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LE SYSTÈME MONÉTAIRE

Programme officiel : Monnaies d’or, d’argent et de billon (suite). — Titre et tolérance. — Union latine. — Monométallisme et bimétallisme. — Système monétaire.

Le rôle de l’État en matière monétaire. Monnayage. Titre et tolérance. Cours légal. — Il ne suffit pas de choisir comme monnaie les marchandises les plus propres à en jouer le rôle. 11 faut encore prendre certaines mesures en vue de régulariser le fonclionnement des monnaies : l’ensemble de ces mesures constitue le système monétaire d’un pays.

L'aide de l'État est ici indispensable. Nous avons eu déjà, à plusieurs reprises, l’occasion d'insister sur la réserve que l'État doit s'imposer en malière économique. Le plus souvent son zèle n’aurait que des effels ruisibles, et il est à désirer, en général, qu'il se borne à tracer, par une réglementalion très large, le cadre où les individus pourront se mouvoir. Mais il n’en est pas ainsi à l'égard de la monnaie. Le besoin d'une monnaie uniforme et commode et la nécessité d'éviter tout ce qui pourrait en entraver la circulation ont amené depuis longtemps, chez tous les peuples, une intervention très active de l'État, et, pourvu qu'elle ne

dépasse pas certaines limites que nous indiquerons, cette intervention ne peut qu'êlre approuvée.

Le rôle de l'État en matière monétaire peut élre aisément précisé.

1° C'est à lui que revient le soin de déterminer les Lypes des monnaies qui seront mises en circulation; il décide donc de leur volume, de leur poids et aussi de leur titre. Les monnaies métalliques ne sont pas, en effet, des lingots de métal pur, lor et l'argent qu'elles contiennent sont unies à une faible quantité d' un autre mélal qui en diminue le frai (l usure). On appelle titre la proportion de métal précieux qui entre dans les monnaies, el alliage la proportion de métal inférieur qu'elles contiennent. En France, par exemple, la loi ordonne que les pièces d’or et les pièces de 5 francs en argent soient frappéés au titre de 900 millièmes, c'esl-à-dire soient composées d'or ou d'argent pur pour les 900 millièmes de leur poids et FC alliage pour le reste.

20 L'État doit ensuile garantir la monnaie, c’est-à-dire qu'ilrépond vis-à-vis du public queles pièces mises en circulalion contiennent bien la quantité de métal précieux convenu, qu'elles sont frappées au titre voulu. Aussi l'État ne permet-il pas aux individus de fabriquer librement les monnaies. Tantôt il se réserve le soin de les frapper luimême : il a alors un hôtel des monnaies dirigé par ses ingénieurs. C'est le système adoplé notamment en Angleterre, aux États-Unis, el en France depuis 1879. Tantôt il confère à certaines personnes le droit exclusif de fabrication, en se réservant de les surveiller. On a parfois blâmé cette ingérence de l'État dans le monnayage: quelques économistes voudraient que la fabrication des monnaies fût libre comme celle des autres marchandises. Nous ne pouvons partager leur opinion. Le meilleur moyen pour l'État de s'assurer que les pièces sont frappées comme ïl convient, c'est évidemment de les frapper lui-même ou de les faire frapper sous sa surveillance immédiate.

L'État se réserve d’ailleurs une certaine lalitude dans la fabrication, ce qu’on appelle la tolérance. Il n'est pas, en effet, possible d'atteindre d'une façon absolue les proportions d'alliage d’où résulle le titre des pièces. Mais la

tolérance est fixée aussi bas que possible. En France, elle alteint seulement 2 millièmes. L'Élat s’interdit donc de lancer dans la circulation toute pièce qui ne renfermerait pas la quantité de métal précieux qu’elle doit contenir, à 2 millièmes près. Une pièce d'or, par exemple, qui, en sortant des presses, ne contiendrait pas au moins les 898 millièmes de son poids en or serait refondue.

