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DIXIÈME LEÇON

CAPTER ERTI De la légitimité de la propriété individuelle.

Programme officiel : La propriété individuelle (suite). Exposé et réfutation des principaux systèmes qui la nient.

Le régime de l'appropriation privée, on vient de le voir, s'établit spontanément à une certaine époque de la vie des peuples, parce qu'il est une condition essentielle de leur développement. Ce régime ne saurait être injuste, l'équité

et l'ensemble des conditions du progrès social étant néces-

sairement en parfait accord. Comment, en effet, reprocher à l'humanité d’obéir aux lois que la nature impose à sa vie et à son perfectionnement? Celte considération est, philosophiquement, d’une telle force qu’elle devrait dispenser de toule démonstration plus ample. |

Mais la propriété individuelle a donné lieu à de si vives discussions, tant de théories se sont élevées qui en réclament l’abolition, qu'on ne peut éviter d'entrer dans le débat pour examiner les critiques et asseoir solidement sa conviction.

Les principaux systèmes qui nient la propriété individuelle. Leurs critiques. -— L'attaque est menée

par les socialistes de toutes nuances. Divisés sur le choix du régime qu'il conviendrait d'adopter, ils sont d'accord pour condamner l'organisation sociale actuelle. Ce qu'ils lui reprochent, c’est précisément d'admettre la propriété individuelle, celle-ci leur paraissant illégitime à tous les points de vue : dans ses origines, dans son principe et dans ses résultats.

1° DANS SES ORIGINES. — L'histoire, affirment-ils, montre que partout l'appropriation privée a élé le résultat de l'usurpation. Quand les guerres et les invasions eurent mis les peuples en possession des territoires qu’ils occupent aujourd'hui, le sol ne fut pas partagé entre tous, comme l'équité l'aurait voulu; la ruse et la force l’attribuèrent à quelques-uns au détriment de la masse. Les propriétaires actuels n’ont fait que succéder, par une série de transmissions, aux usurpateurs primilifs; comment pourraient-ils, équitablement, se prévaloir d’un droit vicié dès ses origines ?

29 Dans SON PriNciPe. — Eüûl-on d’ailleurs, ajoutent les socialistes, commencé par un partage égal entre tous les citoyens, le régime qui permet à l'individu de s'approprier la richesse n’en serait pas moins injuste comme autorisant chacun de nous à violer le droit des autres. Toul ce que renferme la nature n’a-t-il pas été donné par elle à tous les hommes? C’est le patrimoine commun de l'humanité. Prétendre s’altribuer, sur un objet quelconque, un droit exclusif c'est donc commettre une usurpalion ; c'est spolier ses semblables.

3° Dans SES RÉSULTATS. — Un système injuste, disent enfin les socialistes, ne peut produire que des résultats injustes. Et quoi de plus inique, en effet, que les inégalités sociales, que les différences si profondes que l’on constate dans la situation des citoyens d'un même pays : les uns vivant dans l'abondance, tandis que d’autres, en grand nombre, sont pauvres, quelques-uns même misérables!

Peut-on tout au moins alléguer que la condition faite à chacun dépend de son mérite? [Il s’en faut bien : le hasard a une large part dans les affaires humaines. De deux entrepreneurs également habiles et laborieux, l’un se ruinera pendant que l’autre fera fortune : un homme intelligent sera

condamné par sa naissance à rester toule sa vie ouvrier, tandis qu’un sot naîtra capitaliste, etc. Mais c’est surtout en matière de propriété foncière que les faits de ce genre sont choquants. Le propriétaire foncier, affirme-t-on, est assuré de voir constamment croître la valeur de sa terre par Île seul cffet de l’augmentalion de la population, et celui qui possède un terrain dans une ville s'enrichit sans rien faire, parce que la ville se développe. C'est-à-dire que le régime actuel permet que quelques-uns s'approprient le résultat des progrès sociaux et dépouillent la collectivité du produit de son propre travail!

Ainsi, à quelque point de vue qu’on l'envisage, la propriété individuelle est injuste : il faut la supprimer et la remplacer par la propriélé collective. Telle est, d’une façon plus ou moins absolue, la conclusion de toutes les théories socialistes.

Examen et réfutation des critiques dirigées contre la propriété individuelle. — Les diverses criliques ainsi dirigées contre la proprièlé individuelle sont loin d’avoir toutes une égale valeur.

1° Celles qui s’attaquent aux origines de la propriété n’en ont évidémment aucune. Est-on bien sûr, d’abord, que l'appropriation individuelle du sol ait été partout, et dans tous les cas, viciée par la violence ou la mauvaise foi? Qui nous dit que cerlaines tribus n’ont pas procédé à un partage régulier et auquel Lous leurs membres ont participé dans la : même mesure? Dans celte hypothèse qui n’est pas invraisemblable, les individus intelligents et travailleurs auraient plus tard arrondi leur lot grâce à l’inaction de leurs voisins. Peul-on en faire grief à leurs successeurs ?

Mais, d'autre Dark, prétendre demander compte aux pro priélaires actuels du sol d'usurpaliors commises aux 1v° et v° siècles de notre ère, serait aussi injuste qu’absurde, car ces propriétaires ont achelé el payé les terres qu'ils possèdent aujourd’hui, et d’ailleurs la prescription a depuis longtemps effacé les vices de l'appropriation primitive

2° L’objection de principe ne nous touche pas davantage. La nature, assure-t-on, a donné à tous les hommes ce qu'elle renferme, et l’un d'eux ne peut, sans injustice,

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