SECTION II
THÉORrE DE L’ÉCHANGE DE DEUX MARC}( ANDISES ENTRE ELLES
LEÇON
Du marché et de la concurrence.
Problème de Véchantje de deux rnarcltandisei^ entre ellcti
Sommaire : — 40. Richesse sociale^ ensemble des choses valables et écban- ,t^eables. — il. Valeur d'échange^ px*opriété qu'ont les choses d’ètre obtenues et cédées en cei’taines proportions de quantité les unes contre les autres. Marché^ lieu où se font les échanj^es. Analyse du mécanisme de la concurrence. — 42, 43. Marché île la l)ourse. Demande et offre effectives. Egalité de l'olfre et de la demande, pri.r courant stationnaire. Excédent de la demande sur l’olïre, hausse. Excédent de l’olVre sur la demande, baisse.
4i. Marchandises (A) et (H). Equation mvn — nvh. Prix pa et — 45. Demandes et offres effectives Da, Oa, Db, Ob. Théoi*éme Ob = Da pa, Oa = Dbpb. La demande, fait principal; l’olfre, fait accessoire.—
40. Théorème 7^ = ^. — 47. Hvpothése de Légalité de l'offre et de la Ua Db
demande, ou de l’équilibre. — 48. Hypothèse de l'inégalité de l'offre et de la demande. La hausse ou la baisse du prix fait diminuer ou augmenter la demande. Quid de l'olfre?
40. Dans nos considérations générales préliminaires (tM), lions avons défini la richesse sociale comme étant l’ensemble des choses matérielles ou immatérielles qui sont rares, c’est-àdire qui sont à la fois utiles et limitées en quantité, et nous avons montré que toutes les choses rares, et celles-là seules, étaient valables et échangeables. Ici nous ferons autrement. Nous définirons la richesse sociale comme étant l’ensemble des clioses matérielles ou immatérielles qui sont valables et échangeables, et nous montrerons que toutes les choses valables et échangeables, et celles-là seules, sont à la fois utiles et limitées dans la quantité. Nous allions, dans le pi-emier cas, de la cause à l’etfet ; nous irons, dans le second cas, de l’effet à la cause. 11 est clair que, pourvu que nous établissions rencliaînement des deux faits de la rareté et de la valeur d’échange, nous
SOIÏ11110S librGsde le taire à notre {^uise. Or je pense (jue, dans l’étude méthodique d’un fait général comme celui de la valeur d’échange, l’examen de' sa nature doit précé>der la reclierche
de son origine.
4t. La valeur d'échange est la propriété qu’ont certaines clioses de n’étre pas obtenues ni cédées gratuitement, mais d’être achetées et vendues, reçues et données en certaines proportions de quantité contre d’autres clioses. L’actieteur d une chose est vendeur de celle qu’il donne on écliange. Le vendeur d’une chose est acheteur de celle qu’il reçoit en échange. En d’autres termes, tout échange de deux choses l’une contre l’autre se com|)Ose d’une double vente et d un double achat.
Les choses valables et échangeables s’appellent aussi marchandises. Le marché est le lieu où s’éctiangent les marchandises. Le [ihénomène de la valeur d’écliange se produit donc sur le mai'ché, et c’est sur le marché qu’il tc'iut aller pouretudier la valeur d’échange.