3° Enfin l'État donne cours légal aux diverses pièces de monnaie à un certain taux Fanibne c'est-à-dire qu il ordonne que tout créancier devra se tenir pour payé si on lui fournit une quantité de monnaie dont la valeur nominale soit égale au montant de sa créance. Celui auquel il est dû 100 francs, par exemple, devra se considérer comme payé si on lui remet cinq pièces d'or de 20 francs ou vingt écus d'argent de 5 francs. Il ne pourra ni refuser ces pièces en payement, ni refuser de compter les premières pour vingt unités ou les secondes pour cinq. Il est d’ailleurs bien évident que celte obligation n'existe qu'à l'égard de ceux qui sont créanciers de sommes d’argent el non pas de ceux qui vendent au comptant, car, pour ces derniers, s'ilne leur convient pas d'accepter de l’or ou de l'argent en échange de leurs produits, on ne saurait les y contraindre : ils sont libres d'échanger comme il leur plaît ou même de ne pas échanger, s’ils'le préfèrent. Il faut excepter cependant les individus qui, investis de certains monopoles, s ont obligés de mettre leurs marchandises à la disposilion du public à des prix déterminés. Un débitant de tabac, par exemple, ne pourrait refuser de recevoir en payement les monnaies investies du cours légal.

Avantages de l'intervention de l’État en matiére monétaire, — Celte intervention de l’État rend à la société de grands services :

1° On lui doit d’abord de grandes simplifications des comptes et des échanges au comptant.

Ayant à déterminer Tes types des pièces qui seront mises en circulation, l'État peut faire son choix de façon à satisfaire tous les besoins. Il arrive aisément à constituer un régime monétaire commode, permettant de payer aisément les plus petites sommes. Et en France on a pu

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élablir ce régime sur le principe du système décimal.

D'autre part, comme {outes les monnaies frappées le sont conformément à certains modèles, il est facile d'indiquer, par des empreintes dont on les recouvre, la quantité de métal précieux qu'elles contiennent et la valeur nominale pour laquelle elles doivent êlre reçues. Ainsi, au lieu de lingots différents de forme, de volume ou de poids, qu’il faudrait vérifier et estimer avant de les accepter, on échange des pièces dont la plus simple inspection permet de reconnaître la valeur.

20 Ces pièces circulent sans difficulté, puisque l'État les garantit. On peut avoir toute confiance dans les indications qu'elles portent, car si, par hasard, celles qu'on aurait acceptées ne contenaient pas la quantité voulue d’or ou d'argent, l’État serait responsable. On n’a pas non plus à distinguer entre les pièces neuves et les pièces usées, car le frai de la monnaie est à la charge de l'Etat. A lui revient le soin de retirer les pièces auxquelles le frottement a fait perdre une partie de leur poids, et de supporter la perte qui en est la conséquence. Cette obligation est assez lourde : en France, par exemple, le frai représente annuellement une valeur de 1 million. Mais en l’assumant, l'État assure la libre circulation des pièces. Il est d’ ailleurs largement rémunéré de ses dépenses par les droits de monnayage que lui payent les particuliers qui veulent faire transformer en monnaie des lingots d’or ou d'argent, et par les bénéfices que lui rapporte la frappe des monnaies conventionnelles.

En somme, grâce à la garantie de l'État, les particuliers n'ont à se défendre que contre les faux monnayeurs, ce qui est généralement assez facile.

3° La garantie de l'État procure encore un avantage d'un autre. genre. Elle permet la circulalion de certaines pièces, dites monnaies conventionnelles, qui ne contiennent pas une quantité de métal fin proportionnée à leur valeur nominale. En France, par exemple, toute la monnaie de billon (c'està-dire les pièces de monnaie de 1, 2,5, 10 et 25 centimes) est frappée dans des conditions telles que sa valeur intrinsèque n’est guère égale qu'au tiers de sa valeur légale. A un moindre degré, les monnaies divisionnaires d’argent (pièces de 20 et de 50 centimes, de 1 et de 2 francs) sont

dans une condition semblable : depuis 1865, elles sont frappées au litre de 835 millièmes, au lieu de l'être au titre normal de 900 millièmes. Pour les monnaies de cuivre, celte altération de leur titre a pour but de leur donner plus de légéreté : les pièces de 5 et de 10 centimes seraient singulièrement incommodes si elles pesaient deux ou trois fois plus qu'elles ne pèsent actuellement. Quant aux monnaies divisionnaires d'argent, la mesure prise à leur égard s'explique, on le verra bientôt, par la nécessité où nous nous sommes trouvés, à une certaine époque, d'empêcher leur accaparement par les autres nations. On a abaissé leur tilre pour les maintenir en France, où elles sont indispensables.

