Monopole d'Etat
Après la liberté réglementée et la nécessité de la concession privilégiée, vient le système de la Banque d’Elat.
11 n’est nullement nécessaire que l’Etat y recoure. Les exemples des pays les plus riches et les plus.éclairés en matière de finances, particulièrement de la France et de l’Angleterre, prouvent suffisamment que des sociétés particulières possèdent toutes les qualités qui conviennent pour cette fonction. Donc, puisqu’il n’est pas nécessaire, pour organiser le crédit et l’émission, de recourir à l’Etat, il est dangereux de s’adresser à lui. Nous considérons, en effet, d'une manière générale, l’absorption d’une industrie par l’Etat, hors le cas de nécessité absolue, comme un abus et une atteinte à la liberté.
F^articulièrement en matière de banque, si l’Etat revendique pour lui le monopole de l’émission, il y a tout lieu de craindre: l“une facilité beaucoup trop grande pour la création du papiermonnaie, puisque la distinction du papier-monnaie et du billet de banque (teviendra absolument incertaine. « La Banque d’Etat, a-t-on dit, c’est le cours forcé suspendu comme une perpétuelle menace sur la nation : c’est l’émission libre et illimitée du papiermonnaie' » ; 2® l’invasion des habitudes bureaucratiques ; 3“ l’absence de contrôle désintéressé, dans le plus dangereux et le plus difficile de tous les commerces; 4“ les concussions et les abus de confiance, comme il est toujours permis d’en attendre dans ces cas-là. Le plus grave danger, c’est que, dans l’hypothèse d’une crise politique, la Banque d’Etat serait radicalement incapable de venir en aide au commerce : or, ce serait précisément dans ce cas-là que son concours serait le plus nécessaire aux industriels et aux négociants
1 Villey, Principes d'économie politique, 2a édition, p. 304.
* Pans ses Principes d'économie politique, le P. Liberatore conclut à l’organisation du crédit par l’Etat : « Quelques auteurs, dit-il, estiment que l’Etat devrait, dans une large mesure et autant que possible, revendiquer pour lui (chiamare a se) ce qui regarde le crédit. Ce système aurait en outre l’avantage de donner à ce genre d’affaires une plus grande sécurité et d’en écarter les tristes abus auxi£uels il donne lieu » (Ire partie, ch. IV, art. V. p, 106 de la traduction,'.
En fait, on peut se demander si le monopole de l’Etat n’accroîtrait pas généralement les abus. L’exemple actuel de l’Italie le prouve.
Mais le P. Liberatore n’a aucune connaissance de la matière du crédit, à tel point qu’il prend la formule à ordre comme synonyme de à vue. U On les reçoit (les billets) sans difficulté, dit-il, dans la certitude que, dès qu'on le voudra (s’ils sont à ordre), ou à l’échéance (s’ils contiennent un délai), ou pourra, etc. D{iMd, p. 102). Après cela, la preuve de son incompétence est faite et bien faite.
Un autre religieux, professeur de « science sociale», enseigne à son cours et à la page 462 de son volume : « S’il est une vérité économique certaine, c’est que les banques devraient être, dans toute l'acception du mot,