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CHAPITRE IV

La monnaie en général,

DÉï'INITION DE LA MONNAIE

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abstraction faite de l’habitude qu’on a prise de les considérer comme monnaie. L’or et l’argent servent comme ornements et comme objets de parure; l’argent fournit de la vaisselle de table, et c’est le trop grand prix de l’or qui seul empeche ce dernier de recevoir pratiquement le même usage. Aristote en avait fait très judicieusement la remarque, sauf, il est, vrai à se reprendre quelques lignes plus loin ; « On convint, dit-il, de donner et de recevoir dans les échanges une matière qui, utile par elle-même^ fût aisément maniable dans les usages de la vie ; ce fut du fer par exemple, de l’argent ou telle autre substance analogue dont on détermina d’abord la dimension et le poids L »

4° Les métaux peuvent être travaillés et prendre toutes les formes, ce qui fait que, divisés en petites masses, ils ne perdent pas leur valeur puisqu’on peut les reconstituer sous de plus gros volumes. C’est là une supériorité considérable sur les pierres précieuses, dont la valeur croît beaucoup plus que proportionnellement à leur masse.

5® Ils peuvent très facilement recevoir une empreinte, qu’ils gardent ensuite d’une manière à peu près ineffaçable. Ce dernier avantage, il est vrai, ne peut être apprécié que lorsque la frappe est mise en usage et qu’il est devenu possible de compter des pièces au lieu de peser des lingots.

Il est assez probable que cette dernière invention fut faite à des dates diverses et en des pays différents. Hérodote l’attribue aux Lydiens; d’autres, aux Egyptiens ou aux Indiens; d’autres enfin, à Phidon, roi d’Argos, qui aurait fait frapper dans l’île d’Egine les premières pièces, en métal d’argent -. Abraham, près de vingt siècles avant notre ère, connaissait cet usage, puisque ce fut en monnaie frappée qu’il paya le terrain destiné à la sépulture de Sara**. Chez les peuples d’Italie, l’introduction de la frappe fut beaucoup plus tardive. Les jurisconsultes du siècle des Antonins rappelaient encore le temps où les pièces se pesaient au lieu de se compter, « Vis ac potestas nummorum non in numéro erat, sed in pondéré », dit Gaïus en parlant de la vente per œs et libram et des fonctions du libj'ipens^ religieusement conservées encore de son temps bien qu’elles ne fussent plus alors qu’un symbole^.

Le monnayage, c’est-à-dire cette réduction en petits lingots

frappés et de poids uniforme par séries de pièces, a été toujours réservé à l’Etat.

* Aristote. Politique, t. I, ch. iii, § 14.

* Lenormant. la Monnaie dans Vantiquité,

^ « Quadragentos siclos argenti probatai nionehe publicæ w (Genèse, xxiir, 16), ^

* Gaïus, Commentaires, 1, § 122.

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Personne ne conteste que la surveillance et l’entretien d’une bonne monnaie sont au nombre des attributions essentielles de l’Etat f^ardien de la justice dans les contrats.

Dans les temps reculés, le fer, le bronze surtout, œs, partageaient avec l’argent le pouvoir monétaire. Depuis lors, ce pouvoir a passé progressivement à l’or et à l’argent seuls — si nous exceptons des pays soustraits comme la Chine à l’influence de la civilisation européenne — car nous verrons que le cuivre (ou le nickel récemment essayé) ne possèdent plus en Europe la plénitude de ce pouvoir^

C’est que l’or et l’argent, outre qu’ils présentent au suprême degré les qualités citées plus haut (résistance à l’usage, etc), ont aussi le mérite d’une grande valeur commerciale sous un petit poids, à cause de leur rareté relative et de la recherche dont ils sont l’objet. La Russie a bien essayé le platine, entre 1828 et 1845 ; mais elle y a renoncé, à cause de la difflculté de travailler ce métal et à raison du petit nombre d’emplois dont il est susceptible, ce qui a l’inconvénient de rendre sa valeur commerciale trop incertaine.

A ces qualités, les métaux précieux en ajoutent encore une autre qui est d’un ordre plus économique. Ils sont facilement transportables ; s’usant très lentement, ils doivent être d’année en année en quantité approximativement égale. Aussi leur valeur comparée à celle des marchandises en général sera-t-elle — je ne dis certes pas constante et uniforme dans tous les pays et tous les temps — mais moins mobile que celle de n’importe quelle marchandise comparativement aux autres. A cet égard les métaux précieux ont des qualités pour ainsi dire inverses de celles du blé.

Quant au mot monnaie^ il vient du latin moneta, un des surnoms de Junon, parce que Junon Moneta présidait à la fabrication des pièces de monnaie. Les Anglais disent money, avec la même étymologie historique. Les Allemands se servent du mot Geld, qui a dans gelten, valoir, une étymologie plus scientifique.

En français, la langue usuelle a le tort de prendre fréquemment les mots argent et somme d'argent comme synonymes de monnaie. Pour éviter toute amphibologie, nous n’emploierons désormais le mot argent que pour signifier l’un des deux métaux par opposition à l’autre.

Sous les aspects où nous la connaissons déjà, la monnaie nous apparaît tour à tour :

* C’est un fait remarquable que le fer a précédé l'argent, et que l’argent a précédé partout l’or avant de concourir avec lui — et peut-être avant de lui céder un empire sans partage.

1“ Gomme un équivalent général, puisque c’est à ce titre qu’elle a fait disparaître la vieille forme du troc ;

2° Comme un évaluateur universel ;

. 3® Comme un emmagasinement de la valeur, puisqu’elle se conserve d’une manière en quelque sorte indéfinie et que sa puissance d’achat se réveille à l’instant où on le veut.

Equivalent, évaluateur général, instrument d’emmagasinement de la valeur, la monnaie, pour tous ces motifs, représente tout à la lois la puissance de produire et la puissance de consommer. Gomme puissance de produire, nous l’avons examinée dans notre chapitre du capital; comme puissance de consommer, nous 1 examinerons dans la partie de la consommation et plus particulièrement dans le chapitre des consommations privées.

\ a-t-il d’autre.s objets que la monnaie métallique, qui puissent réunir ces trois caractères d’équivalent, d’évaluateur et d’instrument d’emmagasinement de la valeur?

Oui. Ce sont tous ceux qui, par la confiance du public, remplissent le même rôle d’échange. Ainsi : 1“ certaines pièces métalliques, comme nos sous, circulant en petite quantité pour une puissance d’acliat beaucoup supérieure au prix marchand du métal ; 2® certains papiers, comme le billet de banque, échangeables à vue contre une quantité déterminée de monnaie métallique; 3® d’autres papiers effectivement inconvertibles et non échangeables, mais imposés légalement. Voilà le papiermonnaie, sur lequel nous aurons à revenir.

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