La valeur d’échange laissée à elle-même se produit naturellement sur le marché sous l’empire de la coitcurrence. Comme acheteurs, les échangeurs demandent à renc/ière, comme ventleurs, ils offrent au rabais, et leur concours amène ainsi une certaine valeur d’échange des mai chandises tantôt ascendante, tantôt descendante et tantôt stationnaire. Selon que cette concurrence fonctionne |)lus ou moins bien, la valeur déchangi* se produit d’une manière plus ou moins rigoureuse. Les maichés les mieux organisés sous le rapport de la concurrence sont ceux où les ventes et acliats se font à la criée, par l’inter-’ médiaire d’agents tels qu’agents de change, courtiers de commerce, crieurs, qui les central is'ent, de telle sorte qu’aucun échange n’ait lieu .sans ipie les conditions en soient annoncées et connues (>t sans que les vendeurs puissent aller au rabais et les acheteurs à l’enchère. Ainsi fonctionnent les bourses de fonds publics, les bourses de commerce, les marchés aux grains, au poisson, etc. A côté de cesmarcliés, il y en a d’autres oii la concurrence, ipioique moins bien réglée, fonctionne encore d’une manière assez convenable et satisfaisante: tels
sont les marchés aux fruits et légumes, à la volaille. Les rues d’une ville où se trouvent des magasins et des boutiques de boulangers, de bouchers, d’épiciers, de tailleurs, de bottiers, sont des marchés d’une organisation un peu plus défectueuse sous le rapport de la concurrence, mais oii cependant elle se faittrèssuftisammentsentir. C’est encore laconcurrence incontestablement qui préside à la fixation de la valeur des consultations de médecins et d’avocats, des séances de musiciens et de chanteurs, etc. Enfin, le monde peut être considéré comme un vaste marché général composé de divers marchés spéciaux où la richesse sociale se vend et s’achète, et il s’agit pour nous de reconnaître les lois suivant lesquelles ces ventes et achats tendent d’eux-mêmes à se faire. Pour cela, nous sujiposerons toujours un marché jiarfaitement organisé sous le rapport de la concurrence, comme en mécanique jiure on sup[)Ose d’abord des machines sans frottement.
4‘2. Voyons donc comment s’exerce la concurrence sur un marché bien organisé, et, pour cela, entrons à la bourse des fonds publics d’un grand marché de capitaux tel que Paris ou Londres. Ce qu’on vend et ce qu’on achète, dans ces endroits, ce sont des parties de certaines espèces très importantes de la richesse sociale représentées par leurs titres de propriété : portions de créances sur les Etats et communes, portions de chemins de fer, canaux, usines métallurgiques, etc. Au premier abord, quand on y entre, on n’entend qu’une clameur confuse, on n’aperçoit qu’un mouvement désordonné; mais, une fois qu’on est au courant, ce bruit et cette activité s’expliquent à merveille.
Prenons, par exemple, en les séparant de toutes les autres, les opérations sur la rente française 3%, à la bourse de Paris.
Le 3®/q est, comme on dit, à 60 fr. Des agents qui ont ordre d(? vendre à 60 fr. ou moins offrent une certaine quantité de rente 3%, c’est-à-dire un certain nombre de titres de 3fr. de rente sur l’Etat français, au prix de GÜfr. Nous appellerons offre effective l’offre ainsi faite d’une quantité déterminée de marchandise à un jirix déterminé. Par contre, des agents qui
ont ordre d’acheter à tiüfr. ou plus deinandenl une certaine quantité de rente 30/o au |>rix de (iOfr. Nous appellerons demande ejfectii'e cette demande d’une certaine quantité de inarcliandise à un certain prix.
Nous avons maintenant trois hyiiothèses à faire suivant (pie
la demande est cgale, supérieure ou inférieure à l’olïre.
une quantité égale à celle
Chaque agent vendeur ou ache-
tie chez
L’échange a lieu. Le cours il v a état stationnaire ou équilibre du
I Ilyiiothèse. On demande à tiO fi qui est otTerte à ce même prix
leur trouve exactement ce qu’on appelle sa contre-par un autre agent acheteur ou vendeur de ()0 fr. se maintient ; marché.
omo Hypotlièse. Les agents acheteurs ne trouvent plus leui contre-partie, ce qui prouve que la quantité de .O’/q demandée au prix de tiOtV. est supérieure à la quantité otlerte au même lirix. Théori(iuement, l’échange doit être suspendu. Les agents qui ont ordre d’acheter à 00 fr. 0.‘) ou plus dmnandent à c(> prix. Ils vont à l’enchère.
Cette ('nchère produit un double résultat : 1" dos acheteurs a 00 fr., qui ne sont plus acheteurs à (iOfr. Où, se retirimt; 2“ des vendeurs à 00fr.or>, qui n’étaient pas vendeurs à 00 fr., surviennent. Les uns et les autres donnent leurs ordres s’ils ne les ont déjà donnés. Ainsi, par un double motit, il y a réduction de l’écart existant entre la demande ell’ective et l’olTre etfective. Si l’t'galité ('st rétablie, la hausse s’arrête là; dans le cas contraire, il y a enchérissement de OOtr.Oo à 00 fr. 10, de OUfr. 10 à 00 fr. 1.0, jusqu’au rétablissement de l’égalité entre l’otTre et la demande. 11 y a alors nouvel état stationnaire à
un cours plus élevé.