L'État a d’ailleurs soin de se réserver le droit exclusif d'émettre ces monnaies, pour empêcher que leur nombre ne devienne excessif, et il ne leur accorde le cours légal que dans une mesure très restreinte. Ce sont seulement des monnaies d'appoint, c'est-à-dire qu'un créancier n’est tenu de les recevoir que jusqu'à concurrence d’une certaine somme : » francs pour les monnaies de cuivre et de nickel, et 50 francs pour les monnaies divisionnaires d'argent.

Grâce à ces précautions, la garantie de l'État est pleinement efficace. Ces pièces circulent tout aussi bien que si leur titre était normal. Personne n'hésite, par exemple, à accepter cinq pièces de 1 franc en argent en échange d’un écu de 5 francs. Pourlant, c'est recevoir moins de métal fin qu'on nen donne. Nul n'y consentirait évidemment si l'État ne prêtait pas au système monétaire l'appui de son crédit.

4° Enfin le cours légal est le complément de toute celte organisation. En obligeant les créanciers à recevoir en payement les pièces par lui frappées, l'État donne une sanction à la convention tacile sur laquelle repose tout système monéiaire. Il soustrait ainsi la circulation de la monnaie à l'influence des paniques irréfléchies ou des fantaisies individuelles.

Des limites qu’il convient d'imposer à l'intervention de l’État en matière monétaire. — L'action de l'Elat en matière monélaire est donc irès bienfaisante, mais c'est à

PET DE SET EN MNRE PNA

la condition quelle ne franchisse pas certaines limites. L'organisation et la police du système monétaire, voilà ce qui revient naturellement à l'État; il doit au contraire s’interdire toute ingérence tendant à établir un équilibre facile entre la monnaie et les autres marchandises.

Il commettrait, par exemple, une très grave faute s’il prélendait fixer par des lois la valeur d'échange des monnaies. Il faut, en effet, distinguer avec soin la valeur nominale d’une pièce de monnaie et sa valeur réelle ou valeur d'échange. La premiere, la valeur nominale, n’est à vrai dire que le nom de la pièce : il appartient évidemment à l'État d'en décider, de dire, par exemple, comme en France, que la pièce d'argent pesant 5 grammes s’appellera pièce de 1 franc, celle de 10 grammes pièce de 2 francs, etc. Voilà pourquoi l'État peut obliger celui auquel il est dû 20 francs à se considérer comme payé si on lui fournit vingt pièces d’un franc ou dix pièces de 2 francs, elc. Vouloir au contraire fixer la valeur d'échange de la monnaie, ce serait prélendre décider quelle quantité de pièces pourra être exigée en échange de chaque produit, c’est-à-dire prétendre réglementer tous les prix : empiétement intolérable sur la liberlé des individus et entreprise d'ailleurs chimérique, l'État ne pouvant pas obliger le détenteur d’un produit à le vendre dans des conditions qui ne lui conviennent pas.

L'État ne doit donc pas oublier que la valeur d'échange des monnaies ne dépend pas de sa volonté, qu’elle est réglée comme celle de toute marchandise par la loi de l'offre et de la demande et par le coût de production. Celle vérité élémentaire n’a pas toujours élé reconnue.

Les successeurs de saint Louis, Ceux que l'histoire appelle les rois faux monnayeurs, tentèrent à maintes reprises dese créer des ressources en donnantaux monnaies une valeur factice. Le plus souvent ils ordonnaient que toutes les pièces d’un certain modèle fussent rapportées au Trésor contre indemnité; et, après un certain temps, ils les lançaient de nouveau dans la circulation, mais en augmentant leur valeur nominale. Ils décidaient, par exemple, que ces pièces, qui avaient jusque-là compté pour une livre, compteraient désormais pour deux. Ils

croyaient ainsi s'enrichir : s'ils avaient retiré pour un million de ces pièces, ne se trouvaient-ils pas du jour au lendemain à la tête de deux millions? En fait, leur calcul se trouvait déjoué, car les marchands haussaient aussitôt les prix de toutes les marchandises; là où antérieurement on ne demandait que deux livres, on en réclamait quatre, de manière à recevoir loujours le même nombre de pièces. Le roi ne se trouvait donc pas plus riche, il n’avait obtenu d'autre résultat que de troubler le marché et de susciter mille récriminations.

