I CAPITAUX FIXES ET CAPITAUX CIRCULANTS
' point de vue de la manière de servir à la production, on
distingue les capitaux en fixes et circulants.
, 1® Les capitaux fixes (autrement dits engagés ou de fondation)
sont ceux dont la destinée est de survivre à la production qu’ils
* M. le chanoine Elle Blanc, Traité de philosophie scolastique, t. III, p. 30,3.
* ''"oir les très nombreux arguments de fait que M. Claudio Jannet apporte a I appui de cette thèse dans son ouvrage si richement documenté le Capital, la spéculation et la finance (pp. 62 et suiv.). Détachons-en un seul : « En 1889, les chemins de fer des Etats-Unis n’ont encore distribué à
J actionnaires et obligataires que 82,110.198 dollars, et porté aux ré-
^ 19.278.538 dollars. Le nombre de leurs employés et agents monte
a 70„.743. En calculant seulement à 500 dollars leur salaire moyen, on arrive ^ à une somme de 352.371.500 dollars distribués en salaires : quatre fois le
montant des dmdendes et des intérêts distribués au capital. » En France, je prends une des deux ou trois Compagnies de mines (Roche-la-Molière et
J^tTouv^ouriSol extraite et par ouvrier.
Dividendes distribués (pas d’intérêts à servir) 2.196.000 » (32 o/o)
Salaires ouyiers (non compris les subventions).... 4.610.895 » (68 o/o)
Et ce rapport s améliore sans cesse en faveur du salaire. En 1881, il était :
Salaires ouvriers 3.543.263 » (60o/o)
facilitent, de n’être échangés qu’après avoir été rais hors d’usage, et comme dit Adam Smith, « de donner un revenu sans changer de maître ».
A cette catégorie appartiennent les instruments, outils et machines, les constructions industrielles, les améliorations foncières et la terre.
2° Les capitaux circulants (autrement dits dégagés, d'exploitation, ou fonds de roulement) sont ceux qui sont absorbés dans l’œuvre de la production, soit qu’ils y changent nécessairement de forme, soit qu’ils y passent nécessairement de mains en mains.
Ainsi qu’on le voit, il y en a deux espèces différentes. C’est de la première catégorie que parle J.-B. Say, quand il appelle circulant le capital « qui change nécessairement de forme dans la production même, celui dont la forme matérielle périt et renaît dans le cours des opérations productives^ ».
L’autre catégorie comprend le capital circulant qui, sans changer de forme, change nécessairement de possesseur. Ainsi la monnaie destinée aux besoins d’une industrie ou d’un commerce: ainsi encore les marchandises finies non encore parvenues aux mains du consommateur, au moins dans l’opinion de ceux qui veulent les regarder comme du capital.
Accidentellement, il peut arriver que la nature de capital fixe ou de capital circulant dépende de la destination du détenteur. Ainsi le cheval est capital fixe chez l’entrepreneur de transport, et capital circulant chez le maquignon et l’éleveur, de même qu’il serait objet de consommation chez le rentier, qui ne l’aurait que pour la satisfaction de ses plaisirs, ou bien à l’armée, qui ne l’aurait que pour les usages militaires.
La distinction des capitaux en fixes et circulants importe;
1° Au point de vue de la proportion à maintenir entre les deux espèces de capitaux.
Trop d’instruments, c’est-à-dire trop de capital fixe, pourraient manquer de matières à transformer ou à échanger, c’est-à-dire de capital circulant. Ainsi trop de chemins de fer, brusquement contruits, manqueront de mai’chandisesàtransporter, et cette cause ne fut pas étrangère à la grande crise américaine de 1872, après que les Etats-Unis eurent si vivement construit près de 30.000 kilomètres de voies ferrées en moins de trois ans. La réciproque
» J. -B. Say, Cours d'économie ^wlitique^ Ire partie, ch. xi, (p. 140 de Tedition (Tuillaumin). — J.-B. Say, par suite de sa définition du capital, avait été amené à distinguer : lo les capitaux fixes ou engagés; 2» les capitaux circulants; 3» les capitaux productifs ôf utilité ou d'agrément (p. I38).
ne serait pas moins exacte ; et tel fut le cas de l’Espagne, qui, après la découverte de l’Amérique, ne développant pas son outillage industriel, condamnant au contraire les anciens ateliers à la I ruine par l’interdiction d’exporter, ne put pas employer comme
j capitaux les millions de numéraire que lui envoyaient les mines
I du Mexique et du Pérou ;
2® Au point de vue des facilités de conversion.
