DES TARIFS, DU MONOPOLH KT DES IMPOTS
41»»*^ LEÇON
Des tarifs et du )uonopole.
Sommaiue; — 371. Divers modes d'organisation économique de la société autres que la libre concurrence. — 37i2. Abstraction des eflets du .second ordre. — 376. SU. Maximum sur les services producteurs; les entrepreneurs ne peuvent acheter autant qu'ils voudraient malgré le bénélice ; minimum: les propriétaires de services producteurs ne jieuvent vendre autant tpi'ils voudraient. — 375. Mcurhniim sur les produits : les entrepreneurs renoncentà produire; mini^num : ils font un bénéfice.
376. Le mono^iole consiste dans le fait qu un^service producteur ou un produit se trouve dans une seule main. — 377. Le croissant, la demande, le débit ou la cotmmimation décroît. Le produit brut croît et décroît; maximum. — 378. Frais [iroportionnels. Le proiiuit net croit et décroît; maximum. — 379. Frais fixes. — 380. Les entrepreneurs interviennent, en cas de monopole, pour prélever a leur profit une partie de la richesse échangée. — 381. Principe de la théorie analytique du monopole de Gournot.
,‘^*2. Vente des iliverses fractions de la demande totale aux divers prix qui sont, pour chacune d’elles, les prix maxima. Produits bruts fiartiels ; produit brut total ; maximum. — 38:1. Frais partiel.s. Produits nets partiels; (iroduit net total ; maximum. — 38i.La multiplicité du prix est liien plus facile à maintenir en cas de monopole qu'en cas de libre concurrence. — 385, 386, 387. Erreur de la théorie mathématique de Futilité de l)u|tuit ; Futilité n'est pas exprimée par Faire de la courbe de demandic
37 1. Toutes nos conclusions précédemment obtenues se rapportent une seule et unique hypothèse, celle de la libre coucurrence absolue en matière d’échange, de production et de capitalisation. Ainsi, ce que nous connaissons, ce sont les effets de la libre concurrence. Mais quoi (ju’en disent, ou (ju’en paraissent dire, assez souvent les économistes, la libre concu rrence n’est pas le seul mode possible d’organisation de l’industrie ; il y en a d'autres : ceux, de la réglementation, des tards, des privilèges, des monopoles, etc. Pour choisir entre la libre concurrence et ces autres modes, et, si l’on veut, pour pi'éférer la libre concurrence à ces autres modes, et le faire en toute connais-
sance de cause, il l’aut aussi comiailre leui's effets. Kl, encore une fois, n’eiit-on |>as cette raison d’apiilication, il faudrait encore étudier les clfets natni'cls et necessaires des divers modes possibles d’organisation de la société, ne tVit-ce que par raison de curiosité scientiliqne.
372. 11 y a lien de distinguer les restrictions au Utisser faire^ laisser passer en matière de production ou de circulation de la richesse et l’intervention de l’autorité en matière de répartition de la richesse. la pi'emière catégorie se rattachent les tarifs maxima et minima, les droits prohibitifs et protecteurs, les monoi)oles, les émissions de papiei'-monnaie ; à la seconde se rapportent les impôts, les taxes tiscales. On voit (juelle variété de sujets se [ü'ésente dans cette partie de l’économie polili<pie pure, aujourd'hui , tout à fait négligée et qui se développera de jour en jour à mesure que la pleine et entière connaissance du cas général permettra de plus en i)lus l’étude des exceptions de tonte nature. Nous n’aborderons ici que quelques points principaux pour montrer la manièi’e de traiter ces questions, ou parce que leur éclaircissement importe à l’élaboration de l’économie politique appliquée et de réconomie sociale élémentaires.
II n’est pas nécessaii’e, d’ailleurs, quand on veut se rendre compte des elTets des diverses sortes de perturbations cpii peuvent être appoi’tées au mécanisme de la libre concurrence, de suivre ces etVets dans le dernier détail. On [leut taire abstraction des variations ([ui se compensent les unes les auti-es et de celles qui sont accessoiivs et très faibles par rapport aux variations principales. A cet égard, h's coui'bes de prix (223,23(1) sont d’une très grande utilité.
