H s’appliquer à tous les cas d’évaluation î
2 de définir la valeur par ce qui en est l’effet, au lieu de la défi-
nir par ce qui en est l’essence; 3<» de ne pas analyser l’opération intellectuelle par laquelle on évalue. ^
s’applique pas à tous les Il est très vrai, en effet, que nous avons la notion de valeur indépendamment de tout échange que nous pensions effectuer.
^8.1^1» r. naufrage, avait certainement une
np cargaison; et bien qu’il
orHrp échanger, ce fut certainement par
Tue la tTT a® débarqua, dans la crainte
q la terapete ne dispersât les épaves avant qu’il eût pu tout
r nous\ppli,„„rjor
unies (I aucun échangé, ^
esn’PirÜf ’ fr<ïuel on définit la valeur en
le Vin vauM^VT- l’essence ou le principe. Pourquoi
vin vaut-il deux fois plus que le blé, ou l’or, comme marchan-
34 INTRODUCTION
dise, trente fois plus que l’argent? Parce qu’ils achètent, répond-on, l’un deux fois, et l’autre trente fois, un poids égal aux leurs.
— Eh bien, c’est une explication qui ressemble un peu à une tautologie. Traitons-la respectueusement et appelons-la tout simplement un truisme. C’est parce que le vin vaut le double, qu’il achète le double; mais qu’est-ce que valoir le double? On n’y a pas répondu ; ou bien, le plus ordinairement, on y répond par des calculs sur les prix, alors que prix et valeur ne sont pas des concepts identiques.
La vérité, c’est que, comme le dit M. de Molinari, a la valeur existe indépendamment de l’échange; l’échange la manifeste sans la créer. »
Alors il faut nécessairement remonter à une analyse philosophique de l'évaluation. Ceci nous oblige à développer le second système que nous avions indiqué.
Deuxième système. — La valeur est l'importance que nous attribuons à certains biens, en sachant que la satisfaction de nos besoins dépend du pouvoir d'en disposer.
La valeur est le résultat d’une estimation du rapport que nous jugeons exister entre une utilité et un besoin; à ce titre elle est subjective; elle le resterait indétiniment si l’homme restait indéfiniment isolé de ses semblables, privé de tout échange avec eux.
Tel est le principe : développons-le.
Chacun classe instinctivement les besoins auxquels il veut satisfaire; tel besoin devient moins impérieux à mesure qu’il est déjà satisfait davantage; du même coup aussi tel objet perd de sa valeur à nos yeux, à mesure que le besoin auquel il peut satisfaire se fait moins sentir à nous-mêmes. Ainsi s’expli([ue très bien que la rareté d’une chose nécessaire ou utile en augmente la valeur, parce que le besoin que nous avons de cette chose pour nous satisfaire, nous apparaît plus ou moins impérieux à mesure que nous nous sentons plus ou moins près de manquer de ce qui pourrait seul le calmer.
Jevons en Angleterre, Karl Menger en Autriche, ont approfondi cette doctrine, l’un avec la théorie du degré final d'utilité, l’autre avec celle de la moindre jouissance.
Pour les suivre, raisonnons par voie d’exemples, d’après l’évaluation des unités d’une matière collective, c’est-à-dire d’une matière composée d’éléments distincts tous équivalents, comme seraient les grains d’un tas de blé'.
' Nous prenons ce résumé dans Block, Progrès de la science économique, t. I, pp. 116 et suiv., pp. 139 et suiv.
■iJ'
LA VALEUR 35
Voici un cultivateur qui récolte, année moyenne, cent hectolitres de blé, mais chaque année sa récolte effective est différente, et par conséquent chacun de ses hectolitres prend une valeur différente, qui est la même pour tous ceux d’une même année, mais qui est variable d’année en année avec le total des quantités obtenues. Une année, cet homme a cent hectolitres : il en compte vingt pour sa nourriture et celle de sa famille, dix pour ses semences, trente pour l’entretien de son bétail, dix pour ses vêtements, dix pour les impôts, dix pour des besoins moraux, dix pour des agréments. Sur ces dix derniers, il en consacre cinq à acheter une montre et réserve les cinq derniers pour quelque autre emploi facultatif, encore indéterminé. Que vaut pour lui un hectolitre de blé? Le cinquième d’une montre. Cette valeur, constatée pour un hectolitre, est mentalement appliquée à tous. Le cultivateur estime ainsi la totalité de sa récolte au taux de la moindre jouissance qu’il obtient avec une partie de cette récolte. Si les rats lui en mangent un ou deux hectolitres, il s'en consolera encore assez volontiers, car il n’est privé que d’un superflu. S’il ne trouve de son blé qu’un faible prix sur le marché, il consentira quand même à se dessaisir d’une partie, à supposer qu’il ne veuille pas, par prévoyance, tout garder.