Hypothèse. L(‘s agents vendeurs ne t rouvent plus leur con-
tre-i»artie, ce qui prouve que la quantité de 3% offerte au prix (le 00 fr. est supérieure à la quantité demandée au même piix. Suspension de l’échange. Les agents qui ont ordre de vendre à .59 fr. 95 ou moins offrent à ce prix. Ils vont au rabais.
Double résultat : 1" retrait de vendeurs à 60 fr. qui ne sont ni ns vendeurs à .5i> fr. 95; survenue d’acheteurs à 59 fr. 95 qui
En appelant généralement prix les rapports des valeurs d’échange, ou les valeurs d’échange relatives, en désignant généralement par^Jb, pu les prix de (B) en (A) et de (A) en (B),
en désignant spécialement par n et
les quotients des rap on tire de cette première équation
-U. Pour donner une première laee au imeuumcnc change et du mécanisme de la concurrence, j’ai pris pour exemple les ventes et achats de titres qui se t’ont cà la bourse des fonds publics contre or et argent. Mais ces titres sont une marcliandise d’une espèce toute particulière, et l’intervention de la monnaie dans les échanges est aussi uii fait particulier dont l’étude aura lieu plus tard et ne doit pas être mêlée, dès le début, à celle du fait général de la valeur d’échange. Revenons donc un peu sur nos pas, et, [lour donner à nos observations un caractère scientifique, prenons deux marchandises quelconques ([ue nous pourrons supposer être l’avoine et le blé, ou que même nous désignerons plus abstraitement encoie par (A ) et (B), .le mets les lettres A et B entre parenthèses afin qu’on ne perde pas de vue qu’elles représentent non dos quantités, qui sont la seule catégorie susceptible d’être mise en équations, mais bien des genres, des espèces, ou, comme ou dirait
en tenues j)hilosophi(|ues, des essences.
Figurons-nous donc un marché sur lequel arrivent d un côté des gens qui ont de la marchandise (A) et qui sont disposés à en donner une iiartie pour se procurer de la marchandise (B), et d’un autre coté des gens qui ont de la marchandise (B) et qui sont disposés à en donner une partie pour se iirocurer de la I / \ V il l'niU nnfi nreiuière base à l’enchère,
et l’on tire, en outre, de ces deux dernières
Ainsi : — Les prix, ou les rapports des valeurs d'échange, sont égaux aux rapports inverses des guantités de marchandise échangées.
Jls sont réciproques les uns des autres.
Si (A) était l’avoine, et que (B) fût le blé, et qu’un agent eût proposé d’échanger .ô hectolitres de blé contre 10 hectolitres d’avoine, le prix proposé du blé en avoine serait 2, et celui de
l’avoine en blé serait De même qu’il y a toujours, comme
nous l’avons dit, dans un échange, une double vente et un double achat, de même il y a toujours aussi un double jirix. Cette perpétuelle réciprocité est la circonstance la ])lus importante à concevoir dans le fait de l’échange, et l’emploi des signes algébriques est surtout précieux en ce qu’il la fait apparaître aussi clairement que possible. Il a d’ailleurs, comme on le voit, le mérite de conduire à une formule nette et précise des propositions générales. C’est pourquoi nous continuerons à nous en servir.
4'). Soient Da, Oa, Di„ Oh la demande et l’offre effectives des marchandises (.A) et (B) aux prix respectifs pa == —, pb = a..
eu appelant l'a la valeur d’échange <1 um valeur d’échange d’une unité de (B) Çih)
Il V a, entre ces c|nantiWs demandées et offertes et les prix, une relation essentielle qu'il faut sisnaler avant tout.