Il est encore une autre ingérence que l'Etat doit s'interdire. Se réservant le droit exclusif de frapper les monnaies, il ne peut prétendre en régler l'émission. Il ne lui appartient pas, en effet, de décider, à un moment donné, s’il convient ou non d'augmenter les quanlités de monnaies en circulation. Seuls, les particuliers, guidés par leur intérêt, peuvent en juger, et l'État, insuffisamment renseigné, s "exposerail à provoquer par des mesures inopporlunes des crises graves qui engageraient sa responsabilité. L'hôtel des Monnaies doit donc se tenir à la disposilion des particuliers et monnayer tout lingot qui lui est apporté.

L'État ne doit faire exceplion à cette règle que pour lea monnaies conventionnelles. Comme elles donnent lieu à un bénéfice exceptionnel, il est impossible de maintenir, en ce qui les concerne, la liberté d'émission. L'État s’en réserve donc le monopole, et l'inconvénient n’est pas grand, puisque ces monnaies ne servent qu'aux petits payements.

Monométallisme et bimétallisme. — L'organisation du svstème monétaire place l'État en face d'une difficulté particulièrement grave, qu'il lui faut résoudre. Il doit choisir entre deux systèmes connus sous le nom de monométallisme et de bimétalisme.

Le monométallisme, ou système de l’élalon unique, est un régime dans lequel un seul métal, l'or, par exemple, reçoit le cours légal illimité; les autres, argent, cuivre, nickel... n'étant admis dans la circulation qu’à titre de monnaies d'appoint.

Le bimétallisme, ou système du double étalon, admet au contraire au cours légal plein l'or et l'argent. Il faut alors,

pour assurer l'unité, établir un rapport légal de valeur entre ces deux métaux. On s'arrête de nos jours au rapport de 1 à 15 1/2, c'est-à-dire qu'à valeur nominale égale les pièces d’or contiennent quinze fois et demi moins de métal fin que les pièces d'argent. En France, par exemple, où ce régime existe, la pièce d’or de 5 francs ne contient que 15,45 de fin, tandis que la pièce de 5 francs en argent en renferme 225,5, et l’on extrait 155 pièces de 20 francs d'un kilogramme d'or, alors qu’on ne découpe dans un kilogramme d'argent que 40 écus de 5 francs.

Rigoureusement, il semble qu’on pourrait hésiter entre trois solutions : le monométallisme-or, le monométallismeargent et le bimétallisme. Mais l'or, monnaie légère et peu encombrante, est si évidemment supérieur à l'argent que personne ne songe plus à préconiser ce dernier métal à l'exclusion du premier, de sorte que la question ne se pose plus aujourd'hui qu'entre le monométallisme-or et le bimétallisme.

Dans ces termes généraux, elle est fort embarrassante et nous laisse des doules.— Le système qui n’admet au cours. légal plein que l'or est certainement le plus logique. Le bimétallisme, en effet, repose sur une fiction, car le rapport de 1 à 15 1/2 ne se maintient pas toujours. De temps à autre, quelque événement comme la découverte d’une mine, soit d’or, soil d'argent, vient le détruire, et le système monétaire des pays bimétallistes se trouve alors déséquilibré. De plus, dans ces pays, les chances de variation de. valeur des monnaies sont accrues puisqu'on subit le contrecoup de tous les événements intéressant l’un quelconque des deux métaux. Ces arguments sont très sérieux; on peut cependant douter qu'ils soient décisifs. La logique a peu d'importance en pareille matière, le meilleur système monétaire n'étant pas nécessairement le plus simple, mais. bien celui qui expose les monnaies aux moindres variations. Or, si le régime du double étalon risque de rendre les variations plus fréquentes, il les atlénue quand elles se produisent. Lorsqu’en effet l’un des métaux, l'or, par exemple, devient l’objet d’une production plus abondante qui en abaisse la valeur, l’autre, l'argent, tend à disparaître de la circulation. Ce curieux phénomène est le résultat d’une loi

