CHAPITRE PREMIER
Les Résultats. — Les critiques. Le socialisme.
Programme officiel : Le socialisme ; ses formes diverses; réfutation: la pauvreté; le paupérisme.
Pauvreté et paupérisme. Ce qu’on appelle la question sociale. — Nous venons de décrire-le mécanisme de la répartition chez les peuples les plus avancés. Il se compose, on l’a vu, de deux éléments distincts. L'un, qui obéit à des lois naturelles très déterminées, consiste dans l’ensemble des contrats en verlu desquels la richesse produite est distribuée entre ses producteurs; l’aulre, où la fantaisie des volontés a plus de place, résulte du libre exercice du droit de propriété, chacun pouvant à son gré disposer deses, biens au profit d'autrui, c’est-à-dire les échanger, les donner et les transmettre après sa mort. C’est sous l'influence de ce
mécanisme quelesrichesses se distribuent entreles hommes.
Or la facon dont se fait cette distribution a soulevé, de la part de quelques-uns, les plus violentes critiques et donné naissance à ce qu’on appelle /a question sociale.
Quels sont en effet, a-t-on dit, les résultats du régime actuel, où l’on s’en remet aux individus du soin de répartir la richesse? Quelques-uns sont riches, mais beaucoup sont pauvres; un certain nombre même végètent dans l’indigence ou tombent dans le paupérisme.
La pauvreté, en effet, est la situation de l’homme réduit par l’exiguité de ses ressources à une vie étroile. N'est-ce pas celle de la grande majorité des hommes? La misère est un élat où l’on manque des ressources strictement nécessaires à l’entretieh de la vie. Or ne voit-on pas trop souvent la pauvreté/dégénérer en misère au cas d’accident, de maladie, dé chômage ou quand vient la vieillesse? Enfin le paupérisme est la misère à l’état endémique, celle dont on ne peut plus se relever. N’est-elle pas le résultat fatal d'une misère prolongée qui, par l’anémie et le découragement, anéantit les forces physiques et morales?
Ces faits, ajoute-t-on, deviennent particulièrement saisissants si on les oppose à la situation des plus favorisés. En Angleterre, par exemple, grâce aux lois qui favorisent la concentration des richesses aux mains d’une classe privilégiée, il existe des fortunes colossales. L’une d'elles atteint 225 millions, celles de 30 ou de 25 millions ne sont pas absolument rares, si bien qu’on peut estimer à 30 milliards le montant total des fortunes supérieures à 6 millions. En même temps, les recensements du paupérisme à Londres accusent près de 150 000 indigents sur 4 millions d'habitants et, en un seul jour de novembre 1882, 818 personnes étaient trouvées sur la voie publique à l’état de vagabondage! Là où les lois sont plus équitables, l'opposition, pour être moins violente, ne laisse pas d’être étrangement instructive. En France, par exemple, les très grandes fortunes sont assez rares, tandis que les médiocres, celles qui donnent une petite aisance, sont nombreuses; mais on compte environ un indigent sur 25 habitants! Un pareil état de choses, affirme-t-on, est profondément injuste, et la société manque à son rôle qui en tolère la continuation. Stricte-
ment entendu, son devoir serait de procurer à tous au moins le moyen de vivre en travaillant et de mettre à l'abri du besoin l'enfant, le malade et le vieillard; largementcompris, ce devoir consisterait à empêcher que les inégalités sociales ne s’établissent et ne se perpéluent.
De pareilles récriminations trouvent aisément des échos. Ceux qui souffrent se plaignent volontiers de la société; ils s'exagèrent leurs droits vis-à-vis de leurs semblables, et, souffrant par leur propre faute ou du fait de la nature quiles a mal partagés, ils se considèrent comme viclimes de l’organisation sociale.
D'autre part, les théoriciens à l’esprit absolu croient aisément à la toute-puissance des conceptions a priori. Oublieux des enseignements de l’histoire et de l'observation, méprisant les lois naturelles, « cette force qui est dans les choses », ils S'imaginent que le législateur peut, à son gré, modifier la marche des sociétés. Trouvant mauvais quelques-uns des résultats du régime de liberté, ils n'hésitent pas à construire de toutes pièces des régimes nouveaux qu’ils proposent de substituer à l’organisation actuelle.
Le socialisme. — C’est de là qu'est né le socialisme, ensemble de doctrines qui toules s'entendent pour condamner le régime de liberté comme injuste et dont chacune propose un système particulier destiné à supprimer tous les maux dans la société.
Nous avons antérieurement montré le vide des critiques dirigées par le socialisme contre la liberté économique. Il nous reste à passer en revue les principales doctrines socialistes. On constatera aisément qu'aucune d’elles n’est susceptible d’être appliquée dans nos sociétés.
LES ORIGINES DU SOCIALISME. — Les origines du socialisme ne sont pas lointaines. Sans doute, il y eut de tout temps des rêveurs qui songèrent à organiser la société au gré de leur fantaisie. Platon, dans son Traité de la République, proposait un régime communiste, et sa pensée se retrouve dans plusieurs ouvrages écrits après la féodalité, comme la description de l'Zle d'Utopie, par Th. Morus (1516) et la Civitas”