La demande et l’ofire effectives sont, nous 1 avons dit, la demande et l'offre d'une quantité déterminée de marchandise ,i un prix déterminé. Dire, par conséquent, qu'on demande une quantité a, de (A) au prix de p,„ c'est dire ipso offre une quantité Oi, de (B) égaie à D.,)i„. Ainsi, dire, pai exe
pie, qu'on demande 200 hectolitres d'avoine au prix de en
blé’ c'est dire par cela même qu'on offre 100 hectolitres de blé. On’a donc généralement, entre D», pa et Oi,, l'eqiiation
Ol,= DuîJa.
De même, dire qu’on offre une quantité Oa de (A) au prix de P., c'est dire ipso facto qu'on demande >'■;<> ‘luantile Di de ,1!) égale à 0.p„ . Ainsi, dire, par exemple, qu on offre l.iO hectolitres d'avoine au prix de -i en blé, c'est dire parcela même
qu'oii demande 70 liectoiiires de blé. On a donc généralement,
entre Ou, l)b, 1 équation
Db = Oa^*a-
Ou prouve.-ait de même qu’il y a, mitre Di,, Oi„ pi., OaCt Da, les équations
Oa= ai.pi),
Da = Ül,pi),
si ces deux dernières ne résultaient, au surplus, des deux
preinièi'Bs et de l’étiuMtion paPi>—
\insi- - La demande oa Vogre egeclire d’une marchandise
contre une antre est égale à Vogre on à la demande ellectteede cette autre multipliée par son prix en la première.
On voit que, sur ces quatre quantités Da, Oa, L)i,, Oi„ i y en a deux qui déterminent les deux autres. Nous tiendrons jusqu’à nouvel ordre que ce sont les .picantités offertes 0„ et Oa qui résultent des queantités demandées DaetDi., et non pas les
quantités demandées qui résultent des quantités offertes. En effet, dans le phénomène de l’échange en nature de deux marchandises Tune contre l’autre, la demande doit être considérée comme le fait principal, et l’offre comme un fait accessoire. On n’otfre pas pour offrir, on n’offre que parce qu’on ne peut pas demander sans offrir; l’offre n’est qu’une conséquence de la demande. Nous nous contenterons donc d’abord d’une relation indirecte entre l’offre et le prix, et ne chercherons de relation directe qu’entre la demande et le prix. Aux prix pa,]>h, on demande Da, Db, d’où il résulte qu’on offre Oa=Dbpb, Ob= DaPa.
4(). Cela dit, soit
nous avons trois hypothèses à faire suivant que « = 1, ou que « est>- 1 ou ■< 1. Mais, d’abord, énonçons un dernier théorème.
Si nous portons dans l’équation ci-dessus les deux valeurs de DaCtOa fournies par les équations
b)a = Ob Ph,
Ainsi ; — Deux marchandises étant données, le rapport de la demande effective de l'une à son offre effective est égal au rapport de l'offre effective de l’autre à sa demande effective.
Ce théorème pouvait se déduire ainsi ;
Da = Ol) pb.
ainsi
soit, eu définitive, d’une manière comme de l’autre,
Ob Da
Db Oa
Sachons donc que si la demande et l’olTre etïectives de (A) sont égales, l’olïre et la demande effectives de (B) le seron aus=;i ; que si la demande effective de (A) est supérieure a son offre effective, l’offre effective de (B) sera supérieure dans la même proportion à sa demande effective ; que si enlin 1 ortie effective de (A) est supérieure à sa demande effective, la demande effective de(B)sera supérieure dans lamêrne proportion à son offre effective. Tel est le sens du théorème sus-enonce.^
47. Maintenant, supposons que a =1, Da = Oa, Ob — Di„ es quantités respectivement demandées et offertes des deux marchandises (A) et (B) aux prix respectifs pa= — et pb = /< sont
é-ales, chaque acheteur ou vendeur trouve exactement sa contre-partie chez un vendeur on acheteur. Il y a équilibré du
marché. Aux prix d'équilibre — et /(, la quantité Da = Oa de (A)
s’échange contre la quantité Ob = Dbde(B), et, le marché terminé, les porteurs des deux marchandises s’en vont chacun c e
leur côté.
, f .>1 n Oh ^ Db. Comment alors