économique appelée lo: de Gresham qui se formule ainsi La mauvaise monnaie chasse la bonne. Tous ceux, en éffet, qui possèdent à la fois de l'or et de l'argent donnent plus volontiers l’or en payement puisqu'il est déprécié; les individus qui thésaurisent recueillent de préférence, pour l'amasser, l'argent qui fait prime; enfin beaucoup de personnes trouvent avantage à fondre l'argent pour le transformer en pièces d'orfévrerie, bijoux, etc... qu'ils vendront à bon compte contre de l'or. L'argent disparait donc, mais par là même il laisse le champ libre à l’or au moment même où celui-ci devient plus abondant ; les emplois offerts à l'or se multiplient donc et la hausse des prix se trouve enrayée. C'est là un avantage extrêmement précieux que le monométallisme ne saurait procurer, car il oblige à subir sans atlénuation toules les oscillations de la valeur du métal choisi. Le bimétallisme, malgré les vives atlaques dont il est aujourd’hui l'objet, ne nous paraît donc pas définitivement condamné en théorie. Si tous les peuples de l’Europe et de l'Amérique arrivaient à s'entendre pour l’adopter, en prenant pour base le rapport de 1 à 15 1/2, la grande étendue du marché qui se trouverait ouvert aux deux métaux rendant très rare la rupture de l'équilibre ainsi établi, on obtiendrait probablement le meilleur système monétaire actuellement réalisable.

Mais une pareille entente est bien peu probable. Or, tant qu'elle ne se sera pas produite, il y a une vérité qu'on ne devra pas perdre de vue : c'est qu'un peuple s'expose à de orandes pertes en restant bimétalliste quand tous les autres ne le sont pas. Fatalement, ce peuple subit toutes les conséquences des dépréciations qui peuvent atteindre successivement l’un et l’autre des deux métaux. La loi de Gresham produit, en effet, ce résultat que le peuple bimétalliste, dès que le rapport de 1 à 15 1/2 est altéré, voit disparaitre au profit de ses voisins la monnaie qui fait prime et absorbe à la place celle dont la valeur a baissé. Dans son commerce extérieur, il est obligé de payer en bonne monnaie, les autres nations n’acceptant que celle-là, tandis que ses propres lois l’obligent à recevoir en payement la mauvaise. En outre, les spéculateurs trouvent avantage à exporter la meilleure monnaie et à importer en échange des lingots

se ra

du métal déprécié, dont le monnayage leur procure un bénéfice. Si, par exemple, on suppose que l'argent ait perdu de sa valeur au point que le rapport de 1 à 15 1/2 soit remplacé par celui de 1 à 17, l'exportation d’un kilogramme d’or (155 pièces de 20 francs, c'est-à dire 3 100 francs) permettra d'acheter à l'étranger 17 kilogrammes d'argent en lingots, qui, {ransformés en écus de 5 franès, représenteront 3400 francs. Le gain réalisé sera de 300 francs. Ainsi le stock monétaire du peuple bimétalliste est comme un réservoir où les autres viennent puiser pour modérer l'effet des variations des deux métaux. L'or hausse-t-il, par exemple, pendant que l'argent baisse, le peuple bimétalliste : fournit à ses voisins l'or qui leur manque et absorbe l’argent qu'ils ont en trop. Aussi, en 1878, dans une conférence monélaire internationale, le représentant de l’Anglelerre déclarait-il qu'il serait regreltable que l'argent cessat d’être monnaie à cours légal plein dans quelques pays. Il serait, en effet, commode pour l'Angleterre de nous acheter acluellement l'argent dont elle a besoin pour son commerce avec les Indes, sans courir le risque de sa dépréciation, commode également pour l’Allemagne de nous écouler ses monnaies d'argent qu'elle voudrait démonétiser, et de les échanger contre de l'or, sans avoir à tenir compte de la baisse de l’un et de la hausse de l’autre de ces deux métaux. Mais le peuple qui rendrait aux autres des services de ce genre jouerait évidemment un rôle de dupe.

Notre système monétaire. L'Union latine. — Ces dangers ne sont pas imaginaires. La France a eu l’occasion de s’en convaincre, et pour y échapper, elle a dû modifier profondément, depuis un quart de siècle, son système monétaire.

Ce système, dans sa purelé primitive, élait caractérisé par les traits suivants. Aux termes de la loi du 7 germinal an XI, l'unité monélaire, l’étalon, était le franc, c'est-à-dire une pièce d'argent pesant 5 grammes et frappée au titre de 900 millièmes. La valeur nominale des autres pièces d'argent se déduisail sans peine de leur comparaison avec cette unité; quant aux monnaies d'or, leurs dénominations étaient établies en supposant le kilogramme d’or équivalant

-à 15,5 d'argent. Les monnaies d'or et les monnaies d'argent jouissaient également du cours légal plein. Enfin l'émission des unes et des autres était libre, tout détenteur de iingots d’or ou d’argent avant le droit d'en réclamer le monnayage.

