IA BALANCE DU COMMERCE
A quelque parti qu’on doive se rallier plus tard, il est nécessaire, dès le début, d’avoir su lire et comprendre les tableaux des entrées et sorties de marchandises, tels qu’ils sont dressés par l’administration des douanes. Les causes d’erreur y sont nombreuses, surtout dans les évaluations; les comparaisons de pays à pays y sont incertaines et difficiles, par suite des bases différentes qui sont adoptées ^ ; mais la connaissance et la discussion de ces tableaux sont d’autant plus nécessaires que les conclusions qu’on en tire généralement sont plus téméraires et plus erronées.
On entend par balance du commerce la comparaison entre les importations et les exportations. Or, le public est enclin à penser: 1“ Qu’un excédent des importations sur les exportations de marchandises doit provoquer un excédent inverse des sorties sur les entrées de numéraire ou monnaie métallique;
2“ Que cette sortie de numéraire est une cause et une mesure de l’appauvrissement de la nation. Pour ce motif, tout le monde a pris l’habitude de dire que la balance du commerce est défavorable quand les importations dépassent les exportations. Dans ce cas, en eflfet, selon le préjugé populaire, il doit sortir plus d’or et d’argent qu’il ne peut en entrer, et cette sortie est un mal, toujours d’après le même préjugé, parce que l’or et l’argent sont pris pour la richesse par excellence. Au contraire la balance est dite favorable, quand il y a un courant de sorties de marchandises, courant qui fatalement, dit-on, doit provoquer un courant d’entrée de numéraire, c’est-à-dire de richesse.
Une conclusion pratique semble dès lors s’imposer ; il faudra que des lois facilitent les sorties des marchandises et en entravent les entrées, car ce sera le meilleur moyen de faire abonder l’or et l’argent dans le pays. Au besoin, on interdira expressément la sortie des métaux précieux.
Telle est l’opinion commune^. Est-elle fondée? Pourquoi ne le serait-elle pas ? Et où se cacherait l’erreur qu’elle contiendrait ?
1 Sur les inexactitudes forcées des statistiques douanières, Poinsard, Libre-échange et protection, 1893, pp. 12 et suiv. et passim.
* Depuis bientôt vingt ans les partis en ont littéralement abusé, avec bonne foi. j'en suis sûr, mais avec une parfaite ignorance de la question. Ceux qui inclinent vers le socialisme chrétien ont chaudement adopté cette opinion sous couleur de favoriser la classe ouvrière par la restriction du commerce’ international. L’excédent des importations est un des griefs de M. l’abbé Garnier, et il a fait du rétablissement de l’oquilibre un des articles de son