition.

Si nous analysons ces conditions, nous vojmns qu’il faut ;

1® Travailler ;

2® Ne pas consommer le fruit de son travail ;

' Karl Marx, le Capital, Ile partie, ch. vu, g 2.

* Engels, Entioichelung des Socialismus von der Utopie sur Wissenschaft.

^ C'est la thèse déjà exposée du a travail social, source unique de la va leur » (supra, p. 40).

3® Diriger cet excédent de manière à assurer, non pas une consommation différée, mais une production.

Le sauvage qui va à la chasse et qui ne peut garder le gibier, ^

abondant peut-être, qu’il a atteint, remplit la première condition sans obéir aux deux autres ; la fourmi elle-même, en entassant des provisions que Ton dit destinées à la mauvaise saison, remplit les deux premières sans obéir à la troisième. j

Et cependant elle épargne.

C’est que l’épargne, quoi qu’on dise, n’est pas nécessairement ’

la formation du capital. ;

Aussi bien l’épargne, rigoureusement parlant, ne se conçoitelle que pour deux catégories de richesses : 1® pour les objets de ;

consommation, lesquels ne sont aucunement du capital ; 2® pour le numéraire, qui n’en est que par son extrême facilité à être échangé contre de véritables objets de production. ,

Il peut donc y avoir épargne sans qu’il y ait formation de ca- !

pital. Inversement, il peut y avoir formation de capital sans y

qu’il y ait épargne. Le paysan qui emploie ses journées d’hiver i

à défoncer un sol rocheux pour y créer une vigne, fait un capital, et personne ne dira qu’il épargne.

Dans Tusage, on est tenté de confondre l’épargne avec la formation du capital et d’appeler le capital le fruit de l’épargne ; i

on a tort surtout de voir trop exclusivement la capitalisation dans )

le fait d’amasser du numéraire par la privation dans les dépenses ^

et de le placer à intérêt. Je vois bien par exemple que les dépo- '

sants des Caisses d’épargne ont épargné les quatre milliards qu’ils ’

leur ont versés ; mais je ne vois pas qu’ils aient fait du capital et '

surtout je ne vois pas que la France en soit ni plus riche, ni plus puissante dans l’ordre de la production. Je ne le saurai que le jour où je verrai les déposants, après avoir retiré leurs fonds, les employer comme des instruments de production : car jusqu’à ce moment-là, sur les trois conditions de la formation du capital, il y en a une qui est encore en suspens.

Et l’Etat lui-même, que fait-il des fonds qu’il s’est fait confier?

A supposer que le déposant les considère comme un capital privé, '

quel gage avons-nous que l’Etat les emploie d’une manière pro-^ ductiye, qu’il ne les gaspille pas en dépenses de consommation ^

et qu’il en ait fait vraiment un capital social ?

La formation du capital, dans une société, est d’autant plus !

facile que cette société en possède déjà davantage. Les seconds outils sont moins difficiles à faire que les premiers, et l’établi du menuisier, par exemple, n’a été qu’un jeu une fois qu’il a eu en mains la scie, le ciseau et le rabot. A cet égard il en est d’une

société comme de chacun des individus qui la composent. Ce sont les premières économies qui sont les plus difficiles à faire. Là est pour une société l’obstacle aux premiers progrès de la civilisation, de même que l’extreme misère et la dégradation morale et physique qui en est la conséquence, sont pour certaines

classes de population ouvrière le plus grand obstacle à leur relèvement.

Dans les sociétés déjà pourvues de capital, la difficulté de le constituer se trouve dans le penchant aux plaisirs et aux dépenses de luxe, dans l’inclination qui les porte à faire avec l’excédent de leur travail, non pas des instruments de production, mais des objets de consommation. Ce fut la tendance de l’Espagne après Charles Quint, et ce fut une cause de sa décadence économique, pendant que la Hollande, l’Angleterre et môme la France s’outillaient pour la supplanter.

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