C'était le bimétallisme avec adoption du rapvort de Pats 12

Ce système n'aurait pas eu d'inconvénients sérieux si

tous les autres peuples l'avaient adopté. Mais il n’en fut pas - ainsi. Quelques-uns d’entre eux ne donnèrent le cours légal illimité qu'à l’un des deux métaux. L’Autriche, la Russie, . l'Amérique du Sud, l'Inde ne reconnaissaient que largent comme monnaie légale, tandis que l'Angleterre, dès 1816, - se coavertissait au monométallisme-or. Nous nous trouvions donc dans la situation particulièrement dangereuse d'un peuple qui est bimélalliste alors que ses voisins ne le sont pas, et nous devions fatalement subir des perles - chaque fois que les circonstances, en modifiant la valeur de l’un des métaux, donneraient un démenti à la présomption - de 15 1/2 posée par la loi de germinal.

Or cette présomplion ne s’est trouvée que rarement con- - firmée par les faits pendant le xix® siècle. Presque toujours l’un des deux métaux a fait prime et nolre circulation monétaire a oscillé de l'un à l’autre, l'argent cédant la place à l'or ou se substituant à lui, selon l'événement. Mais ces ruptures d'équilibre s’accentuërent surtout à deux époques. Ce fut au point qu'il nous fallut prendre des mesures pour en atténuer les conséquences.

Vers 1850, l’or est brusquement déprécié, É découverte des mines de Californie et d'Australie jetant sur les marchés - du monde des quantilés énormes de ce métal qui en font baisser la valeur. La guerre de sécession, en obligeant l'Europe à acheter aux Indes, où l'argent seul est reçu, le coton que l’Amérique ne lui fournit plus, achéve l’œuvre. L'argent fait prime sur l'or, et nous sommes obligés de payer nos achats à l'étranger en argent, tandis que nous sommes payés en or. C'est à ce moment que se conslilua, en grande partie, le stock d’or que nous possédons encore aujourd'hui. Cette disparition de l'argent, si elle n'avait atteint que les pièces de 5 francs, n’eût guère été regrel-

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table, car elle permettait la substitution d'une monnaie commode à une monnaie encombrante, et il y avait tout lieu d'espérer que, la valeur de l'or se relevant, nous serions bientôt indemnisés de nos pertes. Mais ce n'était pas seulement la pièce de 5 francs, c'étaient aussi les monnaies divisionnaires d'argent qui partaient à l'étranger, au grand embarras du commerce français. Celui-ci, manquant de pièces de 2 francs, de 1 franc, de 50 centimes, ne savait comment régler ses comptes. C’est alors, en 1865, que se fonda l’Union latine.

Quelques peuples bimétallistes, la France, l'Italie, la Belzique et la Suisse‘ s’entendirent, en 1865, pour prendre les mesures suivantes. Les pièces divisionnaires d’argent furent transformées en monnaies conventionnelles, au titre de 835 millièmes. Elles devinrent aussi des monnaies d’appoint qu'on ne put imposer dans les payements que jusqu’à concurrence de 50 francs. Les quatre gouvernements se réservèrent le monopole de l’émission de ces pièces, et chacun s’engagea à n’en pas émettre pour plus de 6 francs par habitant. Enfin il fut stipulé qu’elles seraient toutes admises, sans distinction, par les caisses publiques des Etals signalaires. On constituait ainsi aux nouvelles monnaies divisionnaires un marché suffisant pour assurer leur circulation; mais on mettait les autres peuples dans l’impossibilité de les accepter en payement, puisque la valeur réelle de ces pièces ne correspondait plus à leur valeur nominale.

Ce système subsiste encore aujourd’hui. Les monnaies conventionnelles d'argent furent acceptées sans difficulté par les habitants des pays de l’Union latine, et, comme leur émission procurait aux gouvernements un bénéfice important, on les conserva bien que, dans ces derniers temps, les dangers qu'elles devaient écarter eussent fait place à d’autres absolument opposés. Depuis 1870, en effet, la situation s’est entièrement modifiée. Ce n’est plus lor qui est en baisse, c’est l'argent. Sa dépréciation, suite du rendement plus abondant des mines américaines et de la <onversion de la plupart des peuples au monométallisme-or, a été assez forte pour atteindre à certaines époques jusqu’à

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