Les capitaux circulants peuvent être échangés avec plus ou moins de facilité, de manière à ce que la puissance de produire qu’ils renferment soit dirigée vers d’autres branches de travail. Il n’en est pas exactement de même des capitaux fixes : ceux-ci sont toujours très diflficilement convertibles. Par exemple, un industriel qu’une circonstance quelconque oblige à quitter son » industrie, n’aura pas de peine à réaliser, c’est-à-dire à transformer en autres valeurs son argent et ses matières, soit brutes,
soit ouvrées : il lui sera, au contraire, difficile et souvent impossible de réaliser son usine et ses machines. Elles ne sont pas destinées à l’échange : elles ne pourront en comporter un qu’au prix de lenteurs et de sacrifices souvent considérables. Aussi l’expression vulgaire immobiliser des capitaux est-elle parfaitement exacte de celui qui convertit des capitaux circulants en capitaux fixes. Surtout une réalisation simultanée de tout le \ capital fixe d’une industrie est chose absolument impossible,
j Comment les cultivateurs, si la crise agricole persistait en
s’aggravant, pourraient-ils mobiliser leur capital fixe et particu- I ( fièrement leur capital foncier ?
Mais la distinction en fixes et circulants importe surtout : 3® au point de vue de V amortissement.
Pour calculer un prix de revient, il faut imputer sur chaque opération : 1® l’amortissement intégral du capital circulant qui est nécessaire, puisque par définition il ne sert qu’une fois;
I I 2® un amortissement partiel du capital fixe, amortissement
calculé d’après le nombre d’opérations auxquelles ce capital pourra être employé. Il est à propos, entre autres circonstances,
, de faire ces calculs, lorsqu’il s’agit de déterminer la productivité
I effective de l’emploi d’un capital.
Cette manière toute differente de compter l’amortissement a particulièrement son application lorsqu’un capital est prêté à un tiers.
i Le prêteur d’un capital circulant demande, de toute nécessité,
J un remboursement en équivalent, in genere, c’est-à-dire la
I restitution d’un objet semblable et non du même objet. En effet,
j il est d’évidence qu’un tel prêt impliquait, pour l’emprunteur, la
faculté et la nécessité, soit de transformer, soit d’aliéner l’objet.
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PBEMIKRE PARTIE — PRODUCTION
Au contraire, le prêteur d’un capital fixe demande un remhoursement en identique, c’est-à-dire la restitution du même objet, de la même species. Or, précisément parce que cet objet est individuellement le même, il n’est plus équivalent à ce qu’il a été a cause de l’usure partielle qu’il a subie. D’où la nécessité pour 1 emprunteur de donner une indemnité calculée sur cette usure a moins que le contrat ne soit, ainsi que le commodat, complètement desintéressé. ^
Si le prêteur demande en plus, dans l’un et l’autre cas, une indemnité pour sa privation de jouissance, cette indemnité prend le nom d'intérêt au cas de capital circulant, et celui de loyer au cas de capital fixe. Le loyer renferme alors, par définition
une indemnité d’amortissement, tandis que l’intérêt ne peut point en renfermer.
Le prêt d’objets de consommation < restituables, soit in specie soit tn genere, par exemple, d’une maison d’habitation ou bien dune somme d’argent non destinée à la production, donne egalement lieu, selon les cas, soit à un loyer, soit à un intérêt.
Ajoutons que certains économistes donnent le nom de capitaux morts à des capitaux circulants momentanément retirés de toute
circulation, comme des trésors enfouis ou cachés, mais susceptibles d’y rentrer.
un sens tout différent à ce mot « objets de
les StTïiTe ’fond/T’ En économie politique.
capUal ^ ® consommation sont définis par leur oppositiL à