373. Supposons que l’on tarife un service producteur ou un [•roduit. Il y a deux cas à distinguer : celui oit l’on défend de vendre ce service on ce produit plus cher qu’un certain prix déterminé iidërieur à celui ipii résulterait de la libre concurrence, c'est le cas du nui.rimatn ; et celui oit on défentl de vendre le service on le produit moins cher qu’un certain prix déterminé supérieur au prix de libreconc U n-ence, c’est le cas du minih} ion. C’est, en praticjue, une chose généralement très diflicile que de
faire observer une telle défense ; mais ce n’est pas une chose impossible. Kl, au surplus, quoi cju’il en soit, ce que nous avons à rechercher ici, ce sont les conséquences de cette substitution d’un prix artificiel au prix naturel, abstraction faite des voies et moyens pour la maintenir. Nous examinerons successivement les effetsdu tarifsur les services producteurs et sur les produits.
.374. Soient dt (/a ), <at(pt) les fonctions d’achat et de vente du service producteur (T), représentées par les courbes TaT|,, MN (Fig. 9). Le prix de (T) étant fixé au maximum /ét < /H, ou au minimum p"i>pt, l’égalité
dt ( pO = m (pi )
serait remplacée, dans le jii-emier cas, par l’inégalité
dt (p't)> <oi (p'i),
représentée par la supériorité de l’ordonnée p\ T' par rapport à l’ordonnée p'\ t\ sans que la hausse qui devrait résulter de cet excédent de la demande effective sur l’offre effective pût se produire; et, dans le second cas, par l’inégalité
«t (p''t)<C<et (p”t )?
représentée par l’inléidorité de l'ordonnée y/'iT" par rapport à l’ordonnée sans que la baisse qui devrait résulter de cet excédent de l’offre effective sur la demande effective pût se produire. En cas de maximum, un certain nombre d’entrepreneurs ne pourraient acheter de rente ; ou bien tous les entrepreneurs ne pourraient acheter autant de rente qu’ils voudraient. Sur la quantité achetée, d’ailleurs, un bénéfice serait réalisé par suite de l’excédent du prix de vente des produits sur leur prix de revient. En cas de minimum, un certain nombre de propriétaires fonciers ne pouri’aient vendre, ou bien tous les propriétaires ne pourraient vendre autant qu’ils voudraient. De même, si l’on établissait, par exemple, un maximum d’intérêt, les entrepreneurs ne pourraient louer autant de capitaux qu’ils voudraient malgré le bénéfice à réaliser. Et de même, enfin, si l’Etat par des lois, ou certaines associations particulières par des procédés
(l’iiitimidalion el de violence, établissaient un niiniinnm de salaire, nn certain nombre île travailleurs ne pourraienl vendre leur travail, ou bien tons les travailleurs n’en pourraienl vendre autant ipi’ils voudi'aienl ; ce qui, du l'este, ne préjuge rien sni' l’avantage ou le désavantage qu’il pourrait y avoir pour eux à travailler plus à plus bas prix, ou moins à plus haut prix. Il faut, sui- ce point, voir la théorie du monopole. Kn etîet, la théorie du monopole et celle des tarifs sont icien contact l’une avec l’autre ; dans le cas des tarifs, nous le voyons en ce moment, on délerjnine ai-bitrairement le prix des marchandises, et la quantité débitée se détermine en conséquence ; dans le cas du monopole, nous le verrons tout à l'heure, on déteianine arbitrairement la quantité débitée des marchandises, et le prix se détermine en conséquence. Dans un cas comme dans l’autre, on pourrait se donner poui‘ but d’obtenir le plus grand produit possible de la quantité débitée [lar le prix ; et tel pourrait être leprincipede yinternationnle, que les adversaires de cette société n’ont [las plus réfuté que ses partisans ne l’ont établi.
:I75. Le prix du produit ( B) étant tixé au maximum }n,<ii>h ou au minimum p"b>pb, l’égalité
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serait remplacée, dans le [ii'emier cas, par l’inégalité-
sans que le détournement d’entrepreneurs qui devrait résulter de cet excédent du prix de revient sur le prix de vente pi’it s’effectuer en amenant la hausse du prix de (B); et, dans le second cas, par l’inégalité
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sans que l’aftluence d’entrepreneurs qui devrait résultei- de cet excédent du |u‘ix de vente sur le prix de revient pût s’etrectuer en amenant la baisse du prix de (B). En cas de maximum, les entre|)reneurs,plutùtque desubir une perte D'bt/a. — p'iO, représentée par lasurface //bB'///n. (Fig. 10), i-enonceraient coin-
]ilètementà produire. En cas de minimum, ceux qui pourraient écouler leurs produits réaliseraient un bénéfice l)"b (p"i. — p\>u repi’ésenté par la surface pbi'"B''/é'b. .\insi, si l’on établissait un maximum pour le prix du [lain, il ne se tabri(]uerait plus <le pain; et si l’on établissait un minimum, les boulangers le vendraientavec bénétice. Dans de tellesconditions, le maximum et le minimum n’auraient guère de raison d’être. 11 en est autrement si on suppose que l’Etat se fait entrepreneur pour faire, en cas de minimum, un bénétice qui lui lient lieu d’imiiôt.et pour faire, en cas de maximum, une perte dont il se couvre par iptelipie irni»ùt. Ces combinaisons seraient pins ou inoins .satisfaisantes; mais il ne faut pas se dispenser de les critiquer en les déclarant impossibles. On conçoit très bien un pays oii l’Etat fabriquerait, par exemple, les objets de première nécessité à perte et les objets de luxe avec bénéfice ; et il reste à démontrer, par l’économie politique appliquée et par l’économie sociale, que ce système ne serait conforme ni à l’intérêt général ni à l’équité sociale.
