‹ Éléments d'économie politique [microform]Chapitre 62 sur 161 · partie, 1. iii, ch. xn parben m négociant · texte numérisé non relu

partie, 1. iii, ch. xn parben m négociant

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32fi DEUXIÈME PARTIE — CIRCULATION OU ÉCHANGE

main du tireur et qui signifie que le chèque doit de toute rigueur être présenté à paiement par une maison de banque ou de commerce ayant accès au Clearing-IIouse. Il s’ensuit que chez les Anglais le chèque est avant tout un instrument de compensation et qu’il se règle ordinairement par une écriture, sauf pour les excédents ou soldes créanciers, tandis que le chèque en France est avant tout un instrument pour recouvrer des fonds et qu’il se règle par une délivrance matérielle d’espèces pour le montant intégral de la somme qui y est inscrite.

L’usage de ces règlements par papiers de crédit, en dispensant de monnaie métallique, présente comme avantages : 1° une plus grande facilité matérielle de transport et de circulation ; 2® l’économie de fabrication ; 3® la suppression du frai, lequel, dans le monde civilisé, se chiffre chaque année par un certain nombre de millions de francs perdus ; enfin 4® la disponibilité rendue à des masses considérables de métaux précieux, qui peuvent être dirigées vers les usages industriels ou de pure jouissance.

Ces habitudes ont réagi forcément sur le pouvoir de la monnaie. Elles l’ont fait baisser ou l’ont empêché de monter, à mesure que les opérations commerciales se développaient avec plus de rapidité que l’extraction des métaux précieux et de l’or tout particulièrement.

Le danger est dans l’éventualité d’une crise générale du crédit, alors que les doutes semés sur la solvabilité d’un grand nombre de débiteurs rendent de plus en plus difficile la circulation fiduciaire. A ce moment-là, la monnaie manque, parce que brusquement tout le monde en veut, tandis que la veille peut-être presque tout le monde s’en passait ; et ce manque de monnaie, eu égard aux besoins actuels qu’on en éprouve, se traduit par une brusque reprise de son pouvoir et par un avilissement considérable des prix.

Un pays peut d’autant plus craindre les abus de la circulation fiduciaire, que sa constitution politique et sociale l’expose à plus de secousses et de révolutions. Ainsi l’isolement militaire de l’Angleterre et sa stabilité politique traditionnelle ont été au nombre des causes qui lui ont permis île faire des transactions commerciales aussi considérables avec une circulation monétaire aussi réduite.

C’est dire que, malgré certaines perspectives entr’ouvertes ',on ne peut pas songer à substituer la circulation fiduciaire à la circulation métallique. En vain ferait-on miroiter, en vue d’une

' Gide, Principes d'économie politique, 4» édition, p. 222.

production plus abondante des autres richesses, l’avantage de pouvoir donner une autre direction au travail des 500.000 hommes qu’absorbent actuellement l’extraction du métal et la fabrication de la monnaie ; en vain, pour un pays pris à part, montrerait-on ce qu’il gagnerait s’il pouvait vendre toute sa monnaie et employer à l’acquisition d’instruments de production tout le pouvoir d’échange qu’elle possède.

Le papier de crédit n’est accepté comme instrument de libération ou d’achat, que parce qu’il tend à la monnaie métallique ; on compte l’échanger avec elle tôt ou tard, et il est réputé lui être dès à présent équivalent. Or, le jour où la monnaie aurait, non seulement diminué, mais disparu, il n’y aurait plus à parler de cette équivalence ni de cette transformabilité.

A plus forte raison faut-il se garder de croire que le crédit multiplie les capitaux. Non, il ne les multiplie pas, mais il permet de les utiliser, ou tout au plus il permet de rendre actifs ceux qui seraient capitaux morts, de faire servir à la production ce que le fonds de consommation aurait menacé d’absorber.

Croire qu’il les multiplie, ce serait rentrer dans les illusions et les dangers du système de Law.

J. -B. Say avait fait pleinement justice de cette erreur. « On s’imagine quelquefois, diMl, que le crédit multiplie les capitaux. Cette erreur, qui se trouve fréquemment reproduite dans une foule d’ouvrages, dont quelques-uns même sont écrits ex professa sur l’économie politique, suppose une ignorance absolue de la nature et de la fonction des capitaux. Un capital est toujours une valeur très réelle et fixée dans une matière. Or, un produit matériel ne saurait être en deux endroits à la fois et servir à deux personnes en même temps. Les constructions, les machines, les provisions, les marchandises qui composent mon capital, peuvent, en totalité, être des valeurs que j’ai empruntées : dans ce cas, j’exerce une industrie avec un capital qui ne m’appartient pas et que je loue ; mais à coup sûr, ce capital que j’emploie, n’est pas employé par un autre L » Le capital n’existe qu’une fois : quant à la dette et à la créance dont il est l’objet, elles se font réciproquement contrepoids.

La thèse, si erronée qu’elle soit, n’en a pas moins été reprise par l’économiste anglais Macleod-. Gomment y est-il arrivé? En partant d’une idée, aussi vague que fausse, de la richesse. De ce

* J. B. Say, Traité d’économie politique. — Item, Cours d'économie polique, ire partie, ch. x, t. I. p.

» Macleod, The theory of crédit ; — Theory and practise of banhing.

que la richesse est une chose échangeable, il a conclu implicitement que toute chose échangeable est une richesse. Or, celui qui détient actuellement la richesse et celui à qui le papier de crédit fournit le moyen de se la faire donner, ont bien l’un et l’autre une chose échangeable : ils peuvent aussi l’un et l’autre s aider de cette chose dans la production. Est-ce que cela ne fait pas deux richesses au lieu d’une et deux capitaux au lieu d’un seul ? — Non, répondons-nous encore avec J.-B. Say, et la masse des capitaux sociaux n’en est nullement accrue.

Le crédit peut être distingué en crédit à la production et crédit à la consommation.

Au premier cas, les richesses dont le paiement ou la restitution est attendu, servent à la production ; au second cas, le débiteur les consomme pour sa jouissance ou son entretien. Cette distinction, qui est d’une très grande importance au point de vue moral et pratique, sera reprise quand nous traiterons du prêt à intérêt.

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