Mais vienne une année calamiteuse, sa récolte tombe à trente hectolitres, tout juste ce qu’il faut pour s’assurer une récolte l’année prochaine et pour se nourrir soi-même et les siens en attendant. Cet homme cèdera-t-il son blé? Non, car il ne le céderait qu’au taux de la souffrance que lui causerait la privation d’une partie de sa nourriture. Ici, le taux de la moindre jouissance deviendrait égal au taux de satisfaction d’un besoin très impérieux; et il faudrait avoir à satisfaire à des nécessités plus impérieuses encore pour que cet homme consentît à se défaire d’une partie de cette récolte. Et, à mesure qu’il en aurait vendu un, deux, trois hectolitres, la valeur des suivants croîtrait à ses yeux jusqu’à ce qu’elle devînt, pour ainsi dire, incommensurable.
Ainsi s’explique très bien que la rareté dans un même ordre de biens en amène la cherté : par l'importance différente des besoins auxquels les rares unités qui existent vont être consacrées.
Mettez enfin une récolte exceptionnelle de deux cents hectolitres. Chacun d’eux est avili, car tous prennent une importance proportionnelle aux derniers des besoins qui seraient satisfaits avec eux. Peut-être, sur deux cents, le cultivateuren laissera-t-il cinquante dans les champs, afin de les réduire à cent cinquante, de maintenir une certaine valeur à tous et de ne pas les abaisser simultanément à un taux d’évaluation qui serait inférieur à l’effort de les récolter.
36 INTRODUCTION
Bien entendu, dans tout ceci, nous avons raisonné sur l’hypothèse d’un cultivateur isole ou entouré d’autres cultivateurs qui seraient dans la même situation que lui et également isolés.
La valeur est bien un rapport, comme avec le système précédent, mais elle est un rapport entre une utilité et un besoin, et elle est un rapport que chacun apprécie selon son propre jugement intéressé. « C’est pour cette raison qu’on dit que la valeur est subjective : les choses ont la valeur qu’on leur attribue, chacun selon ses besoins, ses goûts, les difficultés qu’il éprouve de les satisfaire et les souffrances que lui en causerait la privation L»
Alors, comment se fait-il que la valeur nous apparaisse objective et comme incorporée à ce que nous évaluons?
L’échange en est la cause, l’échange, disons-nous, et l’extrême multiplicité de ceux auxquels nous recourons. Personne n’a tout ce qu’il veut, et beaucoup ont d’une certaine chose plus qu’ils n’en veulent. Mais personne — hors l’hypothèse de don total ou partiel de ce qui est cédé — ne cède rien, s’il n’estime pas la valeur de ce qu’il cède égale à la valeur de ce qu’il reçoit*. Alors par une sorte d’illusion d’optique, nous plaçons une qualité dans l’objet, tandis que tout se réduit à un jugement dans notre esprit.
Voilà le prix et la valeur pour ainsi dire identifiés. Toutefois le mot prix s’emploie de préférence quand l’un des deux objets échangés est de la monnaie; de la sorte, prix est synonyme de valeur dans la généralité des cas, puisque l’immense majorité des transactions a de la monnaie pour l’un de ses deux objets. La question « combien cela vaut-il ? » équivaut pratiquement à cette autre : « combien cela coûte-t-il ? »
Et comme il s’établitune sorte d’opinion commune, d’estimation uniforme entre chacune des choses qui peuvent être échangées, il devient tout naturel de considérer comme objective la valeur qui est communément admise par tous les hommes d’un même pays et d’un même temps. Il sera admis, par exemple, qu’un certain vin vaut le double du blé, parce que ceux qui ont du vin savent bien qu’ils ne pourront pas se faire donner en .blé plus du double de son poids, et que ceux qui ont du blé se rendent également compte qu’ils ne pourront pas obtenir de ce vin s’ils prétendent donner en blé moins du double du poids du vin.
Nous réservons pour plus tard toute la théorie des prix et la loi trop fameuse, mais généralement mal comprise, de l’offre et de la demande.
* Block. Progrès de la science économique^ t. f, p. H9,
* Kst-ce égale on inférieure tiu'il faut dire?
LK VALEUR