.’üt). La théorie économique du monopole a été fournie sous la forme mathématique, qui est la forme la plus claire et la plus précise, par Cournot au chapitre V de ses Recherches sur les principes mathématiques île la théorie des richesses, publiées en 1838, elpar Dupuit, dans deux mémoires intitulés, le premier: — De la mesure de l’utilité des travaux publics, et le second : — De l'influence des péages sur l’utilité des voies de communication, parus en 1844 et 1849 dans les Annales des Ponts et Chaussées. Malheureusement, les économistes n’ont pas jugé à propos de prendre connaissance de cette théorie, et ils en sont réduits, au sujet du monopole, à une confusion d’idées qui, chez eux, se traduit à merveille par la confusion des mots. Ils ont nommé monopoles des entreprises qui se trouvaient, non pas dans une seule main, mais dans un nombre de mains limité. Ils ont même ilonné, par analogie, le nom de monopole à la possession de certains services producteurs en ipiantité limitée, par exemple, à la possession des terres. Mais tous les services producteurs sont.en
quantité limitée ; et si les propriétaires fonciers ont le inonoi)ole des terres, tes travailleurs ont le monopole des facultés personnelles, et les capitalistes ont le monopole des capitaux. Avec une pareille extension du sens des tei-mes, le monopole, étant partout, n'est plus nulle part. En délmitive, on a détourné le mot de monopole de son acception piimitive; on lui a fait exprimer l’idée de limitation dans la quantité d’où résulte la valeur et la richesse ; et l’on n’a plus de mot pour exprimer cette circonstance d’un service producteur ou d’un produit qui se trouve dans une seule main. Or, c’est précisément cette circonstance qui est ici d’une importance capitale parce qu’elle détruit ces deux conditions de la production libre : que le prix ' de vente des produits soit égal à leur j)i ix de revient, et que ce prix soit un sur le marché. Pour faire bien voir ce double résultat du monopole, le mieux est de jirendre un exemple.
'Ml. Supposons donc un entrepreneur qui, pour une cause ou pour une autre, a le monopole d’un produit (luelconque dans le sens où nous sommes convenus de prendre ce mot. Cet entrepreneur est maître de lixer comme il l’entend le prix de son produit. Par exemple, ce qui ne dépend pas de lui, c’est la quantité de ce produit demandée, débitée, consommée à un prix quelconque. A cet égard, une seule chose est certaine : c’est que le produit sera d’autant moins demandé qu’il sera plus cher et d’autant plus demandé qu’il sera metilleur marché. Il est absolument certain, un produit étant donné, que la demande diminue quand le prix s’élève et augmente quand le prix s’abaisse. La loi seule de diminution ou d’augmentation de la demande suivant l’élévation ou l’abaissement du prix varie d’un produitcà l’autre: c’est ce que Cournot et Dupuil appellent la loi de la demande, du débit ou de la consommât ion de chaque produit. Pour tout produit il va, d’une part, une limite maxima au prix ; c’est le prix auquel la demande est nulle, et, d’autre part, une limite maxima à la demande: c’est la demande correspondante au prix nul, autrement dit, la quantité du produit qui serait débitée et consommée si ce produit était gratuit et qu’il y en eût pour tout le monde à discrétion. Supposons que la demande de notre
produit soit nulle au prix de KKj francs l’unité, et que la demande correspondante au prix nul soit de 50(KK) unités. Supposons, en outre, que, le prix variant de 100 à 0 francs, en passant par les chilfres de 50, 20, 5, 5, 2 francs, 1 fr. et 0 fr. 50, la <lemande vaiàe de 0 à 50(X)0 unités, en passant par les chiffres de 10, 50, 1000, 2500, 5(K)0, 12(KK» et 20000 unités, conformément au tableau suivant :
Prix.
Demande.
Produit brut.
Frais.
Produit net.