‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 28 sur 85 · RP SR UTP PAT NET EE ES RE OT 0 TRE RE · texte numérisé non relu

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quand la fin du bail devient prochaine, est tenté d’épuiser la terre au lieu de l’entretenir comme il serait nécessaire.

D'autre part, et surtout, le développement du fairevaloir est intimement lié à celui de la petite culture et de la petite propriété ; or ce sont là deux modes d’organisalion éminemment avantageux pour un peuple, nous allons le montrer.

GRANDE ET PETITE CULTURE. — On appelle grande culture celle qui se fait sur une étendue de terre assez considérable pour que l’agriculteur ait avantage à posséder un certain nombre d’attelages, des machines, de vastes installations, en un mot, l'outillage agricole le plus perfectionné. [n'en est guère ainsi que pour les exploitations comptant au moins A0 hectares.

La petite culture, au contraire, est celle où l’on peut se contenter d’une ou deux charrues, ou même d’instruments très simples mis en mouvement par les seules forces de l'homme.

La grande culture se rencontre surtout en Australie, en Amérique el en Angleterre. Aïlleurs, c’est la pelite culture qui domine, et en F rance nolamment elle occupe environ les deux be du sol. |

À des époques qui ne sont pas encore bien éloignées de nous, la question de la grande et de la petite culture a passionné les savants el les poliliques.

Dès 1755, le marquis de Mirabeau, père du tribun, dans un livre remarquable intitulé . P'Ami de l’homme, s'élevait contre les grands domaines et exaltait les mérites de la

4. On distingue souvent la grande, la moyenne et la petite culture : la grande culture étant définie comme au texte, la moyenne étant celle qui emploie une ou deux charrues (elle varie de 10 à 40 hectares environ), et la petite, celle qui n'utilise que les forces de l’homme. Mais, quand on compare la grande culture à la petite, on réunit sous la seconde de ces dénominations la moyenne et la petite culture.

En France, sur 12115000 cotes agraires, 11 922 000 cotes représentent des propriélés ayant moins de 40 hectares (étendue moyenne de chaque propriété : 2 hectares 1/2), et 163000 cotes seulement représentent des propriétés dépassant 40 hectares (élendue moyenne: 417, 74). Si l’on considère la superficie des terres cultivées, on voit que la petite culture dispose de 30 millions d’hectares, en chiffres ronds, et la grande culture de 19 millions d'hectares,

petite culture. Mais peu après, Arthur Young, écrivain. anglais que ses voyages en France ont rendu célèbre, publiait plusieurs ouvrages où, comparant l’agriculture anglaise à la nôtre, il concluait en faveur de la première et condamnait les petites exploitations. Sa thèse, aveuglément admise en Angleterre, ne pouvait l'être en France au lendemain de la Révolution, mais elle y fut reprise sous la Restauration, dans un intérêt politique, par ceux qui voulaient reconstituer les grandes fortunes aristocratiques et rétablir le droit d’ainesse. Ils dénonçaient, comme un danger économique redoutable, les progrès de la petite culture, ce qu'ils appelaient « l’émiettement des exploitations », suite de la division de la propriété.

Les faits, cependant, leur donnaient le plus formel démenti, car la France était à cette époque (1826) en pleine prospérité. Et en effet, aujourd’hui que les passions ne sont plus en jeu, on s’accorde assez généralement à reconnaître la supériorité de la petite culture au moins quand c’est le propriétaire qui cullive lui-même son champ. Gelle opinion semble d’abord paradoxale, car la grande culture présente évidemment les avantages inhérents aux grandes entreprises : elle permet l'emploi des machines, l'économie des installations et une meilleure division du travail. Mais nous avons montré précédemment que ces avantages sont moindres pour les grandes exploitations agricoles que pour les grandes fabriques‘. Rien n'empêche d’ailleurs les petits cullivateurs de s'associer pour se procurer à frais communs le bénéfice de l'emploi des machines et des vastes installations. Pourquoi, par exemple, ne s’entendraient-ils pas pour établir des fromageries, des laiteries, des distilleries, etc., où les produits de leurs champs seraient trailés avec tous les procédés de la grande industrie? Dans plusieurs régions, des tentatives de ce genre ont été faites avec un plein succès.

On a fait observer aussi que les grandes cultures sont utiles parce qu’elles sont en général dirigées par des hommes intelligents et actifs, plus aples'que les petits cullivateurs à comprendre la valeur des perfectionnements

4, Voir p. 80,

al

proposés, plus disposés aussi à en tenter l’éssai. À eux revient naturellement la mission de guider lés autres dans la voie du progrès agricole. Mais, qu'on l’observe bien, nous n'éntendons pas affirmer que la grande culture disparaitra éntiérement : il suffit que dans chaqué région quelques srandes exploitations subsistent pour que la diréction voulué soit donnée à la masse des petits cultivateurs.

Or ces petits cullivateurs sont plus aptes que tous autres, quand ils sont propriétaires de leur champ, à lirer du sol tout ce qu'il peut donner. L'amour qu'ils portent à la terre, les soins dont ils entourent la croissance des plantes, engéndrent des prodiges. Arthur Young lui-même le réconnaissait et déclarait avec admiralion que la petite culture par le propriétaire « transforme en or les sables les plus arides ». Le petit cultivateur trouve d’ailleurs dans sa famille, dans sés enfants, des auxiliaires gratuils et altentifs.

Aussi la comparaison des résullats ne laisse-t-elle aucun doule. Le produit net, c’est-à-dire la quantité des produits restant disponible apres que l'entretien de la population agricole est assuré, est à péu près le même pour la grande el pour la pelite culluré e (peut-être même est-il un peu plus considérable pour la seconde), mais celle-ci done un produit brut bien plus considérable. Elle peut ainsi nourrir la mème population urbaine que nourrirait la grande cullure, en même temps qu’elle entrelient une population rurale plus nombreuse. Elle fait donc vivre, au total, un plus grand nombre d'hommes, et assure au pays une plüs grande puissance sans nuire au développement des lettrés, des sciences, des arts et de l’industrie.

Mais, qu'on le remarque bien, ces avantages, on ne les oblient qu'autant que ce sont les propriétaires eux-mêmes qui cultivent leurs terres. La pratique de la petite culture el celle du faire-valoir sont donc dans un rapport étroit el le développement de l’une entraine nécessairement celui de l’autre comme nous l’avions annoncé.

GRANDE ET PETITE PROPRIÉTÉ. — Îl en est évidemment de même pour la petite propriété. Elle aussi est intimement liée au faire-valoir.

Il est très rare en effet que, dans un pays où la propriélé

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est concentrée entre les mains d’uné äristocratie peu nombreuse, les propriétaires cultivént eux-mêmes. D'autres soins les réclament : ils Sont le plus Souvent conscillers-nés de la couronne, comme en Angleterre, ou bien le séjour des villes les attire. Le faire-valoir ne peut donc dominer que là où il y a béaucoup de petits propriétaires.

Or, il est très désirable pour un pays que la terre soit divisée entre un grand nombre de propriétaires. Sans doute, il ne faut pas que la division soit poussée à l'excès, car l’infinie multiplicité des parcelles rendrait difficile Ja constitution d'entreprises agricoles d’une étendue convenable. Mais un pareil danger ne paraît guère être àredouter. En France même, malgré quelques dispositions regrettables de nos lois de succession rendant trop souvent obligatoires des partages qu'il serait bon d'éviter, on ne voil pas que le morcellement du sol soit devenu excessif, l'effet des partages étant incessamment combattu par les efforts des paysans propriétaires qui cherchent « à s’arrondir ». Au lieu de la pulvérisation du sol qu'annonçaient les pessimistes, nous en sommes simplement à la petite propriété. Celte siluation est d’abord avantageuse au point de vue économique, puisque, seule, elle permet l’organisation si désirable de la petite culture par le propriétaire. Elle l’est plus encore au point de vue social, comme élément d’apaisement et d'entente, et en ce qu’elle constitue un salutaire obstacle à l'émigration trop rapide des campagnes vers les grandes villes.

L’Angleterre, par exemple, dont la législalion arislocratique maintient une concentration de la propriété tellement excessive que 5 000 personnes détiennent à elles seules les deux tiers du territoire, nous parait, de ce fait, exposée à de grands dangers. Quels abus, en effet, ne sont pas favorisés par une constitulion aussi vicieuse de la propriété foncière, et quelles colères ne doivent pas susciter les actes de despolisme des grands propriétaires? De 1814 à 1820, un seul d’entre eux expulsa 15000 paysans, dont les villages furent détruits et brûlés, pour transformer les terres labourées en pâturages. et depuis cette époque d'énormes districts, qui figuraient jadis dans la statistique de l'Écosse comme des prairies d’une fertilité et d’une élendue excep-

tionnelles, ont été enlevés à la culture « et consacrés aux plaisirs d’une poignée de chasseurs! »

En résumé, nous considérons le faire-valoir, la petite culture et la petite propriété comme les trois éléments inséparables de la meilleure ofganisation agricole, el leur développement simultané nous paraît être la loi du progrès.

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